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parfum dont ne pouvaient se passer nos pères. Sans parler de la médecine, qui, maintenant, en dehors du mielrosat et de Teau de Roses, prescrit rarement les quelques préparations demeurées inscrites à notre Codex, on peut dire que le parfum de la Rose, à l'état isolé, n'est plus recherché chez nous que dans les campagnes, où Técœurante pommade à la Rose graissera longtemps encore, sans doute, les cheveux des jeunes enfants, aux fêtes carillonnées. Il est permis de se demander si Torigine de cette défaveur, qui n'est peut être qu'un caprice de la mode, n'est pas tout simplement dans la substitution, faite universellement aujourd'hui, des essences dites de géranium et de leur odeur forte, citronée, rapidement énervante, à Tessence de Roses véritable. Ce n'est plus guère, en effet, que par curiosité que nous accueillons maintenant les flacons d'essence de Roses, les objets moulés en pâte de pétales de Roses, chapelets, croix où bijoux, dont le plus grand mérite à nos yeux est de venir ou de paraître venir de loin, de la véritable patrie des Roses, l'Orient.
Mais là encore, si le goût de l'odeur des Roses s'est conservé tel qu'autrefois, si l'on parfume toujours à la Rose les vêtements, les parures et jusqu'à certains mets, la production de l'essence pure a singulièrement diminué : partout l'ignoble géranium a supplanté, grâce à son bon marché, l'essence exquise d'autrefois. Constantinople est aujourd'hui le centre de la falsification ouverte de l'essence de Roses et c'est par tonnes que l'on y importe de Bombay Tessence de géranium ou huile de palma-Rosa^ employée dans ce but. La Perse elle-même, la patrie des Roses et de Sadi, où naquit l'essence de Roses et où Kœmpfer décrivit, il y a deux cents ans, les immenses champs de Roses du Shiraz, distille de moins en moins de fleurs. Le pays des Roses, la vallée de Kachmyr, ne donne plus de Roses, et, détail typique, le shah fait venir d'Europe les rosiers destinés à ses jardins d'Ispahan, où l'eau de Roses coula autrefois en ruisseaux. Olivier et Pistard ont bien vu, le premier à Téhéran, le second à Ispahan, quelques rosiers à fleurs blanches et parfumées : mais c'étaient des géants d'un autre âge, respectés pour leurs di-
mensions extraordinaires (/?. moschakt); celui que vit Olivier atteignait trente pieds de haut.
Cependant, malgré la décadence réelle du parfum de la Rose dans notre pays, nous constatons, en interrogeant les statistiques commerciales, que la consommation de l'essence de Roses en France ne fait qu'augmenter chaque année, comme nous le disions tout à l'heure. Grasse ne peut plus suffire aux demandes, et la Bulgarie, malgré le droit de cinquante francs par kilo qui frappe son ésspnce à la douane française, en importe chez nous des quantités sans cesse croissantes. C'est que l'essence de Roses, discréditée comme parfum isolé, joue, comme nous l'avons dit, un rôle considérable dans l'industrie du parfumeur, pour la préparation des parfums composés. Nous n'insisterons pas sur ce côté industriel . qui nous entraînerait trop loin. Disons seulement que l'essence de Roses partage avec le musc la singulière propriété d'exalter et surtout de fixer les autres parfums. Un extrait alcoolique, une macération huileuse, une eau distillée même, de lilas, de violette, de muguet, ou de toute autre fleur odorante, perdrait son odeur en très peu de temps, si l'on n'y ajoutait un de ces deux corps dont la présence suffit à maintetenir l'arôme, sans que leur odeur propre puisse révéler leur existence pour tout autre qu'un spécialiste rompu de longue date dans l'art de combiner les parfums.
On trouvera plus loin, dans un chapitre spécial, — car nous avons quitté la période historique pour l'époque actuelle, — l'indication des quelques circonstances dans lesquelles le médecin et le pharmacien font encore aujourd'hui usage des produits odorants delà rose : nous étudierons cilors sommairement l'action de ce parfum sur l'organisme et les applications qui en découlent. Nous allons maintenant essayer de le définir physiquement et physiologiquement, puis rechercher quel est son mode de répartition dans les subdivisions de l'espèce : nous étudierons enfin son mode de formation chez la plante, et finalement les procédés industriels usités pour l'en extraire.