LA GUTTA-PERCHA
Bien que de composition élémentaire très voisine, hydrocarbure comme le caoutchouc (C^^H^)", la gutta a des propriétés physiques très différentes. Sa principale, et la plus précieuse, est d'être mauvaise conductrice de rélectricité et de résister longtemps à l'action de l'eau de mer, d'où son emploi comme enveloppe des câbles sous-marins.
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31 Gulta OU guetta (en malais) est obtenue du latex de
Fig. 15S. — Palaguium Gulla.
(PlulitioniJlv.).
divers arbres de la famille des Sapotacées, Burtuut des
genres Palaquium (syn. Isoiiandra et Dichopsis) eiPayena. Les indigènes de la Malaisic la connaissaient depuis longtemps et s'en servaient, lorsqu'en 1843, le chirurgien Montgomerie» de Singapour, la signala en Europe. Dix ans plus lard, elle entrait dans la confection des câbles où elle n'a pas trouvé, jusqu'à présent, de produit équivalent et rival.
Les Palaquium sont des arbres d'une vingtaine de mètres de hauteur (fig. 159), à petites feuilles oblongueslancéolées, dures, vert foncé en dessus, revêtues d'un feutrage soyeux et doré à la face inférieure. Ils se trouvent localisés dans les forêts vierges, chaudes et humides, de la presqu'île Malaise, de Sumatra, de Bornéo et des lies Philippines. Les deux principales espèces exploitées sont le P. GuHa Bentham et le P. oblongifoHum Burck. Du genre Payenay c'est le PayenaLcerii Bentham et Hooker.
Le latex de ces arbres ne coule pas d'une façon continue et abondante comme celui des caoutchoutiers, parce que leurs laticifères ne sont pas anastomosés dans la même continuité : ils donnent donc beaucoup moins à Tincision et pour en avoir un rendement commercial, on a pris le parti de les abattre et de les débiter en tronçons. On n'obtient d'ailleurs d'un arbre adulte que la quantité relativement faible de 300 à 400 grammes de gutta, ce qui explique assez le prix très élevé du kilogramme de ce produit (30 à 40 francs).
Il s'ensuit que les peuplements naturels ont reculé et se sont fait de plus en plus rares. Aussi, les tentatives de culture ont-elles été assez nombreuses dans nos colonies et dans les colonies étrangères; mais, jusqu'à présent^ ce ne sont que les Hollandais, à Java et à Sumatra, qui, grâce à une méthode parfaite et une suite remarquable dans les idées, sont arrivés à créer des peuplements de culture constituant une véritable richesse. Java possède maintenant plusieurs milliers d'hectares, complantés d'arbres à gutta de plus de vingt ans, exploités en coupes rationnelles et assurant au gouvernement une sorte de monopole de production, comme il a pu déjà s'assurer,
en quelque sorte, le monopole de la production du quinquina et de là quinine. Ces forêts artificielles sont admirables de tenue et de valeur.
Plusieurs chimistes français : MM. Jungfleisch, Sérullas, Ledeboer ont trouvé le moyen et préconisé la méthode d'extraire la gutta des feuilles fraîches ou sèches, par une série d'opérations comprenant, les unes, l'emploi de dissolvants, les autres, la trituration et la cuisson à l'eau. Des usines se sont montées, à cet effet, à Singapour; mais elles paraissent subsister difficilement à cause de la difficulté de se procurer de la matière première en quantité suffisante et, peut-être, aussi à cause de la qualité inférieure du produit.
Nous avons fait des essais de culture en Cochinchine, assez encourageants; mais nos moyens d'action ne nous permettent pas de jamais escompter pouvoir entreprendre ce que les Hollandais ont fait à Java. D'autres essais n'ont pas mieux réussi dans d'autres colonies; on signale cependant quelques réussites obtenues au Congo belge et au Cameroun.
Nousavons en Cochinchine et au Cambodge (notamment dans la « chaîne de TÉléphant » et probablement jusque dans le Laos) une espèce afïine, le Palaquium {Dichopsis) Krantziana Pierre, qui produit une sorte de gutta, appelée thior, fort intéressante. Après traitement chimique à l'effet d'éliminer une certaine proportion de substances non utilisables qu'il contient, ce produit fournit une gutta mise en expérience par l'administration des Postes et Télégraphes, à la Seyne, et trouvée très utilisable, il ne reste plus qu'à en organiser une exploitation méthodique.
Le grand et seul marché d'exportation de la gutta est Singapour où se préparent, moyennant mélanges, les diverses sortes commerciales qui se présentent au marché de Londres. 11 ne faut pas que la gutta soit trop pure pour être bonne. Elle est d'ailleurs reprise par l'industrie en Europe et apprêtée pour ses divers usages.
Les chimistes différencient, dans sa composition, trois substances en proportions variables suivant qualité : la
guUa proprement dite, la fluavile et Valbane, ces deux derniers, corps oxydés.
La gutta, tenace, peu élastique à la température ordinaire, se ramollit à la chaleur et s'altère à Tair et à la lumière. A 100<>C., elle devient pâteuse et se prête aux moules et formes qu'on veut lui donner. En dehors de son emploi pour les câbles sous-marins, elle sert à de nombreux usages : en galvanoplastie^ confection de cuvettes, flacons, instruments de chirurgie, etc.
Il y a vingt ans, la production mondiale était de 1.500 tonnes; elle est aujourd'hui de 6.000 tonnes, et l'Angleterre est la meilleure cliente du marché.