‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 11 sur 112 · juin · texte numérisé non relu

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employées tout entières à manier le pic, et faisant valoir que, pour exploiter une mine, certaines connaissances, qui ne peuvent s'acquérir au fond, sont indispensables. L'interprétation la plus étroite a prévalu '. Les capitalistes propriétaires de mines se sont montrés les plus acharnés dans la résistance. Ils ont une crainte superstitieuse de ce qu'ils appellent a la théorie ». Quand il s'agit de choisir un manager, ils donnent toujours la préférence à un ancien ouvrier, aussi peu cultivé que possible; c'est un practicat man, ils ont confiance en lui. A Newcastle-on-Tyne, un ingénieur des mines consultant, qui a une vaste clientèle, est obligé, lorsqu'il a fait de longs calculs à l'aide de la table de logarithmes, de les traduire en opérations arithmétiques sur les devis et mémoires qu'il remet à ses clients. Autrement, les propriétaires de mines retireraient leur confiance à un homme qui emploie des moyens aussi « théoriques ».

La révolution industrielle — la transformation complète de l'industrie par la généralisation de l'outillage mécanique — a fait surgir des nécessités nouvelles. L'école et l'atelier se sont rapprochés; entre l'une et l'autre, avec la distance, ont diminué les tendances à l'antagonisme : néanmoins, les indus-

1. North of England Institute of mining and mechanical engineers. — President's address, 8th december 1888, p. 13.

On toléra pendant quelque temps que deux des cinq années d'apprentissage fussent employées à étudier dans un Collège of Science; cette tolérance a été supprimée.

triels anglais n'admettent pas que l'école et l'atelier puissent être confondus. Après de longs combats, un compromis récent a créé l'enseignement technique, qui est professionnel, sans être exclusivement pratique comme dans l'atelier d'autrefois, et scientifique, sans être purement théorique comme dans la plupart de nos écoles d'ingénieurs.

On a vu, par les exemples cités, que l'état-major actuel de la grande industrie est sorti du rang. Même sur ces parvenus, les idées nouvelles ont prise. Ils reconnaissent que ce système est impuissant à leur fournir les cadres dont ils ont besoin aujourd'hui. Dans les chemins de fer, par exemple, on recherche maintenant un personnel d'ingénieurs plus instruits. Dans lindustrie cotonnière, on ne choisit plus comme contremaîtres que des hommes ayant fait un stage d'une certaine durée dans une école technique, ou tout au moins ayant suivi assidûment un ensemble méthodique de cours du soir. De divers côtés on a réclamé une réglementation de la profession d'ingénieur : pour prendre le titre d'ingénieur il faudrait fournir des garanties et des références. Au Cap, nul n'est admis à exercer la profession d'ingénieur s'il n'a passé un examen spécial, d'ailleurs difficile.

Tel discours, adressé aux jeunes gens par un homme arrivé, prouve cependant que, si Ton est disposé à faire une part beaucoup plus large à la culture scientifique, on n'est pas près de renoncer à l'apprentissage manuel. M. Perry, professeur de construction mécanique {mechanical engineering) à Finsbury Collège, commença par travailler à l'atelier pendant sept

ans, puis il s'établit pour son compte. Appelé au Japon pour enseigner son art, il a formé la plupart des ingénieurs qui ont construit les chemins de fer et les ports du Japon moderne. Ses élèves de Finsbury sont des garçons de dix-sept ans, qui entrent en apprentissage au sortir du collège. Voici les conseils que le professeur Perry leur donne au moment de les quitter :

<L Un bon ingénieur doit savoir passablement travailler de ses mains ; il lui faut surtout avoir de bonne heure manié les outils, à l'atelier, avec les ouvriers, en partageant leur vie; il faut qu'il ait gagné cette expérience particulière qui ne se peut acquérir autrement : sans elle un directeur d'usine n'est guère plus utile qu'un Manuel de l'Ingénieur relié en veau... Entrez, sans tarder, dans un atelier de construction mécanique; vous devez obtenir qu'on vous prenne, pour deux ans ou deux ans et demi, sans payer de prime. Vous vous apercevrez que les patrons ont un préjugé contre les gens qui sortent du collège. Vous dissiperez peu à peu ce préjugé. Je l'ai eu moi-même quand je dirigeais une usine; car le jeune écolier libéré est souvent un terrible embarras dans un atelier. Non seulement il ne faut pas que vous payiez de prime, mais il faut que, dés le début, vous gagniez un salaire, si mince qu'il soit... Souvenezvous que votre but est d'apprendre tout ce que les ouvriers peuvent vous enseigner. Ne fuyez pas la besogne, même rude, grossière et malpropre; ne craignez pas les heures de travail supplémentaires, quand la nécessité les impose... Si vous traitez les ouvriers avec sympathie, vous verrez que ce sont en

général de très braves gens, de bons citoyens, faisant de leur mieux pour rendre le monde meilleur et s'entr'aidant au delà de ce qu'on peut imaginer. Mais si vous les méprisez parce que vos familles sont à leur aise, si vous ne prouvez pas, par toute votre attitude, que vous les traitez en hommes qui vous sont supérieurs, — et ils le sont tant que vous n'avez pas acquis leur habileté et leur connaissance du métier, — vous pouvez renoncer à tout espoir d'obtenir d'eux aucun secours et d'être jamais capables de les diriger comme contremaîtres ou comme chefs d'usine... La plupart d'entre vous ont dix-sept ans; si vous entrez à l'atelier dès maintenant, vous pourrez devenir de bons ouvriers; mais si vous attendez encore trois ans pour commencer l'apprentissage, — et, sans l'apprentissage, comment serait-il possible de faire un bon ingénieur-constructeur? — si vous attendez, vous ne pourrez plus apprendre, il sera trop tard... Je vous conseille de commencer dès maintenant. Dans deux ou trois ans, remettez-vous à l'étude, en suivant les cours de tel ou tel professeur. , . Vous acquerrez plus en six mois, après votre apprentissage, que vous n'apprendriez ici en trois ans; sans compter que vous serez devenus de bons ouvriers, et c'est le seul moment de votre vie où vous puissiez le devenir *. »

L'importance de l'apprentissage manuel se trouve ainsi restreinte, mais il subsiste. A dix-sept ans, le jeune homme, préparé à saisir vite tous les détails du métier, gravit sans grande perte de temps tous les

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