La population : nombre, condition matérielle
Le mouvement ascensionnel de la population fut très lent aussi longtemps que l'Angleterre resta purement agricole : mais, dès les premières années de la révolution industrielle, très vite il s'accélère pour ne plus se ralentir qu'à une date toute récente * la population ne s'accroît que d'environ un sixième dans les cinquante premières années du xviir siècle; elle augmente de plus de moitié de 1750 à 1800, de prés de 90 pour cent de 1800 à 1850; enfin, dans l'Angleterre et le pays de Galles pris à part, de 90 pour cent pendant les cinquante premières années du règne de Victoria. Le taux d'accroissement annuel, après avoir atteint son maximum en 1878 (35,5 pour 1 000), descend à 30,5 pour 1 000 en 1889. Le dernier recensement a montré que la population totale du Royaume-Uni s'élevait en 1891 à 29002 525 personnes, représentant encore un accroissement de 3 028 086 sur le chilTre relevé dix ans plus tôt : les comtés ruraux continuent à se dépeupler, les villes à grossir avec une rapidité extraordmaire. Le déchet accusé par la différence entre le taux d'ac-
croissement de 1878 et le taux de 1889 et des années suivantes provient de deux causes : la diminution des naissances et le mouvement d'émigration. L'émigration, beaucoup plus active pendant les années de crise que l'industrie vient de traverser, est la principale cause; la diminution des naissances est en partie compensée par une diminution de la mortalité.
En même temps que s'accroissait la population, la richesse allait s'étendant. Dans ces dernières années le bien-être a crû plus vite que le nombre puisque, en même temps que la natalité diminuait (ce qui indique généralement que le bien-être se répand dans les couches profondes d'une nation), la mortalité s'abaissait, effet naturel d'une meilleure hygiène qui sauvegarde la première enfance et prolonge la vieillesse. M. Giffen a calculé * que la fortune privée qui était de 150 livres sterl. par tête en 1827 s'élevait en 1887 à 256 livres. Cet accroissement est d'autant plus notable que dans le même temps le montant de la dette publique par tête d'habitant avait au contraire diminué d'un tiers, étant passé de 30 à 20 livres. Les recettes de la poste peuvent aussi servir à mesurer le développement de la richesse : elles ont passé de un million et demi de liv. sterl. en 1837 à 10 millions de livres en 1887. En résumé, dans le Royaume-Uni, au cours du dernier demi-siècle, d'une part la population a augmenté de 44 pour cent, de l'autre la fortune et le revenu ont augmenté de 70 pour cent par tête d'habitant.