Le dernier est « Mr Baron » Pollock
brillants orateurs des Communes, et lord John Russell le prit comme attorney-general dans son ministère (1851-1852). En 1859, après vingt ans dans les plus grandes affaires, lord Palmerston l'appela au poste de lord chief justice of England.
Le lord chancelier qui , en 1856, distingua Bramwell et l'appela à siéger à la Cour de l'Échiquier, jugea bien : il vit, dans cet avocat incomplet, l'étoffe d'un grand juge, et l'avenir lui donna raison. Bramwell (1802-92), fils d'un banquier de Londres, fut élevé dans une école privée et ne fit point d'études universitaires. Mais, pendant son stage d'apprenti harrister, il eut le meilleur des maîtres, Fitzroy Kelly, qui faisait autorité sur la common law. Les débuts de Bramwell furent lents et laborieux. Il avait horreur de l'éloquence vaine; rien, selon lui, ne pouvait prévaloir contre un bon sens robuste et une solide connaissance des lois. Nul esprit n'était plus droit, nulle science de meilleur aloi; il parlait et écrivait simplement, avec une pureté classique. Pendant les longues années qu'il siégea à la Cour de l'Échiquier, puis à la Cour d'appel, il sut conquérir la réputation d'un jurisconsulte éminent et d'un généreux esprit. C'est lui qui dit, un jour : a Je déclare que, si j'avais à choisir entre être un grand juge ou un bon juge, je prendrais le dernier parti. » Mais il fut l'un et l'autre.
Il faut citer encore ici les noms de deux grands juges récemment disparus et qui ont laissé une trace brillante derrière eux. Tous deux rappelaient avec des nuances diverses nos vieux parlementaires de l'ancien régime, hommes de loi et hommes de goût,
savants légistes et fins lettrés, à qui souvent il n'a manqué pour être de grands écrivains que le temps d'écrire : tel fut lord Coleridge, mort le 13 juin 1894 dans la haute charge de lord chief justice d'Angleterre. Après de brillantes études à Balliol, il traversa le barreau, les lettres et la politique : mêlé aux luttes les plus ardentes, puis ayant à porter les plus lourdes responsabilités, il fut toujours et avant tout un homme d'esprit. Lord Bowen, quoique de seize ans plus jeune que Coleridge, est mort avant lui (9 avril 1894) : il avait laissé, lui aussi, à Balliol, le souvenir d'un scholar accompli et même d'un parfait athlète. Jusqu'au bout ses meilleurs amis regrettèrent qu'il n'eût pas choisi la vie universitaire : il eût achevé doucement sa vie, pensaient-ils, comme « Master of Balliol ». Les affaires l'emportèrent et il est mort lord juge d'appel; mais il ne cessa jamais de cultiver les lettres, traduisant Virgile en hexamètres et rédigeant des arrêts qui sont, au dire des connaisseurs, des modèles de science et de goût *.
1. Un de ses biographes a dit : « His judgments are excellent pièces of lilerature marked by a curiosa félicitas in expression of which few jurists hâve the secret... A certain note of distinction, a sensé of proportion, a happy turn for iiluminating things dark and tecbnical, marked them ail. »