‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 32 sur 112 · LE CORPS ENSEIGNANT · texte numérisé non relu

LE CORPS ENSEIGNANT

à 2 heures du matin. Et maintenant, voici le conseil que je donne aux jeunes gens : ne vous laissez pas influencer par les pauvres raisons des théoriciens du surmenage, qui prétendent que 6 heures de travail par jour sont, comme le vent d'est, funestes à l'homme et aux bêtes; mais n'adoptez pas mon emploi du temps. On a trouvé, heureusement, depuis lors, un juste milieu. Le marché conclu par Faust était la modération même, comparé à celui qui m a valu avec les honneurs universitaires une perpétuelle insomnie. » C'est à ce prix que l'apprenti bonnetier se fit recevoir docteur es sciences mathématiques. Les temps sont devenus moins durs aux petits. Aujourd'hui on envoie, avec des bourses, à Oxford et à Cambridge un certain nombre d'instituteurs primaires, parmi ceux qui promettent le plus.

La condition particulière des écoles secondaires anglaises entraîne toute une série de conséquences pour les maîtres : là, comme ailleurs, la libre concurrence, sans frein ni contrôle, a produit lécrasement des faibles. Dans ce système le maître est sacrifié : n'ayant aucun moyen légal de faire consacrer ses aptitudes, il en est réduit pour se placer aux moyens qu'emploient les cuisiniers et les acteurs vagabonds : les agences, les annonces dans les journaux, les sollicitations personnelles. S'il a le bonheur de trouver une place dans une école en renom et d'y réussir, il aura une situation enviable, mais même alors il ne faut pas qu'il oublie qu'il n'est quelqu'un que par l'école à laquelle il est attaché, que son prestige est emprunté. Il n'est pas a agrégé de l'Université, ^

membre d'un grand corps organisé, il est maître de X... School ou de Y... Collège; si X... School ou Y... Collège le congédie, il retombe dans le néant et le voilà de nouveau réduit à recourir aux agences, aux annonces dans les journaux, aux courses de solliciteur. Ce système, qui donne le maximum de rendement pour l'éducation physique et morale de l'enfant, use les rouages — les maîtres — sans ménagements et sans reconnaissance. Elle est lamentable, la situation du vieux maître qui n'a pas pu ou n'a pas su économiser pour sa vieillesse; de chute en chute il tombe dans l'école privée, mauvaise et misérable, entre les mains d'un entrepreneur qui exploite ses derniers souffles contre un morceau de pain. Beaucoup de maîtres anglais déplorent leur liberté et envient le collier officiel, sinon doré, de leurs frères français : au lieu d'un système sans garanties, qui signifie la misère aussi bien que la fortune, et trop souvent une vieillesse malheureuse, ils voudraient avoir comme les nôtres une position officielle, une fonction déterminée, un prestige dû, des garanties légales, enfin la sécurité du lendemain.

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