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beaucoup moins d'excès de boisson qu'autrefois; peu ou point d'ivrognes. Les ouvriers emploient une partie de leurs loisirs à la lecture; ils ont le goût de l'étude personnelle; bon nombre d'entre eux étudient les questions économiques. Cet heureux changement dans leurs habitudes est attribué à deux causes : d'abord à la réduction des heures de travail; ensuite à la création, en 1876, des filatures et tissages ce coopératifs » *, dont le capital est divisé en actions de 5 livres sterling (125 francs) à 1 livre (25 francs). Les ouvriers d'Oldham n'ont commencé à épargner que du jour où l'occasion leur a été offerte de placer de petites sommes dans des entreprises qu'ils connaissaient. L'épargne pour l'épargne ne les séduisait pas; mais, l'épargne ayant pris une forme active, ils n'ont plus résisté. L'ouvrier a pu à son tour devenir capitaliste et même patron, tout en restant ouvrier. Un certam nombre d'ouvriers et de contremaîtres de l'usine Platt sont actionnaires de filatures, et quelques-uns membres des conseils d'administration.
L'usine Platt a la réputation de fabriquer les meilleurs métiers du monde, et, bien que ses prix de vente soient de 10 et 15 p. 100 plus élevés que ceux des concurrents, elle a la plus nombreuse clientèle.
i. Ces filatures dites coopératives, par une extension peutêtre abusive de ce terme, sont très nombreuses dans la région d'Oldham; elles sont connues aussi sous le nom de Oldham Limiteds. Lord Derby en a donné la définition suivante : « Les filatures de coton appelées coopératives sont en général, sinon toujours, des compagnies par actions à responsabilité limitée, dont le capital, divisé en petites coupures, a été souscrit principalement par les ouvriers de la région cotonnière; souvent elles sont construites et mises en train à l'aide d'emprunts. •
Dans cette armée industrielle de 2 000 hommes, qui fabrique des produits de première qualité, tous les officiers sont d'anciens soldats : tous les ingénieurs, d'abord ouvriers, ont commencé l'apprentissage vers treize ou quatorze ans et complété leur instruction par les cours du soir. L'usine se suffit entièrement à elle-même. Sans le secours d'un seul ingénieur sorti d'une école spéciale ou d'une université, on y dessine tous les modèles, on y fabrique les machines-outils, on y suit ou l'on y invente tous les perfectionnements. Les ouvriers de la nouvelle génération ont compris la valeur de l'instruction : ils commencent l'apprentissage aussi tôt qu'autrefois, mais ils suivent en masse les cours du soir. C'est à Oldham que les missionnaires de la University Extension ' ont trouvé leurs auditoires les plus nombreux et les plus attentifs.
Depuis cinq générations, les Ashton sont manufacturiers à Hyde, près Manchester : il y a plus de cent ans que leurs métiers, maintes fois transformés, tissent le coton. Vers 1850, leurs cotton-mills étSiient les plus vastes du Royaume-Uni. C'est encore aujourd'hui une très grande usine, occupant 3 000 ouvriers et ouvrières. Dans une seule salle, au milieu d'un bruit assourdissant et de flocons neigeux, 600 femmes dirigent 1 200 métiers. La force motrice est produite par la vapeur de vingt chaudières. Il semble que, à la tète dun organisme aussi vaste, on devrait trouver un ingénieur. Il n'en est rien : chaque moteur est
l^ Voir le Rôle social des universités, par Max Leclerc. Paris,
confié à un ouvrier éprouvé, qui en est responsable. L'ensemble est entre les mains d'un homme du métier, sorti des rangs, qui connaît à fond tous les rouages pour les avoir fait tourner lui-même. Il y a huit ans que cette usine n'a pas eu de grève ^ Avant 1882, quarante années s'étaient écoulées sans le moindre conflit entre patron et ouvriers. L'usine fabrique, en même temps, trois cents espèces de calicots pour tous les pays du monde, entre autres un tissu grossier à deux sous le mètre destiné au Maroc et à l'Afrique Centrale.
L'extraction de la houille, par la valeur totale des produits et par le nombre de bras qu'elle occupe, figure au premier rang des industries anglaises. Les capitaux engagés dans les charbonnages sont énormes; les richesses à exploiter paraissent infinies.
En France et en Allemagne, le métier d'ingénieur des mines s'apprend dans des écoles spéciales. En Angleterre, aucune préparation méthodique. En vertu du ce Coal Mines Régulation Act » de 1887, tout manager ou undermanager dans une mine de houille doit avoir travaillé au fond pendant cinq ans, savoir lire, écrire et compter, et posséder quelques notions de mécanique (principalement sur les pompes) et de physique (en particulier sur les propriétés des gaz). Pour rendre ce noviciat moins exclusivement pratique, quelques-uns ont proposé une interprétation plus large de la loi, soutenant qu'il n'était pas nécessaire que les cinq années d'apprentissage fussent