É. Boutmy, op. laud., p
facile. C'est à l'époque de la reine Elisabeth. Or c'est l'époque où le Nouveau-Monde commença à exercer son influence, et ainsi les faits les plus évidents suggèrent cette conclusion que V Angleterre, dès le commencement, a dû au Nouveau-Monde son caractère moderne et sa grandeur particulière. Ce n'est pas le sang des Vikings qui a fait de nous les dominateurs de la mer, ce n'est pas le génie industriel des Anglo- Saxons qui nous a rendus puissants par les manufactures et le commerce, c'est une circonstance bien plus spéciale qui ne se manifesta que lorsque, depuis bien des siècles, nous étions agriculteurs, pasteurs, guerriers et indifférents à la mer. »
Tous les arguments que nous avons accumulés nous-même tendent au même point où Seeley aboutit : les Anglais, pas plus que l'Angleterre, n'ont toujours été tels qu'ils sont aujourd'hui; sédentaires, soignant leurs champs et leurs troupeaux, hostiles aux étrangers, fermés aux nouveautés, vivant sur eux-mêmes, apathiques, sans ingéniosité, ils avaient laissé se perdre tous les arts des ancêtres, et négligeaient d'exploiter les richesses naturelles de leur contrée : or ils sont devenus une nation d'industriels, de navigateurs, de colons, et dans toutes ces spécialités la première du monde. Et j'ajoute : ils se sont faits ce qu'ils sont aujourd'hui. Seeley attribue cette transformation complète à l'intervention d'une « circonstance spéciale », la découverte du Nouveau- Monde. Mais pourquoi les Portugais, les Espagnols et les Français, qui ont eu dans la découverte du Nouveau-Monde la plus grande part, n'ont-ils ressenti la bienfaisante influence qu'à un degré beau-
coup moindre? Pourquoi le Portugal, nation agricole, n'a-t-il pas été, après les découvertes de ses capitaines, poussé au développement de l'industrie? Et la France, qui baptisa les fleuves, les lacs et les plaines du Far-West, et colonisa la Louisiane, pourquoi ne fut-elle pas, elle aussi, conquise par sa conquête? Mais la France actuelle, avec ses colonies, ses usines et tout ce qui stimule l'activité d'une grande nation moderne, voit sa population augmenter exactement avec la même lenteur que fit l'Angleterre de la première moitié du xviii' siècle, l'Angleterre d'avant la transformation décisive.
La découverte de l'Amérique et l'accroissement continu des relations entre l'Ancien-Monde et le Nouveau ne suffisent donc pas à expliquer la révolution qui s'est accomplie en Angleterre. Il y a plus, et c'est cela qu'il faut chercher. Étudions comment s'est fait le développement matériel de l'Angleterre et l'évolution morale du peuple anglais, et tâchons d'en découvrir les causes profondes.
i. — Le développement au dedans.