‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 13 sur 112 · Voir plus bas, chap. viii, S n · texte numérisé non relu

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des avis parfois contradictoires...); la confiance est, au contraire, la base du système de nos voisins, confiance qui suscite des initiatives, laissant aux fonctionnaires des divers ordres une liberté d'action suffisante..., mais sans préjudice d'un contrôle rigoureux... Ce qui résulte en somme de l'examen des services de la marine anglaise, c'est la simplicité des rouages, le souci d'établir la responsabilité individuelle, l'unité de direction...; tous les services concourent à une œuvre commune sans aucun effort perdu, avec le minimum de formalités. Rien n'est négligé de ce qui peut aider à la fois à une surveillance continue et à une rapide exécution *. »

L'Angleterre s'est passée pendant fort longtemps d'ingénieurs savants; elle ne parait pas en avoir souffert. Elle a pu, sans inconvénient grave, et même avec un éclatant succès, pratiquer un grossier empirisme. Grâce à la merveilleuse fécondité de son sous-sol, elle a pu s'épargner la peine de devenir ingénieuse et ménagère. A quoi bon, dans ses mines de houille en apparence inépuisables, où chaque coup de pic abat un bloc de charbon pur, appliquer les règles strictes d'une exploitation scientifique, sans lesquelles nos mines du Pas-de-Calais, dont les veines sont très inégales, où les difficultés naturelles entraînent des frais

1. Le Temps, des 3 et 5 mai 1894. Communication de M. Georges Gochery, député, membre de la Commission d'enquête sur la marine.

d'exploitation considérables, donneraient, au lieu de bénéfices, des pertes?

Un autre exemple fait saisir la différence fondamentale des procédés industriels employés des deux côtés de la Manche. Il y a quelques années, un ingénieur des poudres et salpêtres, M. Henry Boutmy, qui dirigeait l'usine de Saint-Fons (Rhône) où l'on fabrique de la soude % se rendit en Angleterre pour visiter des usines semblables. Voici ce qu'il constata : dès que le fabricant anglais a trouvé un procédé qui donne, au cours où la soude est cotée sur le marché, de beaux bénéfices, il monte à grands frais une usine énorme. Il inonde le marché de ses produits, fait des affaires colossales. Dans le plus bref délai, il fait rendre à son procédé tout ce qu'on en peut tirer. En très peu de temps, ayant prélevé un fort bénéfice sur un gros chiffre d'affaires, cet industriel a amorti son capital. S'il trouve alors un nouveau procédé de fabrication, une transformation complète de l'outillage et, par conséquent, une nouvelle mise de fonds considérable ne l'effraient nullement. Mais, à aucun moment, il n'a eu le loisir de songer aux petites économies, aux modifications progressives. Tout autre est la manière de faire de l'ingénieur français. Celui-ci a un procédé dont il doit tirer tout le parti possible, mais prudemment, mais lentement, parce qu'il ne trouverait pas les capitaux nécessaires pour remplacer l'outillage du jour au lendemain. Il est donc forcé d'adopter une politique conservatrice. Par des prodiges d'ingéniosité, il parvient à réaliser 30 et 40 p. 100"

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