CHAPITRE II
Les agriculteurs.
Il n'y a pas cent ans, l'agriculture était en Angleterre la grande industrie nationale, plus importante à elle seule, par le nombre des bras et la valeur des produits, que toutes les autres réunies. La terre était la principale, presque l'unique richesse. Le moyen qui semblait le plus équitable de répartir les charges publiques était l'impôt direct sur les seuls propriétaires fonciers. Aujourd'hui, les proportions sont renversées; néanmoins la terre a conservé la plupart des privilèges et des charges d'autrefois. La Chambre des lords est encore composée, en majorité, de cette noblesse terrienne, qui ne représente aujourd'hui ni la plus grande fortune ni la plus puissante force sociale; et l'agriculture continue de payer une part d'impôts bien supérieure à son importance relative : a un matériel de 100000 livres sterling pour la culture du blé en Angleterre est bien plus lourdement taxé qu'une usine de même valeur pour la fabrication
des tissus de coton que l'on pourra échanger contre du blé de l'Inde. »
A charges non diminuées, produits de plus en plus maigres. Depuis plus de dix ans, l'agriculture anglaise traverse une crise qui l'a graduellement épuisée. En 1880 déjà, une commission, présidée par le duc de Richmond, fut chargée de faire une enquête sur la (( dépression » de l'agriculture; elle en ramena les causes à quatre principales : 1° saisons contraires; 2° pertes importantes de bétail, par suite des pluies prolongées et des maladies; 3" concurrence étrangère ; 4P accroissement du coût de production. Aujourd'hui, la crise dure encore; l'agriculteur souffre des mêmes maux et sa force de résistance a singulièrement décliné. Tandis que ses dépenses augmentaient, ses recettes diminuaient : il a dû vivre sur son capital, son crédit chez le banquier s'est.peuà peu réduit à rien. Il est dans une situation désespérée, et il n'a plus la force de revenir sur ses pas pour tenter un autre chemin ; il est condamné à périr si un miracle ne le sauve pas.
On rencontre encore des squires de l'ancien temps, restés fidèles aux vieilles coutumes, vivant sur leurs vastes domaines, au milieu de leurs fermiers, quelquefois même exploitant eux-mêmes, toujours attachés à la terre et pleins de foi en elle, car, aussi loin qu'ils peuvent remonter dans leurs souvenirs, elle est pour eux la source de toute richesse, de tout pouvoir et de tout prestige. Il y a les squires des temps nouveaux, aimant aussi la terre, mais d'un amour moins fidèle ; ils ne résident que quelques mois par an, passent une grande partie de leur temps à