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L'ENTREVUE

Non... Lagrath, s'il se marie, épousera une bonne bourgeoise bien posée, riche et ignorante des dessous parlementaires et autres, qui lui fera une virginité...

ISEULT-MORGANE, ETC., ETC.. — AloFS, je...

Madame du Mourillon. (Elle se lève.) — Alors, il faut vous en aller, parce que je l'attends précisément, Lagrath, avec Wollùstling et... un de leurs amis... Quand je dis que je les attends, c'est une façon de parler, car je vais disparaître, moi aussi... Je leur prête simplement mon salon pour une entrevue qu'ils veulent avoir en paix... loin des gêneurs...

Une bonne. [Genre souillon. Elle ouvre la porte et passe la tête.) — C'est deux qui vient pour en attendre un autre, qu'y disent...

Madame du Mourillon. — Faites entrer...

(Elle pousse Iseult-Morgane, etc., etc., dans la pièce voisine et sort derrière elle.)

La bonne. — Venez par ici...

(Larmiteux et Wollûslling entrent.)

WoLLûsTLiNG, tvès élégant. — Nous attendons quelqu'un...

La bonne. — Vous l'avez déjà dit... (Elle sort.)

WoLLûSTLiNG. (Il arpente le salo?i.) — Lagrath est en retard...

Larmiteux. (// s'installe dans le crapaud capitonné.) — ...'turellement !...

WoLLûsTLiNG, hargncux. — Il commence à devenir embêtant!...

Larmiteux, paisible. — Il l'a toujours été...

WoLLûsTLiNG. — Oui . . . mais depuis quelque temps, ça prend des proportions...

Larmiteux. : — Des proportions ministérielles... (A Wolliistling qui allume une cigarette.) Gomment, tu vas fumer ici?...

WoLLûsTLiNG. — Non, j'vais m' gêner!...

(// lui tend son étui à cigarettes.)

Larmiteux. — Merci... j'aime pas à être mufle inutilement...

WoLLûsTLiNG. — Oh !.. . du moment que tu le fais à la chevaleresquerie... (Un silence.) Dis donc?... Crois-tu qu'il va marcher?...

Larmiteux. — Qui?...

LENTRKVUl*: 111

WoLLûSTLiNG. — Lagrath, pardié!... pas le Grand-Turc...

Larmiteux, avec indifférence. — Sais pas du tout !...

WoLLûsTLiNG. — Puisqu'il nous reçoit ici, c'est qu'il a peur de ce que j'ai à sortir...

Larmiteux. — Ça m'étonnerait qu'il ait peur de quoi que ça soit... Je le crois inattaquable par les acides... Il ne veut pas de potin au ministère... un point, c'est tout!... (//^cow/e.) D'ailleurs, tu vas être renseigné, car le v'ià!...

La bonne, à Lagrath qu'elle introduit. — Y

en a d'jà deux qu' c'est qui vous attendent...

WoLLûsTLiNG. — Ah ! te voilà!... (Très

désinvolte.) Je présume que tu soupçonnes

de quoi il est question?...

Lagrath. — D'un chantage quelconque, évidemment, puisque c'est toi qui es embusqué... Mais tu sais, ça ne prend pas avec Bibi, ces godans-là !...

WoLLûsTLiNG, menaçant. — Alors, pourquoi es-tu venu ?...

Lagrath. — Oh ! d'abord, fais-moi le plaisir de changer de ton, mon bonhomme...

Pourquoi je suis venu?... Pour te dire ceci, que je l'engage à écouter : à la moindre menace, au moindre mot, je te fais colTrer, tu m'entends!... [Mouvement de Wollûstling.) Oh !... pas de gestes!... [Il saisit brutalement le bras de Wollûstling et l'amène devant la fenêtre.) Tu vois ce sapin qui stationne... et ces deux messieurs qui se promènent sur le trottoir?... Eh bien, si tu ne veux pas t'en aller dedans avec eux, tu vas filer d'ici sans demander ton reste. . . Tu as compris ?. . .

Wollûstling. (// affecte de rire et secoue son bras pour faire lâcher prise à Lagrath.) — Je pense que tu es ballot...

Lagrath. — Ne rouspète pas!...

Wollûstling. (// cherche à blaguer.) — Dis donc, Larmiteux, ça chiffonne M'sieu r Ministre, qu'on sache oii est le cadavre...

Lagrath. — Prends garde !...

Wollûstllng. — Y voudrait envoyer à la Bastille les ceuss qui gênent les profitards !...

Lagrath. — Non... mais dans un bon camp de concentration... [Wollûstling verdit.) pour commencer...

LENTREVUE 413

WoLLusTLiNG. (// chcvche à plastronner.)

— Tu oublies que je suis naturalisé...

Laghath. — Depuis 11)14... que lu dis...

Hluire pas I... Je sais aussi bien que toi que ça n'est pas vrai... Tu us l'ait demander ta naturalisation... Te souviens-tu par qui, tu las fait demander?... mais tu ne l'as pas obtenue... Au moyen de quelle tricherie, de quel graissage de patte es-tu encore en France comme prétendu naturalisé, je n'en sais rien... et je ne chercherai pas à le savoir si tu me f... la paix... [A Lamiiteux, qui rit aux anges.) Tiens !... emmène-le... je taperais dessus !...

WoLLiiSTLiNG. (// tend la main à Lagrath.)

— Ça, mon Vieux, c'est bien joué... Je t'admire malgré moi...

Lagratii, sans lui donner la main. — J'en suis très llatté...

WoLLîisTLiNG. — Faisons la paix, veuxtu?... Après tout, nous avons été deux poteaux dans la mouise ensemble... Ça ne s'oublie pas, ces moments-là... Songe que la guerre ne sera tout de même pas éternelle... et ton ministère non plus... Quand on t'aura

offert ta canne, t'auras peut-être encore besoin d'un copain à tout faire... et tu sais bien que je serai toujours ce copain-là...

Larmiteux. (// regarde Wolliistling d'un air écœuré.) — Non ! ... y a qu'un Boche pour avoir cette mentalité-là !...

Lagrath, à Larmiteux. — Je t'emmène dîner, si ça te chante?...

WoLLiisTLiNG, à moitié blagueur, à moitié consterné. — Alors, fini, nous deux?...

Lagrath. — Oui... Tu es trop bête d'avoir cru que je quitterais comme ça les pédales... Tu manques de flair... On ne peut pas t'utiliser...

(Il sort avec Larmiteux.)

WoLLUSTLiNG. (// montre le poing à la porte par laquelle Lagrath vient de sortir. Au même instant Madame du Mourillon l'ouvre doucement pour entrer.) — J' te ferai ton affaire, chameau !...

(Madame du Mourillon recule terrifiée, tandis que Wolliistling la salue d'un air éperdu.)

Échange dldées.

Chez Madame de Sermaize.

Assise au coin du feu — un feu de bois — elle tricote, sans regarder ses doigts, et lit un livre posé sur une petite table devant elle.

Monsieur d'Horty entre.

Monsieur d'Hortv. — Je ne vous dérange pas?...

Madame de Sermaize. — Jamais!... Seulement, dites-moi si Baptiste vous a averti qu'on gèle ici... Nous sommes, depuis dix jours, sans charbon, sans eau et sans gaz...

Monsieur d'Horty. — Il m'a averti... Mais comme je ne viens pas vous voir pour me chauffer, ni pour prendre un bain, ni pour

116 LES FROFITARDS

illuminer, ça m'est égal... (// aspire l'air.) D'ailleurs, je n'aperçois pas une notable différence entre la température d'aujourd'hui et celle des autres jours... Vous n'allumez jamais le calorifère...

Madame de Sermaize. — Je n'en ai pas, de calorifère, alors...

Monsieur d'Horty. — Alors, vous en auriez un que vous ne l'allumeriez pas davantage... Nous sommes de la génération qui ignorait le calorifère et ne s'en portait pas plus mal...

Madame de Sermaize. — « Nous » sommes. . . Vous voulez dire moi... J'ai quinze ans de plus que vous, mon bon Horty... ce qui ne vous empêche pas de me manquer de respect. .

Monsieur d'Horty. — Gomment ça?...

Madame de Sermaize. — En vous payant ma tète. . . [Mouvement de Monsieur d'Horty.) Oh !.. . en plein ! . . . Vous souvenez-vous que, il y a quelques jours, vous avez eu la complaisance de vous déranger pour me donner des renseignements que demandaient en même temps les Montbard...

tCHANGK DIDi:i:S 11

Monsieur d'Hohty. — VA la mère La Réole. . . parfaitement!... [Il rit.) Ah!... C'est ça?...

Madamk de Sku.maize. — C'est ça même...

MoNsiEL'ii d'IIoiity. — Dame !... vous m'avez demandé de vous dire au juste ce qu'était un monsieur Gemant-Heiï, et jo vous ai répondu...

Madame de Sermaize. — ... que, au juste, vous ne pouviez pas le dire... ni vous, ni personne... mais que vous le connaissiez depuis très longtemps, et que...

Monsieur d'Horty. — Enfin, comment avez- vous su...

Madame de Sermaize. — Oh î... bien simplement!... Je suis allée jeudi chez les Lavallé-d'Auge... Madame de Lavallé-d'Auge était venue me voir au moins dix fois... Enfin, j'y vais... et, à un moment où tout le monde était plus ou moins occupé du côte de la table à thé, je m'approche de la cheminée pour me chauffer les pieds... Il n'y avait là qu'un monsieur, qui examinait en connaisseur les très jolies miniatures... Je regarde machinalement ce monsieur, et il en paraît gêné... Je le regarde davantage...

et, plus je le regarde, plus je me rappelle que j'ai vu quelque part cette tete-là... ou une autre qui lui ressemblait terriblement... Et, tout à coup, mes souvenirs se précisent et je me dis : « C'est cette petite gouape d'Abel qu'Horty amenait jadis aux Roches, et qui servait si bien à table... » Lui,, voit que je le reconnais... 11 fait un mouvement pour filer, hésite et, finalement, me dit avec son même air gouailleur et son accent faubourien d'il y a vingt-cinq ans : « Madame la Marquise m'a repéré... Je vois qu'elle a toujours l'œil pointu... »

Monsieur d'Horty. — La blague et l'argot!... [Il rit.) Il s'est rappelé comment il faut vous prendre, la rosse!... Et alors, qu'est-ce que vous avez répondu?...

Madame de Sermaize. — J'ai tâché d'être à la hauteur... j'ai répondu : « Et moi, je vois que vous savez toujours y faire ?... » Ça l'a mis tout à fait en conliance...

Monsieur d'Horty. — J'vous crois!...

Madame de Sermaize. — H m'a raconté en très peu de mots, mais colorés et que je crois sincères, sa vie, ses difficultés, son demi-

ÉCHANGE DIDÉKS 119

arrivage actuel... et, enfin, il m'a demandé de ne pas dire ce que je sais de son passé...

Monsieur d'Horty. — Et, naturellement, vous le lui avez promis?...

Madame de Sermaize. — Oui... 11 n'est certainement pas intéressant au sens strict du mot, mais, tout de même, il m'intéresse, ce champignon qui a poussé sans aide au milieu des cailloux et des ronces, et qui s'efforce de grimper alors que tant d'autres semblent s'appliquer à descendre... Mais, dites-moi, Horty, pourquoi, quand je vous ai questionné sur Gemant-Heff, ne m'avezvous pas dit, au lieu de me répondre à côté, que c'était l'ancien valet de chambre que je connaissais?... Vous me savez discrète, pourtant?...

Monsieur d'Hortv. — Oui, certes... mais scrupuleuse aussi... Alors, je craignais que, si vous deviniez qu'Abel allait barboter dans les poches des Montbard et épouser la mère La Réole, vous ne...

Madame de Sermaize, ahurie. — Epouser la mère La Réole !... !... !... Vous n'êtes pas fou?...

MoNsiEiR u'HoRTV. — Pas fou (lu tout... Ça va se faire prochainement...

Madame de Sermaize. — Non?...

Monsieur d'Horty. — Si... du moins je le crois... et j'ajouterai môme que je l'espère... car en voilà une qui n'est pas intéressante ! . . . Ah ! non !... Elle a raflé sans douleur l'argent de deux maris aussi charmants que riches...

Madame de Sermaize. — Mais justement...

qu'est-ce qu'elle peut espérer d'un homme comme Gemant-HelT?...

Monsieur d'Horty. — Est-ce qu'on sait?... Etre présidente de la République?... ou avoir un enfant... C'est l'aléa... Et je craignais que, par une sorte de scrupule chrétien... si je puis dire... vous ne vous jetiez en travers de ces doux projets...

Madame de Sermaize. — Ça prouve que vous ne me connaissez pas du tout... Je suis très catholique... très... Mais je n'ai pas pour deux sous de ce qu'on appelle vulgairement « des sentiments chrétiens »... Ah ! fichtre non î...

MoNSiEL'R d'Horty. — Non, si vous voulez. . .

Mais VOUS rctivez à Tin justice... ou i\ ce qui vous semble tel... Quand vous voyez une fortune, ou une terre, ou n'importe quoi, tomber dans des mains où vous trouvez que c'est déplacé, ça vous fiche dans une colère bleue...

Madame de Sermaize. — Vous dites ça parce que quand j'ai appris l'autre jour devant vous qu'un des plus beaux châteaux de Normandie, un bijou de proportions et d'élégance, avec une merveille de parc oii j'ai joué dans mon enfance... une vieille demeure qui avait appartenu jusqu'ici, sinon à ses premiers propriétaires, du moins à des gens propres, venait d'échouer dans les mains sales du plus notoire des déprimeurs, qui est en même temps le plus répugnant et le plus laid des profitaçds de guerre, j'ai poussé des cris de putois... Ben, oui, c'est vrai !... Ça me met hors de moi, ces choseslà!...

Monsieur d'Horty. — C'est pourtant des choses normales et logiques... Quand les gens propres, comme vous dites, mettent les belles vieilles demeures en vente, c'est ceux

qui ont de l'argent qui les achètent... autrement, qui voulez-vous que ce soit?...

Madame de Sermaize. — L'Etat!... afin d'en faire... comme faisait jadis l'Empereur... des dotations pour ceux qui rendent des services au pays... Ces jolies reliques de la vieille France devraient appartenir à ceux qui ont fait beaucoup pour elle... Pourquoi riez-vous?...

Monsieur d'Horty. — Parce que je vois que vous pensez à Joffre en disant ça... Mais vous oubliez toujours ce qu'on a fait pour lui...

Madame de Sermaize. — Ah! oui!... le coup de bâton... je veux dire du bâton... âprement discuté par les sympathiques embusqués de la Chambre... Si, au lieu d'avoir affaire à un type habile comme le ministre de la Guerre actuel, il avait eu affaire à une quelconque gnolle, il aurait pu se fouiller aussi pour son bâton... D'ailleurs, il doit se considérer comme très heureux qu'on lui passe la Marne, car enfin, on pourrait la lui reprocher...

Monsieur d'Horty. — C'est curieux que

VOUS VOUS emballiez comme ça pour JofTre, que vous ne connaissez pas...

Madame de Sermaize. — Je ne le connais pas... évidemment... Mais il y a longtemps qu'il m'était sympathique, parce que j'étais sûre déjà que, moralement, il n'était pas capon...

Monsieur d'Horty. — Parce que?...

Madame de Sermaize. — Parce qu'il avait jadis, après des grandes manœuvres, mis à pied, sans se soucier des criailleries de parti, un général qui rouspétait... Au temps de tremblote où nous vivons, c'était magnifiquement courageux... Alors je m'étais dit : « Ce gros général qui a l'air bonhomme, c'est tout de même un chef... »

Monsieur d'Horty. — Et après?...

Madame de Sermaize. — Après?... Eh bien, il a choisi ses chefs d'armées sans prendre souci de leurs opinions politiques ou religieuses... Ensuite, il y a eu la Marne... que je persiste à lui attribuer... Et enfin, je lui trouve bon air, et un bon air bien français... Prenez toutes ses photos... Est-il assez simple, assez à son affaire, assez in-

ia4 LES PROFITARDS

différent à ce qui se passe ailleurs?... C'est pas le monsieur qui louche vers le photographe en remettant une croix... Enfin, il a heau être gros, il est tout de même décoratif et, qu'il soit vu à côté du duc d'Aoste, ou de lord Kitchener, ou de n'importe quel autre « grand personnage », il fait toujours très bon effet...

Monsieur d'Horty. — Et ce que vous êtes sensible à ça, vous, c'est rien de le dire!...

Madame de Sermaize. — Je l'avoue... J'ai beaucoup d'amour-propre pour mon pays...

Quand je vois, devant des étrangers, la France représentée par un monsieur qui a l'air d'un chauffeur de taxi, ou d'un commisvoyageur en balade, ça me fait positivement souffrir... Ainsi, tenez, vous ne pensez pas que mes idées m'inclinent vers Monsieur Clemenceau, n'est-ce pas?... Eh bien, n'empôche que je lui sais un gré infini de représenter si bien la Frcjnce quand c'est lui qui en est chargé...

Monsieur d'Horty. -— Mais...

Madame de Sermaize. — Il n'y a pas de mais... Je me souviens, tenez, d'un quel-

oiiqiio Jnbllr-... ou do je ne sais plus quoi... il Anj^lelerre, il y a quelques années... Les i<nirnaux étaient pleins de photos qui représentaient les cérémonies, les épisodes intéressants des fêtes, etc., etc.. Eh bien, au milieu de ces magnifiques Anglais, de ces grands seigneurs de marque, Monsieur Clemenceau, avec un petit pardessus mastic, Mvait l'air d'un vrai Français, bien racé et (le bonne race... et je lui étais très reconnaissante de ça... Vous me trouvez bote?... Monsieur d'Hortv. — Non... je vous trouve... capricante...

Madame de Sermaize. — Une vieille bique... c'est bien ça!...

Le premier Rendez-vous.

Chez la belle Madame Treille. C'est son jour.

IsEULï-MORGAiNE, BARONNE d'AlbA DE Là

Démolicion. — Non... les Américains sont tout autres que je ne croyais... Ils n'ont pas su garder cette attitude d'impassibilité superbe que j'admirais si fort... (^4 Monsieur de Louèche, qui prend paisiblement son thé en mangeant des petits gâteaux.) N'est-ce pas, Monsieur?...

Monsieur de Louèche. — Mon Dieu, Madame, je ne blâme pas le président Wilson d'avoir agi comme il l'a fait...

Iseult-Morgane, etc., etc.. — Enfin, au-

riez-vous agi de même, {La voix douce et l'œil en coulisse.) vous?...

Monsieur de Loleche. — Moi, Madame, il m'est difficile de savoir ce que j'eusse fait à la place du Président...

Iseult-Morgane, etc., etc.. — Vous êtes pourtant absolument dans le même cas, vous autres Suisses?...

Monsieur de Louèche. — Mais non,' Madame, pas du tout...

Iseult-Morgane, etc., etc.. — Gomment ça?...

Monsieur de Louèche, interloqué . — Mais.. . ça n'a aucun rapport... Nous... {Il pose sa tasse.)

FoLLiGNY. — Laissez Monsieur de Louèche prendre son thé, et permettez-moi de vous exposer, à sa place, que la question de la guerre sous-marine, des torpillages et diverses gentillesses du chevaleresque empereur d'Allemagne, intéresse moins directement la Suisse que les Etats-Unis et autres Amériques...

Monsieur de Louèche. — Oui... juste' ment, c'«st ce que...

IsEULT-MoRGANE, ETC., ETC.. — Je Comprends mal ces subtilités... Je sens que je suis née neutre... Je ne discerne pas clairement les motifs de toutes ces querelles... Il me semble que je devrais...

Monsieur des Ramip:rs. — Vous devriez... si vous aviez pour deux sous d'astuce... épouser monsieur Romain Rolland... s'il est vacant...

IsEULT-MoRGANE, ETC., ETC.. — Uu Français méconnu n'est pas pour ça un Neutre... Ce que j'aime, chez les Neutres, c'est cette sérénité, cette noblesse, auxquelles ne sauraient atteindre les hommes qui veulent conquérir des pays...

FoLLiGNY. — Mais on peut vouloir, non pas les conquérir, mais simplement les conserver...

IsEULT-MoRGANE, ETC. , ETC. . . — G'cst eucore trop ! . . . {A Monsieur de Louèche, qui continue à engloutir des gâteaux.) N'est-ce pas?...

Monsieur de Louèche. — Il y aurait beaucoup à dire là-dessus...

Iseult-Morgane, ETC., ETC., tendrement^ — Dites-le?...

Monsieur de Louèche, avec bonhomie. — Je le dirais mal... Nous ignorons Fart de parler agréablement à propos de rien que les Français possèdent à fond... Tandis que vous, Madame, vous diriez très bien tout ce qu'il faut dire sur ce sujet...

IsELLT-MoRGANE, ETC., ETC.. — Je l'ai dit... mais en vers... Lorsque c'est mon cœur qui parle, il ne parle qu'en vers...

FoLLiGNY. — Ben, c'est un cœur pas ordi-

naire

La VIEILLE Madame du Mourillon. — Elle a fait là-dessus des vers exquis... Si elle consentait a nous les dire?...

Monsieur des Ramiers, entre ses dents, en regardant Madame du Mourillon d'un air écœuré. — Vieux compère, va!...

La belle Madame Treille. {Elle croit devoir réclamer aussi les vers.) — Ohl... si vous vouliez?...

IsEUL-p-MoRGANE, ETC., ETC.. — Ce Serait bien volontiers... [Les yeux baissés.) mais la présence de Monsieur de Louèche me gêne un peu...

Monsieur de Louèche. (Il pose, pour la se-

conde fois, sa fasse avec regret.) — Je peux sortir?...

IsEULT-MoRGANE, ETC., ETC., avec vivacité. — Non, je n'y consentirais pas!... J'ai honte de ma timidité stupide... [Elle se lève.) Je vais vous dire ces pauvres vers, qui n'ont d'autre mérite que leur sincérité et leur enthousiasme...

Monsieur des Ramiers, narquois. — Nous sommes tout oreilles et tout yeux...

Iseult-Morgane, etc., etc.. [Elle se plante en face de Monsieur de Loueche, et récite pour lui seul, avec une véhémente prétention :)

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