‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 77 sur 112 · Sanford cité par Boutmy, p · texte numérisé non relu

Sanford cité par Boutmy, p

nistration locale qui reste aux mains des grands propriétaires : la gentry rurale s'est retranchée dans les comtés qu'elle administre; elle règne encore dans les campagnes et à la chambre des pairs où les parvenus de la finance et du haut commerce forment une infime minorité. En 1888, l'un des derniers retranchements tombe : le Local Government Act transfère à des conseils de comtés élus les pouvoirs locaux des magistrates. La gentry en perdant les pouvoirs reçoit, comme compensation, décharge des dépenses locales. Elle cesse de régner, mais cesse de payer seule ou presque seule '. Enfin la loi de 1894, en créant des conseils de paroisse élus (Parish Councils Act), achève l'évolution : le peuple des campagnes est appelé à gérer ses propres affaires. La démocratie a définitivement exproprié l'oligarchie séculaire.

Deux partis, whigs et tories^ se succédant au pouvoir, s'empruntant souvent leurs armes, ont collaboré à la reconstruction de l'Angleterre. Il y a cent ans à peine, les électeurs dans le pays et les députés aux Communes étaient divisés en deux fractions groupées autour des chefs de quelques familles prépondérantes. Ces grandes familles se disputaient le pouvoir, et leur clientèle, les suffrages des électeurs. Mais le cens abaissé enleva le corps électoral agrandi à l'action personnelle de l'aristocratie locale : les luttes poHtiques s'élevèrent ou s'élargirent. Les partis commencèrent à se distinguer autrement que par les •couleurs des chefs, par des tendances sinon par des

1. Voir, dans les Annales de VÉcole des se. pol. (1889), l'article •de M. É. Boutmy sur la réforme de l'administration locale.

principes; les whigs, les premiers, vers 1825, conçurent la société comme un individu vivant qui doit s'adapter aux milieux qu'il traverse ; ils firent voter des réformes, mais leur libéralisme, tout contingent et opportuniste, restait conservateur au fond. Le libéralisme des radicaux anglais d'aujourd'hui, élevés à l'école de la révolution française, est aussi loin du whiggisme des réformateurs de 1832 que celui-ci l'était du torysme d'alors *. Les whigs, loin de souhaiter la démocratie égalitaire, en étaient au contraire les pires ennemis; hommes d'affaires et de bon sens, ils voulaient avant tout, par des concessions opportunes, servir les intérêts de leur pays. Mais, dès 1823, les philosophes préparent les voies au nouveau radicalisme : les deux Mill, en fondant la Revue d'Edimbourg, énoncent son programme, repris soixante-dix ans plus tard par un homme de lettres nourri de nos encyclopédistes et par un homme d'État qui fit ses débuts à l'ombre d'une vieille dynastie tory, John Morley et Gladstone.

Les progrès, puis l'avènement de la démocratie ont changé, mais lentement, l'attitude et le langage des hommes d'État. En 1846, Cobden dans la discussion sur les lois céréales se vante de n'avoir jamais cité au Parlement le « jugement supérieur » des classes ouvrières et leur ce droit supérieur » à décider en ces graves questions; en 1878, Gladstone propose d'étendre le droit de suffrage dans les comtés : « D'où sont venus au Sauveur ses apôtres et les premiers, les plus nombreux, les plus zélés de ses

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