‹ Les produits odorants des rosiersChapitre 11 sur 18 · Bracteatœ · texte numérisé non relu

Bracteatœ

Les Bracteatœ ne comprennent en réalité que trois espèces légitimes, que Ton réduit même ordinairement à deux : le R, bracteata Wendl., originaire de la Chine, et le R. involucrata Roxb. {R. palustris Hamilt.), originaire de l'Inde, caractérisés tous deux par la présence de bractées réunies en une sorte d'involucre à la base du pédicelle floral. Le premier a été introduit en Europe, en 1793, par lord Marc Artney, dont il porte quelquefois le nom {Rose Marcartney, R. Macartnea DuM.) ; l'odeur en est douce et rappelle celle de l'abricot : on cultive sa variété alba odorata. Le R, Lyelli Lindl., que l'on

rattachait autrefois à ce groupe comme espèce, est un hybride de R. involucrata et de R, moschata.

§ 10. — Simplicifoliœ .

Ce groupe ne comprend qu'une seule espèce, que plusieurs auteurs regardent même comme étrangère au genre Rosa : c'est la Rose à feuilles (Tepine-vinette (/?. berberifolia Pallas, R. simplicifolia Salisb.), dont on a fait parfois un genre à part sous les noms d!Hultkemia berberifolia Dum. *, de Lovea berberifolia Link' ou de Rhodopsis berberifolia Ledeb*. Seul, en effet, parmi toutes les Roses, le if. bei^berifolia n'a pas de feuilles composées. Sa feuille serait, selon les interprétations proposées, ou réduite à la foliole impaire et terminale, « ou plutôt à la base du pétiole, de chaque côté duquel les stipules ont pris un grand développement* ». On voit parfois en effet un rudiment de foliole apparaître à l'extrémité de la nervure médiane *, montrant bien que celle-ci est un véritable pétiole, et que les deux moitiés de la fausse feuille représentent deux stipules connées. avec lui. Les fleurs, d'un jaune foncé, tachées de rouge bran au niveau de l'onglet de chaque pétale, sont inodores. Olivier les décrit cependant comme douées d'une odeur douce : peut-être cette différence est-elle due à l'influence de la culture.

Cette plante, originaire de la Tartarie chinoise et de la Perse, est cultivée aujourd'hui dans, quelques jardins botaniques. Elle a donné, dans les cultures du Luxembourg, un hybride des plus curieux, le R, Hardyi Paxt., né de son croisement avec le

* DuMORTiER. Commentationes botanicœ, 1823.

2 LiNDLEY. Botanical Kingdom, 1. 1261.

^ Ledebotjrg. Flora altaica, II, 224.

* H. Bâillon. Hist. des Plantes ^ I, 348.

* Le Maout et Decaisne. Traité gén. de Bot. descriptive et syst.^ 2® édit., 1876, p. 312.

jR. involucrata Ro?[b. Cet hybribe est également inodore : ses feuilles sont composées.

Jetons maintenant un coup d'œil en arrière et recherchons quelles peuvent être les relations existant entre les groupements d'odeurs que nous avons déterminés et les groupements botaniques. Nous verrons que les Roses à odeur de Rose franche forment un groupe à part et très homogène, celui des Gallicanœ^ dont le R, centifolia peut être regardé comme le type, à ce point de vue. En dehors de ce groupe, l'odeur de Rose ne se retrouve que chez les races issues des Gallicanes les plus odorantes [R, centifolia^ R. damascœna)^ à savoir les Hybrides remontants, nés d'un croisement avec les Thés et beaucoup plus faiblement chez les Roses Bourbon^ nées d'un croisement avec les Roses Bengale. Encore, dans le groupe des Hybrides remontants j l'odeur de Rose est-elle loin de s'être transmise intacte : non seulement elle a totalement disparu dans la plupart des variétés, mais là même oti elle a persisté, elle s'est modifiée très sensiblement par le mélange de la sève des Thés. Chez les Bourbons, il est souvent très difficile de la reconnaître.

L'odeur de réséda du R. canina ne saurait suffire à caractériser tout le groupe des Caninœ^ o\x beaucoup de Roses sont inodores, dont souvent le R, canina lui-même*. Mais elle peut nous fournir de précieux indices pour déceler, dans d'autres groupes, les affinités de certains types avec les Caninse. On la retrouve chez les Sepiaceœ^ qui, longtemps ballottées entre les Rubiginosœ^ les Villosse et les Caninœ, pourraient présenter, grâce à la constatation de ce nouveau caractère, une raison de plus d'être rattachées à ces dernières. On la retrouve chez le R. arvensis et plusieurs autres types du groupe des Synstylœ^ dont on connaît déjà d'autre part les rapports étroits avec les CaninaSy par l'intermédiaire du R. stylosa. On l'observe même exceptionnellement chez une ou deux Villosse, classées

* Kampfer Ta décrit au Japon comme inodore {¥lor, Jap., p. 862).

souvent à part dans une section spéciale des Tomentosse, qui ne sont pas dépourvues de toute affinité avec les Caninœ; enfin, au milieu du groupe inodore des Pimpinellifoliœ^ elle se montre encore chez la seule espèce qui présente d'autre part quelques caractères communs avec les Caninœ, le R. alpina et ses variétés.

Les odeurs de fruits sont plus particulièrement localisées chez les Thés et les races remontantes qui en sont issues.

Les odeurs empruntées à d'autres fleurs ne représentent jamais que des accidents, et, comme telles, se trouvent disséminées, sans loi apparente, à peu près dans tous les groupes.

Les odeurs fournies par les feuilles ne sont réellement caractéristiques que chez les Rubiginosœ : l'odeur de pomme de reinette qu'elles donnent dans ce groupe s'observe aussi, mais un peu altérée, dans les organes végétatifs d'une espèce assez difficile à mettre en place, qui présente cependant plusieurs points de contact avec les Rubiginosœ^ le R. alba. On la retrouve encore chez le R, rugosa Thun., à fleurs doubles (Cmnamomede) : il est vrai que le type à fleur simple ne la présente pas : y a-t-il eu hybridation ?

L'odeur de térébenthine que Ton observe dans la feuille des Villosœ^ ne leur appartient pas tout à fait en propre : outre que, chez beaucoup d'espèces, elle est très peu prononcée, on peut dire que toutes les nuances intermédiaires existent entre l'odeur résineuse atténuée de certaines Villosœ et Todeur camphrée que donnent beaucoup de folioles glanduleuses des Gallicanœ, des Synstylœ et des Caiiinde, — Quant aux odeurs de fleurs données par quelques feuilles lorsqu'on les froisse, on ne peut évidemment les considérer que comme des accidents sans portée générale.

Nous sommes donc loin de songer à proposer pour le genre Rosa^ qui a déjà vu tant de classifications, une classification nouvelle reposant uniquement sur la considération de Fodeur.

wmrm^m^ai^Km

Nous avons simplement voulu établir que, dans la plupart des groupes, l'odeur constitue un caractère assez fixe de plusieurs espèces importantes, pour pouvoir nous donner des renseignements utiles sur certaines filiations, et nous permettre de suivre, dans ses divers croisements, la trace de Tune de ces espèces fondamentales. En un mot, le parfum, pris dans un sens général, et abstraction faite des variations horaires, saisonnières et locales dont nous avons parlé, est un caractère de l'espèce, au même titre que tous les autres, et, de même que ceux-ci, régulièrement transmissible par l'hérédité.

Cette transmissibilité est facile à constater dans beaucoup de cas : l'exemple fourni par le groupe des Gallicanes^ issu tout entier, comme on le sait, du Rosa gallica^ et resté d'une si grande homogénéité au point de vue du parfum, est très démonstratif à cet égard. En outre, chez presque tous les hybrides nés du croisement de deux espèces bien nettement caractérisées, on observe, comme dans toutes les hybridations, une superposition assez régulière des caractères des deux parents, de leur odeur comme de tous les autres.

Notons aussi qi^'il advient souvent de ces races d'hybrides, ce qui advient également chez nos animaux domestiques, c'est qu'avec le temps la race née par hybridation se divise peu à peu en deux séries divergentes, dont chacune tend à reproduire les caractères de l'un des parents au détriment de ceux de l'autre : au lieu d'une race hybride, il y en a deux et chacun des deux ancêtres se trouve bientôt doublé d'une véritable lignée collatérale qui le suit parallèlement. C'est ainsi que le croisement du R, canina et du R. gallica a donné naissance à deux races divergentes, dont l'une, le R. turbinata^ s'est rapprochée sensiblement du /?. gallica^ et Tautre, le R. alha^ du Rosa canina. Il est même vraisemblable que, dans bien des cas, si la sélection n'intervenait dans les cultures pour maintenir l'intégrité de la forme hybride, on observerait finalement un retour complet au type ancestral. C'est ce que l'on voit nette-

ment chez les animaux, où la race artificielle des léporides^ issue du croisement du lièvre et du lapin, tend manifestement à revenir partie au lièvre, partie au lapin.

Mais lorsqu'on aborde l'étude des variétés horticoles, la question de l'hérédité apparaît avec un degré de complication telle que Ton pourrait être tenté d'y douter de l'action de ses ]ois. Elles n'ont cependant pas cessé de s'y appliquer.

Il est bien vrai que dans la série des Hybrides remontants^ pour ne nous occuper que de la plus complexe, il n'est pas rare de voir le croisement de deux variétés donner naissance à une troisième qui ne présente aucun rapport d'odeur avec l'un quelconque de ses parents. « Heinrich Schultheiss », rose extrêmement odorante, est issue du croisement de « E. Y. Teas », dont l'odeur est faible, et de « Mabel Morrison », qui est complètement inodore. « Jules Margottin », Rose à odeur très faible, a produit des variétés à odeur beaucoup plus forte et plus agréable que la sienne, et que celle de l'autre parent, « Fortunée Besson », par exemple. La Rose « Victor Verdier », une des plus belles et des plus fécondes souches de la série des Hybrides remontants, est complètement inodore, et dans sa riche lignée, à côté de variétés inodores telles que « Baronne de Rothschild >^ , « Captain Christy », on trouve des Roses qui comptent à bon droit parmi les plus odorantes de toute la série, « Charles Lefebvre » entre autres, chez qui la sève inodore des Verdier parait donc être demeurée sans la moindre influence. Le « Gé?iéral Jacqueminot))^ admirable fleur d'un rouge velouté et éclatant, qui exhale la plus délicieuse odeur, a donné, à côté d'un grand nombre d'hybrides très odorants *, plusieurs variétés parfaitement inodores ^

De ces exemples, qu'il serait facile de multiplier, devonsnous conclure que le principe d'hérédité soit ici faux ou pour le moins inconstant? Dans le cas contraire, quelles sont donc les lois suivant lesquelles se fait la transmission des caractères chez les hybrides?

* « Alfred Colomb >, c Madame Victor Verdier », t Comtesse de Castéja *, « Horace Vernet », c Maurice Bernardin », c Pierre Notting », etc.

2 € Rosalie de Wincop », etc.

M. A. Gautier, au cours de ses belles recherches, que nous avons déjà eu l'occasion de citer*, sur les matières colorantes des vins, s'est posé la même question : se trouvant en présence de divers cépages de^raisins dont la filiation était exactement connue, ayant, en outre, déterminé rigoureusementla formule de la matière colorante propre à chacun d'eux, il s'est demandé quelles relations pouvaient exister entre la matière colorante de rhybride et les matières colorantes de ses deux parents. Il a voulu, en un mot, comme il le dit lui-même, rechercher, la balance à la main, la loi mathématique de la transmission héréditaire d'un caractère donné.

M. A. Gautier est alors parvenu à une conclusion d'une simplicité véritablement séduisante : c'est que la formule de la matière colorante de l'hybride représente la moyenne arithmétique des deux formules correspondant aux matières colorantes de chaque parent. M. A. Gautier avait choisi comme exemple un cépage dont l'origine est bien connue des viticulteurs, le Petit' Bouschet, créé de 1840 à 1850 par M. Bouschet- Bernard, à Montpellier, en faisant agir le pollen de Varamon sur des ovaires de teinturier^ les fleurs de ce dernier ayant été soigneusement privées de leurs étamines. Or, en étudiant la composition de la matière colorante du Petit-Bouschet, M. A. Gautier lui a trouvé la formule C*^ H'^* 0^^ celle du teinturier étant C22 H" 0*' et celle de Varamon C'' H*' 0*^ La matière colorante de l'hybride y représente donc bien exactement la moyenne arithmétique des matières colorantes des deux parents ^

Si nous appliquions ces données, que M. Gautier regarde comme susceptibles d'une généralisation absolue, au problème

*A Gautier. Du mécanisme chimique de la variation des êtres vivants, in Hommage à M. Chevreul à l'occasion de son centenaire. Paris, d886, p. 29 à 52.

* Plus exactement, voici les chiffres donnés par M. Gautier :

Moyenne

Aramon

(mâle)

Teinturier

(femelle)

Petit-Bouschet

(Hybride)

qui nous occupe, nous devrions pouvoir constater, dans tout croisement d'une espèce odorante avec une espèce inodore, la production d'un hybride d'odeur exactement mixte, comme quantité et comme qualité. Or, nous venons de voir que, dans bien des cas, il en est tout autrement.

C'est qu'en réalité les lois de l'hérédité sont beaucoup plus complexes que ne l'a admis l'éminent chimiste. En choisissant, comme il l'a fait, deux races aussi nettement caractérisées et surtout /£r^V5 d'aussi longue date que le sont, parmi les raisins, Varamon et le teinturier^ il est possible que le premier hybride issu de leur croisement possède un parfum représentant, autant qu'une pareille estimation peut être faite, la moyenne arithmétique des parfums particuliers de ses deux parents. Mais outre que les influences de culture agissent assez profondément sur toutes les races artificielles pour en modifier des caractères d'une fixité bien supérieure à celle de leur parfum, qu'un simple changement d'exposition suffit souvent à altérer, — sans même parler delà tendance régressive vers l'une des souches, marquée par tout hybride, et que nous avons indiquée tout à l'heure, — il ne faut pas oublier que les variétés de culture employées à ces croisements sont toutes de formation récente, à peine fixées même, pour la plupart, incapables, par conséquent, de transmettre à l'hybride un caractère dont la solidité originelle garantisse la durée dans l'avenir.

Or, c'est un principe de biologie générale, que le degré de fixité d'un caractère soit proportionnel au temps depuis lequel il est acquis, autrement dit au nombre de générations écoulées depuis qu'il est entré dans la morphologie de la race. Lorsque deux tendances héréditaires sont en présence, comme il arrive dans tout croisement, c'est la plus anciennement fixée qui l'emporte sur l'autre, et pour rendre la formule de M. Gautier complètement exacte, il faudrait y faire entrer cette notion capitale de la durée, affecter, par exemple, chaque terme, dans sa moyenne arithmétique, d'un coefficient correspondant à l'ancienneté du caractère transmis.

Dans la pratique, il est évident que, passé un certain chiffre

de générations, un caractère peut être considéré comme acquis et peut, sans désavantage, soutenir dans un croisement la lutte avec un caractère d'ancienneté à peu près égale, sans que le nombre des années importe beaucoup : la formule de la moyenne arithmétique est donc parfaitement applicable au croisement de races suffisamment anciennes, telles que Yaramon et le teinturier parmi les raisins. Aussi voyons-nous les vieilles races d'hybrides, telles que le /?. alba el le jR. turbinata que nous citions plus haut, présenter assez • exactement cette moyenne arithmétique entre les caractères de leurs deux ancêtres, bien qu'avec une tendance assez accusée au retour vers l'un d'eux, comme nous l'avons d'ailleurs fait remarquer.

Mais jusqu'ici nous avons considéré, et M. Gautier aussi, chacun des parents accouplés dans l'hybridation comme iie transmettant au descendant qu'un seul caractère : en réalité, il en transmet une quantité bien plus considérable, et l'on peut dire, sans exagération, qu'il n'est pas un trait de sa structure qui ne soit également candidat à la transmission. Or, il s'en faut de beaucoup que tous aient chez lui le même degré de fixité. C'est donc ici encore que la question de date va intervenir, pour les échelonner, en quelque sorte, sur une véritable liste d'ancienneté, dont les premiers inscrits auront le plus de chances de passer dans l'hybride.

Songeons maintenant que c'est ce tout complexe, dont les éléments possèdent chacun une fixité variable, qui va, dans la procréation de l'hybride, être mis en contact et entrer en lutte avec un tout non moins complexe et des éléments aussi inégalement fixés, apportés dans la collaboration par l'autre parent. 11 en résultera, dans chaque organe de l'hybride, une sorte de lutte corps à corps des caractères contraires qui tendent également à s'imposer, lutte se terminant toujours à l'avantage du plus fixe, — et dans d'autres cas, par contre, une addition pure et simple des caractères semblables. Les caractères de l'hybride, pris un à un, représentent donc tous, soit un caractère commun aux deux parents, s'il est le même chez tous deux, soit le caractère le mieux fixé chez l'un d'eux, s*il y a discordance.

Les variétés horticoles de Roses, croisées ainsi hâtivement,

dès leur formation, au milieu même de la période d'inégale fixité des caractères, constituent un excellent terrain poixr l'étude de ces lois si curieuses de Thérédité, car c'est sous nos yeux mêmes que s'opère ce choc des caractères mis en présence et ce que Ton peut appeler, si l'on veut, leur « lutte pour la trammission^ avec persistance du plus fixe », phase intime et élémentaire de rimmense concurrence vitale dont les lois ont été si admirablement tracées par Darwin.

Gomment dès lors s'étonner, lorsque nous créons un hybride, des résultats de cette lutte invisible dont les phases nous demeurent cachées, de même que la valeur des forces mises en jeu?

Qu'y a-t-il d'étonnant qu'une Rose très odorante, cliez qui le parfum n'est qu'une acquisition récente, due à la culture, à la sélection ou à cette sorte d'initiative organique qui réside en tout individu, et que la sélection artificielle permet d'exploiter si admirablement, — donne, par son croisement avec une Rose inodore, chez qui l'absence d'odeur est un caractère d'une fixité séculaire, un hybride complètement inodore luimême? Si la moyenne arithmétique s'est effectuée entre les deux termes affectés chacun de leur coefficient de durée, comme nous le disions plus haut, le second a été évidemment écrasé dans la lutte.

Quoi d'étonnant encore que deux Roses inodores donnent naissance à une rose odorante, lorsque l'on sait, comme Darwin l'a fait remarquer, et comme l'observation le montre tous les jours, jusque dans l'espèce humaine, — que certains caractères ancéstraux franchissent une génération, sommeillent même, pour ainsi dire, pendant un temps beaucoup plus long, pour réapparaître à l'improviste chez un terme quelconque de la série? Quelle conclusion tirer de ce fait, sinon qu'un des parents, bien que privé d'odeur, a du admettre, à un moment donné de l'évolution de sa race, le croisement avec une Rose odorante?

Quoi d'étonnant, enfin, que deux roses odorantes donnent, en se croisant, un hybride moins odorant que chacune d'elles, plus odorant qu'elles deux, inodore même, si l'on veut,

lorsqu'on sait quelle série de tâtonnements a souvent précédé la constitution de la race horticole à laquelle appartient chacun des parents, lorsqu'on évalue surtout la masse énorme de caractères contradictoires accumulés ainsi chez eux en puissance, à l'état d'hérédité latente, prêts à se faire jour si la lutte leur est favorable ? Et bien complexe serait la formule du principe immédiat qu'un habile chimiste découvrirait chez l'hybride si la formule donnée par M. Gautier s'était trouvée vérifiée à chaque génération.

Cependant nous n'avons pas tout vu : car nous avons discuté jusqu'ici les termes de la question comme si le parfum . constituait un de ces caractères matériels et tangibles, qui ne sauraient disparaître sans laisser de traces. Lorsqu'une Rose à stipules connées est croisée avec une rose à stipules libres, les stipules seront connées ou libres, mais il y aura toujours des stipules ; lorsqu'une Rose à cinq folioles se croise avec une Rose à siept folioles, on constatera aisément à quel chiffre se sera arrêté l'hybride. Dans ces cas mêmes, on pourra fort bien aboutir, pour l'organe envisagé, à une forme ou à un chiffre intermédiaire, dérivé de la combinaison des deux formes ou de la moyenne des deux chiffres fournis par les parents. Mais lorsqu^on croise une Rose à odeur de Centfeuille avec une Rose à odeur de Canine, comment reconnaître dans le parfum mixte de l'hybride, la trace de chacune des odeurs primitives?

C'est ici que les formules chimiques seraient particulièrement précieuses pour nous montrer ce que l'odorat ne peut plus nous apprendre. Car nous nous heurtons alors à deux questions tout à fait distinctes de celle de l'hérédité et bien plus mal connues encore, à savoir la loi des combinaisons des principes odorants, et, ce qui est plus complexe que tout cela, la loi des combinaisons de nos sensations olfactives.

Dans ces conditions, il n'est plus de résultat qui doive nous étonner chez l'hybride, quant à la transmission du parfum. Il pourra, tout en présentant une combinaison parfaite des caractères morphologiques des deux parents, ne posséder que l'odaur de l'un des deux, si cette odeur est de celles qui peuvent

masquer complètement l'autre, fait d'observation fréquente en parfumerie. — Il pourra présenter une odeur mixte, nuancée des deux odeurs originelles, ce qui satisferait pleiaement la loi de la moyenne arithmétique. — Il pourra fort bien être inodore ou même donner une odeur nouvelle, différente de celles des deux parents, si ces odeurs sont de celles qui se combinent pour en former une troisième, ou de celles qui s'éteignent réciproquement, au point de vue de l'odorat, par un de ces phénomènes physiques si curieux, dont nous avons des exemples pour Touîe et la vue, dans le cas des interférences.

Complexité extrême des lois de la transmission héréditaire, en raison de la complexité même des deux généalogies mises en présence chez l'hybride, — complexité non moins grande des combinaisons aromatiques résultant de l'union des parfums, — complexité plus grande peut-être, et en tout cas ignorance absolue pour nous, des lois d'après lesquelles s'ajoutent, se superposent ou se détruisent nos sensations olfactives, — tels sont les obstacles que l'on peut, sans honte, accepter comme insurmontables, qui s'opposent à ce que nous ayons, dans tous les cas, une notion nette des lois de la transmission héréditaire du parfum chez les Roses, — ce qui nous conduit à reconnaître, non pas la non-existence de ces lois, mais notre humaine impuissance d'en embrasser toutes les conditions d'application.

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