Les Anglais les appellent crammsrs, bourreurs, gaveurs
sciences et de sujets modernes que les puUic schools n'en enseignaient alors; ces écoles n'étaient pas préparées à courir la chance et à envoyer leurs meilleurs élèves se mesurer avec les candidats préparés par les crammers. Ces préparateurs avaient plus beau jeu que jamais ; leur industrie prospérait, à tel point qu'un père désireux de voir réussir à l'examen de l'Inde son fils élevé dans une public school, l'enlevait de Harrow, Winchester ou Rugby, un an ou deux avant la fin de ses études, pour le confier à un crammer^. Deux ou trois préparateurs en renom étaient arrivés à constituer, en leur faveur, une sorte de monopole de fait : en 1889, MM. Wren et Gurney firent passer, à eux seuls, plus de candidats que toutes les écoles du royaume réunies, 21 contre 18, sur un total de 49 admis. Dans leur prospectus, MM. Wren et Gurney se flattent d'avoir, en vingttrois ans, de 1870 à 1892, fait passer 427 de leurs élèves sur 827 candidats admis, et conquis 12 fois la première place ^ Le concours n'a jamais cessé d'être •difficile, les épreuves probantes, l'enquête personnelle minutieuse; mais, par la force des choses, cette sélection sévère profitait non plus, comme l'avait voulu Macaulay, aux brillants sujets des universités, ni, comme l'avait espéré lord Salisbury en 1877,
1. Certaines public schools, frappées de ces inconvénients, s'étaient décidées, dans les dernières années, à instituer des classes préparatoires au service de l'Inde : Rubgy et Cliflon,
par exemple.
2. Voici quelques chiffres relatifs aux concours des dernières années : en 1885, pour 41 places, il y eut 211 candidats; en 1888, 236 candidats pour 42 places; en 1889, 232 can- •didats pour 49 places.
aux meilleurs élèves des public schooh, mais aux jeunes gens habilement préparés par quelques spécialistes, d'ailleurs très savants.
Nous sommes au début de la quatrième période; on est revenu, en 1891, au point de départ : la limite d'âge a été relevée, d'un bond, à vingt-trois ans, et la porte rouverte aux gradués des universités. L'effet a été immédiat : sur 32 candidats reçus au concours d'août 1892, 29 sortaient des universités. Sur ces 29 étudiants d'Oxford ou de Cambridge, 22 avaient passé leurs examens universitaires et obtenu leurs grades académiques, et 15, c'est-à-dire la moitié des candidats admis, n'avaient reçu aucune préparation spéciale. Le retour aux anciennes traditions avait donné, d'emblée, les effets qu'on en attendait ».
1. Le -2 juin 1893, un député radical d'Edimbourg fit voter aux Communes, en fin de séance, par 84 voix contre 8, sous forme d'amendement au budget une résolution ayant pour objet d'obtenir que les examens du service civil eussent lieu dans l'Inde en même temps qu'en Angleterre. Son but était d'ouvrir toute grande aux indigènes la porte des plus hautes fonctions. Le gouvernement avait fait les plus expresses réserves, et une infime minorité avait pris part au vote.
Sous le régime en vigueur les Indous qui veulent concourir sont obliges de venir étudier en Angleterre et de s'y soumettre à des épreuves qui n'ont pas été réglées précisément pour les. favoriser. Aussi, tandis que les rangs inférieurs du service civil de l'Inde sont en majeure partie recrutés parmi les indigènes, à peine compte-t-on une soixantaine d'Indous sur 964 fonctionnaires du covenanted service. Cela est dans l'ordre, disent les défenseurs du système, parce que le régimfï britannique doit être maintenu et contrôlé par des homme» de race britannique, imbus de l'idée impériale, ayant reçu dans la métropole les traditions britanniques et offrant à la nation toute sécurité : d'ailleurs si l'on ouvrait dans l'Inde le concours aux indigènes, ceux qui réussiraient ne seraient pas
Mais il est à craindre que ces heureux résultats soient sans lendemain, si un changement très prompt n'est pas apporté dans la condition présente des fonctionnaires anglo-indiens. Leurs appointements sont payés en roupies, monnaie d'argent, et leurs dépenses sont, pour une partie considérable, payables en or. La dépréciation continue et progressive de l'argent depuis plusieurs années a singulièrement modifié la situation matérielle des fonctionnaires de l'Inde. La crise est arrivée à l'état aigu.
Autrefois, il y a trente ans, le traitement de début représentait, en or, 480 livres; aujourd'hui, la même somme de roupies ne vaut plus que 300 livres, et l'on peut craindre que, dans un avenir prochain, cette valeur s'abaisse à 240 livres. Un fonctionnaire, entré au service en 4872, évalue à près de 4 000 livres la perte totale qu'il a faite sur le change dans l'espace de vingt ans : en 1872, la perte était de 20 liv»es par an; en 1876, de 60 livres; à mesure qu'il montait en grade et que sa paie augmentait, la valeur de l'argent s'abaissait : en 1882, il perd 100 livres; en
du tout des représentants des races habituées à commander et à se faire respecter : les Siks, les Radjpouts, les Pathans, les Brahmanes du Nord-Ouest, la noblesse musulmane du Nord et du Sud, toutes les races fortes et conquérantes arriveraient en queue de liste.
Le gouvernement de la métropole invita le gouvernement de l'Inde adonner son avis sur la motion Paul après enquête. Dix mois plus lard la réponse vint; elle était conforme à l'avis exprimé aux Communes et aux Lords par les secrétaires d'Etat pour l'Inde du cabinet libéral et du dernier cabinet conservateur : il y a des inconvénients insurmontables à l'application du système proposé par M. Paul, et le système actuel, fondé sur de justes et sages principes, peut être amendé sur des points de détail, mais doit être maintenu.
1889, 600 livres; en 1892, 900 livres *. Or, le fonctionnaire anglo-indien doit payer en or toutes les choses nécessaires à la vie qu'il importe de la métropole ; l'éducation de ses enfants dans les écoles d'Angleterre; les dépenses qu'il fait pendant les mois de congé indispensables au rétablissement de sa santé. Le remède que l'on propose est que le gouvernement de l'Inde se résigne à payer en or à ses fonctionnaires une partie de leur traitement, lequel restera fixé nominalement en roupies, le taux du change de la roupie étant déterminé une fois pour toutes -.
Le concours pour le service civil de l'Inde cesserait très rapidement d'attirer quelques-uns des meilleurs étudiants d'Oxford ou de Cambridge, si les avantages matériels offerts cessaient pour toujours d'être comparables à ceux que l'on offrait il y a trente ans. L'effet produit par le relèvement à vingt-trois ans de la limite d'âge serait détruit.
Pendant la période de conquête et d'organisation, aux temps héroïques où tout reposait sur le prestige de quelques hommes et sur leur énergie, avant la longue période de paix, avant les règlements minutieux, avant les chemins de fer qui transportent rapidement les troupes, avant les télégraphes qui apportent instantanément le conseil ou l'ordre,