LÉGBNDB DE LA FIGURE
1. Bolacha de Para An du Brésil (haut. 12 cm.). — 3. Quartier de lump ck* Para (dîain. 50 cm., haut. 20 cm.). — 3. Petits cônes delà Côte d'ivoire. Cake» (haut. 4 cm.). — 4. Bloc de galettes de caoutchouc de lianes, de TAfrique Oecidenlale Française (haut. 12 cm., long. 20 cm., larg. 12 cm.). — 5. Caoutchouc de Landolphia^ de Madagascar. Forme de début (diam. 8 cm., haut, t cm.). — 6. Fuseau de lanières de Ficus elastica de Jara (haut. 10 cm.). — 7. Boule nigger rouge de lianes. Côte pcc. d'Afrique (diam. de 6-10 cm). — 8. Caoutchouc des lianes du Laos (haut. 5 à 8 cm.). — 9. Boudins de lianes (Afrique. Indochine) (long. 8-30 cm.). — 10. Viagère blancs du Soudan (diam. 2-3 cm.). — 11. Petits twistes en chapelet de l'Afr. occid. (diam. 3-4 cm.). — 12. Niggert rouges en chapelet de rAtr. occid. (diam. 4-5 cm.). — 13. Biscuit cake de Pail^ de plantation (long. 20 cm., lar^. 10 cm.). — 14. Semambf. — 15. Galette ncrap de Para, de liane ou de pilonnage (diam. enT. 20 cm.). — 16. Fuseau de caoutchouc de Ficiu refiua do la Nouvelle-Calédonie (long 25 cm , diaro. 8 cm.).
PLANTB:i A CAODTCHOUG ET A GUTTA i53
Pig. t5S. — l'uiNCIPALES roRHES DE PaMeNTATION) COMMEHCIALIS
(D'aprèa 1h collacLiaiu du Judin
Lumps : grosses masses de 20 à 30 kilogrammes obtenues par coagulation dans des formes, mélangées de matières étrangères, mal préparées, creusées de poches, malodorantes, dépréciées sur le marché. Les cakes et les lumps représentent le caoutchouc de deuxième on de troisième (|ualilé.
Les r éjections sont les déchets, présentés généralement en fûts.
Il n'est pas rare de voir dans des expositions, à titre de réclame, des blocs de caoutchouc de plusieurs centaines de kilogrammes.
11 n'entre pas dans notre programme de suivre le caoutchouc brut à travers les laminoirs, mélangeurs, épurateurs, régénérateurs, etc., de l'outillage moderne.
Qu'il nous sulïise de savoir que le caoutchouc brut est repris complètement, déchiqueté, malaxé, changé de constitution physique, afin de le faire entrer dans les moules et les formes innombrables de ses divers usages. C'est pour éviter une grande partie de ce travail que Ton a préconisé (M. Henry) et essayé d'obtenir l'envoi, non du caoutchouc déjà coagulé, mais du latex liquide le contenant, au moyen d'un £^ntiputride approprié. Mais il est fort difficile de modifier des habitudes prises et des errements commerciaux invétérés.
Nous avons déjà parlé de la découverte, en 1836, de la vulcanisation du caoutchouc par Goodyear. Elle consiste a incorporer au caoutchouc, à la température de ISO^C, du soufre dans la proportion de 7 à !0 p. 100. Le caoutchouc vulcanisé est plus souple, plus élastique et il résiste à I action du froid, alors que le caoutchouc ordinaire en perd son élasticité.
En chauffant à 135<>C., et en augmentant jusqu'à 50 p. 100 la dose de soufre, on obtient Vébonitey d'une dureté comparable à celle de la corne, noir, susceptible d'un beau poli et dont remploi est aujourd'hui très répandu en électricité, en physique et en chirurgie. En mélangeant au caoutchouc du liège pulvérisé et en appliquant le mé-
lange laminé sur ^e la toile imprégnée d'huile de lin, on obtient le linoléum.
Enfin, faut-il rappeler l'emploi du caoutchouc dans l'industrie moderne des véhicules î
Chimiquement, le caoutchouc est un carbure d'hydro- ^ène (C*H'), blanc à l'état pur, insoluble dans l'eau et Talcool, soluble dans les huiles de houille et dans un mélange de sulfure de carbone et d'alcool. Il est accompagné d'une partie résineuse, liquide ou poisseuse, dont la proportion détermine la qualité du caoutchouc commercial.
Production et commerce. — En 1865, la production mondiale du caoutchouc ne dépassait pas 7.000 tonnes. Dans les trois dernières années, elle a oscillé entre 67.000 et 70.000 tonnes, soit dix fois plus. Sur ce dernier chiffre, 63 p. 100 de la production reviennent à l'Amérique, 34 p. 100 à l'Afrique et 3 p. 100 à l'Asie. Mais ces proportions sont à la veille d'être modifiées du tout au tout.
Prenons les chiffres de 1907 :
Total de la production mondiale, 69.000 tonnes;
Dont : caoutchouc de plantation, 1.250 tonnes;
Autres sources, 67.750 tonnes ;
Production du Brésil, 41.500 tonnes;
Production d'Afrique, 17.000 tonnes.
Sur la production d'Afrique, nos colonies ont contribué pour :
Congo, i.600 tonnes;
Guinée, 1.400 tonnes;
Côte d'Ivoire, 1 .200 tonnes ;
Sénégal, 1.000 tonnes;
Madagascar, 1.000 tonnes.
Auxquelles il faut ajouter la production moindre du Dahomey, celle de l'Indochine (environ 400 tonnes) et de la Nouvelle-Calédonie, pour avoir un total d'environ 6.000 tonnes pour les colonies françaises.
Ce chiffre, au lieu d'augmenter, a tendance à fléchir du fait des exploitations barbares des peuplements naturels.
La consommation mondiale, le fait est à noter, suit jusqu'à présent la production de très près. Les plus importants consommateurs sont les États-Unis et le Canada qui, à eux seuls, importent presque autant que l'Europe entière (34.000 tonnes contre 38.000 tonnes à FEurope). Les 38.000 tonnes prises par l'Europe, en 1908, se répartissent ainsi :
Angleterre, 15.000 tonnes ;
Allemagne et Autriche-Hongrie, 10.000 tonnes;
France, 4.000 tonnes;
Russie, 4.000 tonnes;
Autres pays, de 1.500 à 1.000 tonnes.
En 1907, notre consommation était de 6.000 tonnes (valeur, 48 millions de francs), principalement absorbée par les centres industriels de Paris et de Clermont-Ferrand (5.000 tonnes à eux deux).
Cette balance entre la production et la consommation se maintiendra-t-elle ? Assurément non, si l'on s'en rapportait aux pronostics de l'énorme production prévue pour les années à venir, alors que la folie ou la fièvre du caoutchouc continue à sévir.
lia flèyre du oaoutchouc. — On estime volontiers que la production caoutchoutière est à la merci des États-Unis qui sont déjà facteur régulateur de la production cotonnière. La production mondiale du caoutchouc atteint en 1910, de 84.000 à 85.000 tonnes {Économiste français)auT lesquelles JesÉtats-Unisont prélevé, pourleur consommation, 46.000 tonnes. Or, on a observé qu'une crise industrielle et financière qui atteint l'industrie caoutchoutière aux Etats- Unis a sa répercussion en Europe et que les quantités de caoutchouc, nonconsomméesenAmérique, refluent sur nos marchés, où leur abondance détermine une baisse correspondante des prix. Tel fut le cas en 1907-1908, alors que le prix du kilogramme de para fin descendit au-dessous de 8 francs. Une conséquence indirecte fâcheuse fut celle de la diminution consécutive delà production dans les pays où la récolte est faite par les indigènes; ceux-ci aban-
donnèrent l'exploitation des peuplements sauvages, parce que les prix offerts ne leur convenaient plus et qu'au surplus ils suspectaient les commerçants européens de vouloir les exploiter eux-mêmes. Lorsqu'en 1909, les affaires reprirent leur activité interrompue aux États- Unis, il n'y avait ni stocks de caoutchoucs inférieurs dont l'arrivée avait été déficitaire, ni stocks de qualités supérieures dont la production avait été consommée à la faveur de la baisse des prix. C'est à cette époque surtout, et à la suite de la hausse croissante et rapide des' prix, qu'on assista à la recrudescence de la « fièvre du caoutchouc « ou du « boom », suivant l'expression caractéristique des Américains. Ces causes et leurs effets peuvent sans doute se reproduire, et il n'est pas difficile d'en prévoir les conséquences.
La fièvre du caoutchouc se manifeste tout particulièrement dans le « Moyen Orient », depuis l'Inde jusqu'à Bornéo, en passant par Java et Sumatra. En 1909, d'après M. Henri Brenier, l'Angleterre, à elle seule, a lancé, par les Compagnies enregistrées, pour 303 millions de francs d'affaires en plantations de caoutchouc. Et l'on estime qu'en 1920, 272.000 hectares au Moyen Orient produiront de 90.000 à 100.000 tonnes de caoutchouc, c'est-à-dire à eux seuls le tiers en plus de production mondiale actuelle, si, toutefois — car il y a un si — les capitaux nominalement souscrits s'emploient et si les plantations réussissent et peuvent lutter dans la concurrence de leurs productions. Car il n'y a pas que le Moyen-Orient (Inde, Bornéo, Ceylan, Sumatra, Java, Péninsule malaise), avec les capitaux anglais, qui se lance dans les plantations d*Hevea ; les pays d'Amérique, producteurs de caoutchouc de peuplements spontanés, suivent le mouvement et veulent conserver la sorte de monopole de quantité et de qualité qu'ils ont eu jusqu'ici : ils augmentent également leurs plantations.
Nul doute que le caoutchouc de plantation, et de plantation d'Hevea ou Para, l'emportera sur le caoutchouc « sauvage », et cela pour les raisons que nous avons déjà indiquées. Quant au caoutchouc de synthèse, on l'obtient
déjà dans les laboratoires (procédé Richard, par exemple), mais à un prix de revient inaccessible à Tindustrie.
Nos colonies n'en sont pas* encore arrivées au degré fiévreux des autres pays à caoutchouc, peut-être parce qu'elles ne bénéficient pas de la confiance qui — par une singulière mentalité parfois constatée dans la métropole — fait apporter à une entreprise étrangère des capitaux qu'elle refuse à une entreprise frantjaise ; mais nos colonies ne restent pas inactives. Nous avons de belles plantations d'ffcuea, de jour en jour plus étendues, et parfaitement dirigées, dans le Sud de l'Indochine ; et l'Afrique occidentale, pas plus que Madagascar, ne négligent les voies et moyens pour favoriser le mouvement : nous n'en voulons pour preuve que l'institution d'écoles spéciales pour la culture et l'exploitation du caoutchouc.
Quoi qu'il en soit de cet avenir, les prix actuels du caoutchouc de qualité — le Para fin à plus de 15 francs le kilogramme — laissent une marge, considérable encore, pour le bénéfice minimum en équitable rémunération du capital engagé, et le pronostic de surproduction est atténué par la possibilité d'une utilisation plus étendue encore du caoutchouc — alors que, déjà, on envisage son emploi dans le pavage des rues.
En manière de conclusion, nous partageons absolument l'avis de M. Henri Brenier, lorsqu'il dit que, seules, primeront, ou du moins survivront, les entreprises conduites économiquement et scientifiquement. Nous ajoutons, avec lui : et ce sera justice !