liv. st., d'après leur rapport de
2. De cette enquête est sorti un livre célèbre, Labour atid Life of the people. London, 1890-1891.
§ 4. — La religion.
Après les controverses théologiques, les guerres religieuses et les pieux assassinats, après le déchaînement des passions exterminatrices, il vient fatalement un jour où toutes les fibres se détendent. Au XYiii^ siècle, l'Angleterre devient sceptique : les classes dirigeantes subissent l'influence des philosophes négateurs ou dissolvants, Hobbes, Bolingbroke, Hume- Les dernières espérances des Stuarts s'évanouissent; la dynastie hanovrienne s'assoit et se consolide : toutes les confessions religieuses l'acceptent. Protestants et catholiques ne se disputent plus la couronne et le pouvoir. « La raison d'État n'a donc plus de motif pour recommander l'intolérance. La philosophie du bon sens, la sentimentalité humanitaire pressent du dehors sur le Parlement et lui arrachent l'atténuation des rigueurs légales '. » C'est l'apaisement définitif qui commence.
Le fond de la nation ne reste pas moins attaché à ses croyances : les classes moyennes demeurent fidèles à
1. E. Boutmy, L'État et l'individu en Angleterre {Annales de VÈcole des se. pol., oct. 1887, p. 520).
eur étroit puritanisme, et l'ouvrier misérable se jette dans les bras de Wesley. Sous cette haute société brillante, incroyante et dissolue, sous un gouvernement qui détend ses rigueurs, le courant religieux continue de couler, ardent quoique ignoré.
La Révolution française tire tout à coup les classes dirigeantes de leur scepticisme insouciant et le gouvernement de sa confiante indifférence. La peur d'un péril social et d'un danger extérieur ramène à la vie sérieuse; la religion est replacée au rang des armes défensives nécessaires. Toutes les forces sociales sont mobilisées. L'Église établie recouvre son pouvoir. Durant un demi-siècle les tories feront régner les vieux principes en politique et en religion : tout citoyen doit être religieux, parce que la religion est (( l'obéissance morale à la volonté de Dieu ». Elle est la base de la morale sociale : « élever un doute sur la croyance établie par le consentement général, c'est porter directement préjudice au bien général. » (( L'Église est considérée comme faisant partie intégrante de la constitution et le Prayer-Book est respecté à l'égal d'un Acte du Parlement » ' . Il est permis d'être dissident, parce que le dissident a une foi et fait partie d'une Église; il n'est pas permis d'être athée : l'athée est tenu pour un ennemi de la société.
La crise passée, les rigueurs s'adoucissent, mais il en reste, vers 1820, une conception particulière de la religion. L'Église était alors considérée comme une entreprise d'assainissement moral : « Nos leçons spi-
1. Froude, Short studies on great subjects, t. V, p. 237-239 el
rituelles, raconte Froude *, n'allaient pas plus loin que le catéchisme. On nous enseignait que la grande affaire dans la vie était de se mettre à la besogne et de conquérir une situation honorable... On ne nous parlait pas de mystères; on ne nous apprenait pas à faire de la religion un objet particulier de nos pensées, mais à nous en servir comme d'une lumière pour nous éclairer le long de la route du devoir... Les gens allaient à l'église, parce qu'ils aimaient cela, parce qu'ils savaient qu'ils y devaient aller, et parce que c'était l'habitude. » De même, pour Sydney Smith, la religion était a la règle de conduite dans l'existence *. »
L'anglicanisme, en liant étroitement la vie spirituelle à la vie pratique et l'individu à l'État, est un organe essentiel de la vie nationale. Il enseigne aux individus que la fidélité à la religion, même pour nos affaires mondaines, est le meilleur calcul; suivant le mot de Sydney Smith, il a fonde la piété sur l'intérêt » ^. Si l'Angleterre est prospère, c'est parce qu'elle est chrétienne. L'anglicanisme, comme doctnne, est la religion des gens heureux dans leurs affaires; comme Église, il est l'allié des puissants de la terre, il fait partie intégrante du système aristocratique.
Mais pendant que la morale anglicane se desséchait et que l'Église faisait cause commune avec les heureux de ce monde, le nombre des misérables, écrasés par la machine industrielle, augmentait sans
i. Froude, ibid., p. 242.