‹ Les professions et la société en AngleterreChapitre 94 sur 112 · Laborare est orare, work is worship. Ibid., chap. xii · texte numérisé non relu

Laborare est orare, work is worship. Ibid., chap. xii

3. Voir plus haut, p. 20, les filatures coopératives d'Oldhara.

4. Essays and Taies, by John Sterling, vol. II, p. 43. London,

pour l'Anglais, à qui l'on enseigne de bonne heure les soins du corps et le souci de la dignité personnelle, la nécessité de gagner de l'argent. Sans argent pas de respectabilité; la richesse est presque une vertu et la pauvreté un vice *. L'âpre poursuite de la richesse est une autre forme du culte de l'effort; la richesse est une force nouvelle : la fortune n'est jamais une fin, mais un moyen.

Cet amour de l'effort utile a pénétré la littérature même : la pitié des philosophes et des poètes s'émeut à (S. l'idée du désaccord qui existe entre la valeur des âmes humaines et leurs destinées ». « Les grandes choses que j'aime, je ne puis les faire, a dit Mary Robinson; les petites choses que je fais, je ne puis les aimer. » Tout l'œuvre de George Eliot est imprégné de cette pitié pour les âmes supérieures à leur destinée. « L'Angleterre croit que le déchet de l'énergie humaine est ce qui mérite le plus de larmes ; elle croit que la condamnation d'une grande âme à l'inutilité est la misère des misères, digne de la miséricorde des miséricordes *. »

L'indépendance achetée au prix de tant d'efforts continus, l'Anglais en use : sa franchise est entière, brutale même ; sa sincérité sans une ombre ; sa loyauté absolue. Ce qu'il promet, il le tient et même

1. « The being poor, the one unpardonable sin. » {IbicL, p. 26.) — « The middie class well typified by a certain Mr Smith, a secretary to an Insurance company, who laboured under the appréhension, that he could corne to poverty and that he was eternally lost. » (M. Arnold, Civiliz. in the Unit. States, p. 84. Boston, 1888.)

2. Paul Desjardins, Grandes âmes et petites vies {Journal des Débats, 27 février 1891).

au delà. Rien plus sûrement qu'un mensonge ne disqualifie un gentleman. Dans l'éducation morale de l'enfant le principal effort porte sur la fidélité inébranlable à la vérité et à la parole donnée. L'homme est tout d'une pièce, confiant en soi et inspirant confiance '.

L'Anglais, sincère avec autrui, l'est aussi avec luimême : il porte dans sa vie intérieure ce même sens du devoir et cette même gravité ardente qu'au dehors dans la lutte pour la vie. Tout homme indépendant se doit de se former une opinion, de la conquérir au besoin de haute lutte sur le doute et l'ignorance, et, une fois conquise, il se doit de la défendre de toute son énergie. Les hommes instruits ne se contentent pas à peu de frais ; ils ont « une très haute idée du genre et du degré de preuve qui emportera leur assentiment » en théologie, en politique et en science. Et s'ils ne trouvent pas les preuves substantielles qu'ils cherchent, comme la nécessité d'agir subsiste, « ils adoptent dans la pratique des principes qu'ils n'admettent qu'à demi : mais ils agissent conformément à ces principes avec une vigueur qui provient autant de leur colère contre leurs propres

1. « English people impress you first of ail by a sensé of the genuineness of their actions and of their speech. Warra or cold they may be, gracious, arrogant or considerate, but you see that they are sincère... If an Englishman makes you welcorae, you fee! at home... If he meets you and gives you two fingers, it means only two fingers : if his whole hand grasps yours, you hâve his hand, and you hâve it most warmly at your parting. His speech is like his action. His social word ishis social bond; you may trust him for ail that it promises, and commonly for more. » (R.-G. White, p 244.) — White est Américain.

doutes que de leur conviction de la vérité de leurs prémisses ' . » L'Anglais, autodidacte très souvent, aime à former aussi lui-même son arsenal d'idées morales. Dans la personne morale de l'homme moyen, la part contributive de la société est plus grande en France, la part d'acquisition personnelle plus grande en Angleterre. Le Français cherche ce qui est admis, l'Anglais consulte sa conscience, a La moralité en France est un dérivé de Tinstinct social. Grâce au développement de cet instinct, la moralité y est plutôt une force sociale, et son essence même se révèle dans la substitution de l'honneur au devoir comme ressort d'action et régulateur de conduite*. »

Le feu évangélique allumé par Wesley en 1738 et qui longtemps couva dans les couches profondes a gagné de proche en proche les régions supérieures : de là sont nés la renaissance libérale du commencement du XIX* siècle, l'élan de philanthropie active qui inspire les mœurs et les lois, et cette grande controverse théologique d'où l'Église anglicane sort retrempée, sérieuse et ardente au bien. La morale individualiste semblait devoir mener, par l'étroitesse

1. J. Sierhng, Essays by a barrister, p. 64. London, 1862. — Ce besoin de prendre parti même dans les luttes du passé aboli, Taine {Hist.de la litt. angl.,i. V, p. 161) l'a noté chez Macaulay historien du procès de StrafTord,de la révolulion de Cromwell, des persécutions de Laud; il apparaît dans les auditoiresd'aujourd'hui qui à un cours d'histoire s'échaufTent pour ou contre StralTord, Laud ou Cromwell, comme ils feraient pour ou contre Gladstone ou Salisbury. — Voir l'Éd. des clas. moy. et dirig. en Angl., un cours de l'Extension universitaire à Buckin^ham, p. 308.

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