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DENSITÉ D'UNE SOLUTION DE BICHROMATE

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Exposition. — L'exposition se fait sous un cliché, mais, suivant le mode de développement que l’on adoptera, il faut employer à l'exposition, soit un cliché retourné, soit un cliché ordinaire ; nous en donnons l’explication à l’article Développement.

On doit avoir la précaution de préparer le cliché à l'avance, en le couvrant d’un découpé fait avec du papier noir ou rouge ou du papier d’étain : on fixe ainsi la forme et la grandeur de l’image; il faut éviter également que le papier bichromaté soit plus grand que le négatif, ou du moins le protéger contre l’action directe de la lumière; en effet, dans les parties qui seraient soumises à cette action, sans aucune protection, la gélatine passe à un état si complétement insoluble qu'elle perd toute force adhésive et devient très-difficile à contre-coller pour le développement.

Le temps d'exposition est cinq ou six fois moins long qu'avec le procédé au chlorure d'argent, mais il y a une grande difficulté pour apprécier convenablement le temps de pose, car le papier est coloré en plein. Après

l'exposition, l’image n’est nullement visible, c’est au développement seul que l'on peut voir si le/temps d'exposition a été convenable : lorsqu'on veut opérer d’une manière à peu près certaine, il faut employer un photomètre.

M. L. Vidal s’est occupé très-sérieusement de cette question, et il parait l'avoir résolue d’une manière simple et pratique. Son photomètre est basé sur les colorations successives que prend un papier au chlorure d'argent sous l'influence de la lumière ; pour amener une même coloration, il faut une même somme de lumière, somme qui sera obtenue dans un temps plus ou moins long, suivant l'intensité lumineuse. Étant admise une échelle de teintes lithographiées, graduées depuis le brun clair jusqu’au brun foncé, on compare avec ces teintes celles que prend sous l'influence de la lumière un papier sensible au chlorure d'argent, et, par un ou deux essais préalables, on sait que l'exposition précise d’un cliché correspond à telle teinte pour donner une bonne épreuve avec le papier mixtionné ; on prend note sur le cliché lui-même du numéro correspondant à cette teinte, et l’on peut ensuite opérer presque à coup sûr, quelles que soient les modifications de la lumière, puisque, en opérant avec le photomètre, il faudra la même somme de lumière pour amener la teinte numérotée du chlorure d’argent et l'impression nécessaire du papier sensible.

Développement. — C’est la partie la plus délicate du procédé, celle qui a donné lieu au plus grand nombre de modifications; en effet, l’image que forme la lumière sur une couche sensible, colorée en plein, est invisible; pour la développer, il faut éliminer tout l’excédant de couleur. Pour cela, il suffit théoriquement de mettre la feuille impressionnée dans un bassin d’eau tiède ; la gélatine bichromatée non impressionnée se dissout entraînant en même temps la matière colorante qui y est incorporée, tandis que là où la lumière a agi plus ou moins profondément la gélatine insolubilisée retient des quantités proportionnelles de la matière colorante, ce qui donne le dessin. Mais en pratique, si l’on agit directement, ainsi que le conscillait M. Poitevin, il est impossible d'obtenir les demiteintes; car, si nous supposons que la teinte foncée nécessite l’insolubilisation de la couche de gélatine, dans toute son épaisseur, celle-ci peut rester adhérente au papier; mais, dans ce cas, la demi-teinte sera formée par l’insolubilisation de la couché gélatinée dans la moitié seulement de son épais-

seur et même beaucoup moins pour les teintes légères ; la couche du dessous reste donc soluble et l’eau chaude la pénètre, la dissout et la partie supérieure, n'ayant plus aucune attache sur le papier, disparaît dans le lavage en détruisant toutes les demi-teintes. L'image n’existe donc complète qu’à la surface extérieure de la feuille gélatinée : c’est là qu'il faut la saisir. Cette explication des premiers insuccès du procédé au charbon, donnée d’abord par M. l’abbé Laborde, en 1858, et par M. Fargier, en novembre 1859, amena toute une série de modifications pour tourner la difficulté, modifications qui peuvent se résumer ainsi :

La couche de gélatine bichromatée a deux faces, lune extérieure, l’autre touchant au support; il faut trouver le moyen de développer l’épreuve par la face qui n’a pas recu directement l'impression lumineuse.

De là un grand nombre de procédés divers qui tous découlent du même principe et s enchevêtrent si bien les uns dans les autres qu ils ne sont souvent que des variantes à à peine sensibles.

Dans les uns on prépare pour la gélatine bichromatée un support transparent comme un papier mince ciré au vernis, une feuille de papier dioptrique, une feuille mince de mica ou de collodion cuir, ou le collodion normal versé sur la glace gélatinée, etc., etc.; l’impression se fait à travers ce support transparent, et l'image Y reste adhérente après le développement.

2 autres procédés consistent à mettre la mixtion colorée sur un support quelconque, papier, glace ou tissu, à impressionner l’image en mettant la couche sensible directement en contact avec le négatif, et pour le développement on commence par coller la face impressionnée sur un subjectile provisoire ou définitif qui saisit l’image faite sur cette face et permet le développement par l'autre face.

Pour plus de facilité, nous avons classé ces procédés en trois groupes, suivant le mode d'opérer (‘) :

° Les procédés sans transfert dans lesquels on reçoit l'image à travers le support ou subjectile de la couche sensible bichromatée; le plus souvent, dans ce cas, on doit employer un négatif retourné ;

(*) Voir à ce sujet notre Rapport sur l’exposition de 1869, dans le Bulletin de la Société francaise de Photographie, où, dans un historique des procédés de la gélatine bichromatée, nous avons admis cette classification en procédés sans transfert, à transfert simple, à transfert double.

2° Les procédés avec transfert simple, dans lesquels l'impression de l’image est reçue directement sur la couche sensible chromatée et transportée pour le développement sur un autre subjectile, auquel elle reste adhérente; dans ce cas il faut un négatif retourné, sauf les transferts simples sur glace ou autres matières de parfaite transparence que l’on peut examiner à l'envers comme à l'endroit ;

3° Les procédés à transfert provisoire ou double transfert, dans lesquels l’image, reçue directement sur la couche sensible, est transportée pour le développement sur un subjectile provisoire qui est ensuite remplacé par un Support définitif. Avec ces procédés à double transfert, on peut employer les négatifs ordinaires.

Nous avons donné, pages 76 et 80, dans un paragraphe spécial, les moyens d'obtenir à volonté les négatifs retournés :

1° Procédés sans transfert. — Nous rangerons dans ce groupe les modes d'opérer de M. Fargier, M. Blair, M. Schouwaloff, consistant dans l’extension de la couche bichromatée sur un papier simple ou ciré, ou verni, ou rendu transparent par une huile essentielle, ceux de M. Despaquis, qui emploie comme subjectile le papier dioptrique, le mica, le collodion cuir transparent ou d'aspect dépoli, pour faire à volonté des épreuves claires et opalines; celui de M. Soulier, qui prépare son subjectile au moyen d'une couche de collodion, unie à une couche de gélatine insolubilisée. Quels que soient les subjectiles employés, les manipulations restent les mêmes, surtout pour le développement.

On commence par préparer la solution de gélatine, ainsi qu’il est indiqué page 111, on y ajoute immédiatement la quantité de bichromate soluble, soit de 3 à 4 parties de bichromate de potasse ou d’ammoniaque pour 100 parties de liquide gélatineux ; on étend cette préparation sur un quelconque des supports transparents ci-dessus nommés et on laisse sécher dans une complète obseurité, On impressionne en appliquant le cliché sur le subjectile transparent et non sur la préparation sensible, et suivant que le montage de l'épreuve sur bristol sera fait sur le revers ou sur la face, on emploiera un négatif ordinaire ou un négatif retourné, afin que l’image reste dans son vrai sens.

Après un temps d'exposition convenable, qu’une grande habitude peut seule faire apprécier à défaut du photomètre, l'épreuve est plongée dans

une cuve d'eau que l’on maintient entre 30 et 40 degrés C.; la gélatine restée soluble est peu à peu enlevée par l’eau, entraînant avec elle l'excès de matière colorante, et l'épreuve reste adhérente au support sur lequel elle a été préparée.

Lorsque l'épreuve est complétement dégorgée et arrivée au point voulu, on la met dans une cuve d’eau froide, on la lave avec beaucoup de soin, on peut même la passer dans une solution d’alun à saturation pour assurer l’insolubilité complète de la gélatine, surtout dans le cas où le développement a été fait à basse température, et, après un nouveau rinçage, on la laisse sécher. On monte ensuite cette épreuve sur bristol comme une épreuve ordinaire, mais en ayant soin de ne la mouiller qu'au dos pour ne pas altérer la surface imprimée, qui est beaucoup plus délicate que si l'impression avait été faite aux sels d'argent. Quel que soit le mode employé avec ou sans transfert, les précautions pour le développement sont toujours les mêmes (voir p. 127), où les manipulations usitées sont décrites d’une manière plus minutieuse que ci-dessus.

2° Procédés par transfert simple et définitif. — Nous rangeons dans cette deuxième division tous les procédés qui consistent à recevoir l'impression du négatif sur la face bichromatée même, sans intermédiaire, et à superposer pour le développement un support nouveau sur lequel l'épreuve adhérera, sera développée et restera fixée d’une manière définitive. Ce support, quiest presque toujours un papier, peut être préparé de diverses façons. M. Davies, M. Blair (1864) semblent avoir les premiers utilisé dans ce but la coagulation de l’albumine par l'alcool; M. Marion a proposé la coagulation du papier albuminé par un jet de vapeur, M. Jeanrenaud a adopté la coagulation par l'alcool, suivie au moment du développement d’une immersion dans l’eau bouillante; M. Despaquis à Paris, M. Vidal, M. Jacquemet à Marseille, ont employé le papier couvert de gélatine rendue insoluble par la double action du bichromate de potasse et de la lumière; il est même possible, mais difficile, de s'abstenir de toute substance adhésive étrangère; si la solarisation n’a pas été complète, si le développement n’a pas été poussé à une trop haute température, la gélatine reste assez agglutinative pour adhérer seule aux divers supports sur lesquels on l’applique.

Dans tous les procédés à transfert simple, l'épreuve terminée est ren-

versée si l’on se sert d’un négatif ordinaire; il est donc nécessaire que le négatif soit préalablement retourné, excepté cependant si cette épreuve est transportée et doit rester sur glace, parce que dans ce cas c’est la glace elle-même que l’on retourne.

Parmi les procédés à transfert simple, nous décrirons seulement ceux de M. Marion et de M. Jeanrenaud, qui n’offrent entre eux que de trèsfaibles différences. |

La préparation première est faite comme nous l'avons expliqué dans les précédents paragraphes; on impressionne directement sur la couche sensible, puis on procède au développement.

Dans le procédé de M. Marion, on commence par laver l'épreuve à plusieurs reprises dans l’eau froide, pour enlever tout le bichromate de potasse; le papier est alors complétement détendu et la gélatine trèsgonflée; on pose l'épreuve face en dessus sur quelques doubles de buvard placés sur une glace épaisse, on prend d'autre part une feuille de dimension égale de papier albuminé, dont l’albumine a été coagulée par la chaleur (ou par l'alcool), on pose la feuille sur un bain d’eau, l’albumine en dessus, et, quand elle est devenue plane, on l’enlève, et, appliquant un des bords de la feuille albuminée sur le bord de la feuille gélatinée, on étend les deux feuilles l’une sur l’autre en les comprimant, soit avec une raclette de caoutchouc, ou mieux encore avec un rouleau spécial en fonte. On presse en tous sens et l’on obtient une adhérence parfaite. Il faut éviter avec le plus grand soin l’interposition des bulles d'air qui formeraient autant de taches. On comprime légèrement ces feuilles, soit à la presse, soit au rouleau, et on laisse sécher. Les feuilles, ainsi contre-collées et sèches, sont mises dans l’eau tiède à 30 degrés environ; on attend que la séparation des deux feuilles se fasse pour ainsi dite d'elle-même, l’image reste sur le papier albuminé ; on la termine en modifiant plus ou moins la température de l’eau, suivant la nécessité du dégorgement, on lave ensuite et on laisse sécher.

M. Jeanrenaud nous paraît avoir simplifié ce procédé en opérant de la manière suivante :

L'épreuve insolée étant sortie du châssis, on l’étend face ex dessous sur une glace forte et l'on passe sur le dos, à plusieurs reprises, une éponge humide : l'humidité détend le papier et rend la gélatine adhésive,

ce que l’on sent parfaitement en la soulevant de la glace; on prend, d'autre part, du papier albuminé, que l’on plonge feuille à feuille dans une grande éprouvette, remplie d'alcool à 36 ou mieux à 40 degrés : l’albumine est coagulée; on suspend chaque feuille pour sécher, ce qui a lieu en quelques minutes. On prend alors une feuille de ce papier, coupée de grandeur, et, soit en la mouillant du dos, soit en l’intercalant entre des buvards humides, on la détend complétement; on met la face du papier albuminé en contact avec la face de l'épreuve sur gélatine; on les fait adhérer en se servant du rouleau de fonte ou de la raclette et en évitant les bulles d'air; les deux faces étant bien adhérentes, on pend l'épreuve pendant quelques instants, sans qu’il soit nécessaire d'arriver à une dessiccation complète. On étend alors l'épreuve dans une cuvette de porcelaine, le papier albuminé en dessus, et l'on y verse d’un coup la quantité d'eau bouillante que l’on a reconnue nécessaire pour l'immerger largement. La coagulation de l’albumine se complète par l’eau bouillante ; la gélatine restée soluble entre rapidement en dissolution, les deux feuilles se séparent, et l'épreuve reste adhérente au papier albuminé, sur lequel on la termine par un temps d'immersion plus ou moins prolongé et par l’emploi d’eau plus ou moins chaude.

À cette manipulation, M. Jeanrenaud ajoute le passage au cyanure de potassium en solution très-étendue de 1 à 2 grammes de cyanure pour 100 centimètres cubes d’eau. Le cyanure de potassium peut être remplacé par le carbonate de soude. Si l'épreuve est restée trop vigoureuse, on emploie cette dissolution chaude pour dissoudre une nouvelle quantité de gélatine ; si elle est au point voulu, on emploie la solution froide, pour enlever le ton légèrement verdâtre que la préparation laisse toujours dans les blancs; on lave de nouveau, on passe dans une solution d’alun à saturation, on lave encore et l’on sèche. On peut encore corriger le ton verdâtre de l'épreuve en employant pour le transfert un papier albuminé légèrement rosé.

Ces épreuves sont ensuite coupées, collées sur bristol avec de la colle ou avec une dissolution de gomme arabique, additionnées l’une et l’autre d'un peu d’alun, qui rend le papier plus imperméable et empêche l’humidité de passer se côté de l’image.

Parmi les couleurs diverses essayées par M. Jeanrenaud, on doit citer

la sépia naturelle, telle qu’on peut se la procurer au bord de la mer. Cette substance, qui donne de très-beaux tons et d’admirables finesses, présente le grand inconvénient de rendre la gélatine bichromatée insoluble spontanément; mais il suffit, d'après M. Jeanrenaud, de la faire bouillir avec une solution de bichromate de potasse pour faire disparaître cette fâcheuse propriété et la rendre tout à fait propre à la production des épreuves en gélatine.

3° Procédés à double transfert. — Ce mode d'obtention de l'épreuve définitive par un double transfert consiste à recevoir l'épreuve sur trois supports successifs : celui qui porte au début la préparation sensible que l’on insole sous le cliché, celui sur lequel l’image est transportée et développée, enfin celui sur lequel on la fixe définitivement. Ces transports successifs et les manipulations qu’ils exigent paraissent compliqués, pourtant c'est le système qui semble prévaloir dans la pratique; il est employé ou recommandé par MM. Swann, Braun, Dauphinot, Johnson et un grand nombre d’autres opérateurs, d’abord parce qu’il permet d'employer tous les clichés tels qu’on les obtient à la chambre noire, ce qui est précieux pour un grand nombre de négatifs anciens, qu’on ne peut ou qu’on ne veut pas retourner, ensuite parce que cette méthode permet de reporter définitivement l'épreuve sur toute espèce de papier, sans qu’on ait à lui faire subir d'autre opération spéciale qu’un léger encollage, et même aucune si le développement a été fait à une température peu élevée.

Procédé de MM. Swann, Braun, Dauphinot, etc. — Nous prenons toujours l'épreuve au sortir du châssis, au moment où elle doit être développée; il faut la transporter sur un support provisoire, dont la nature soit telle que l’image soit adhérente à ce support pendant le lavage à l’eau chaude et qu’on puisse la détacher ensuite pour la fixer sur son support définitif; une feuille de papier, enduite sur l’une de ses faces d’une couche mince de caoutchouc, remplit parfaitement le but proposé, et l’on procède ainsi qu'il suit :

On fait dissoudre dans 100 parties de benzine anhydre 2 parties de caoutchouc aussi pur que possible, n'ayant pas subi pendant un temps prolongé l'influence lumineuse qui le rend moins soluble ; souvent, pour faciliter la dissolution, on peut faire préalablement gonfler le caoutchouc dans le chloroforme. Dans les ateliers de M. Braun, à Dornach, la dissolution

de caoutchouc est faite au moyen d'un triturage mécanique prolongé; on laisse décanter, on filtre et l’on prépare le papier, soit par affleurement sur une cuvette, soit en versant le caoutchouc. directement sur la feuille de papier maintenue sur une planchette; l'opération se fait de la même manière que si l’on collodionnait une glace. La feuille couverte de caoutchouc est mise à sécher, la surface préparée poisse fortement. Un bon papier, enduit de caoutchouc, est tellement collant qu’une autre feuille de papier y adhère immédiatement, par le simple contact, sans qu’il soit possible de les séparer. Quelquefois on applique la même préparation de caoutchouc sur la gélatine impressionnée qui porte l’image; mais, le plus souvent, on se dispense de cette seconde opération, qui assure mieux, il est vrai, le contre-collage, mais n’est pas absolument nécessaire.

Les papiers étant ainsi préparés, on commence par enlever avec des ciseaux les extrêmes bords de l’épreuve positive, afin d’avoir une section bien nette, d’une application facile; on met l'épreuve face en dessus sur une glace, on applique sur l’un des bords la feuille enduite de caoutchouc, et, la tenant soulevée d'une main, on pousse de l’autre le rouleau, que l'on fait mouvoir de manière à amener un contact parfait. De la perfection de ce contact dépend toute la réussite, car toutes les bulles d'air interposées, tous les manques de collage produiraient autant de taches ou d’ampoules au développement. Les deux feuilles collées seront ensuite soumises à une légère pression, soit en les passant au cylindre à satiner très-peu serré, soit en les comprimant sous une presse verticale. Elles sont alors prêtes pour le développement.

Lorsque le papier au caoutchouc est bien préparé, on fait le collage plus simplement et plus sûrement en plongeant dans l’eau froide et dos à dos les deux feuilles à coller; après quelques instants, lorsque l’extension du papier s’est produite par le fait de l'humidité et lorsque les bulles d’air contenues dans la pâte sont expulsées, on retourne sous l’eau les épreuves face à face, on les soulève ensemble par les deux coins, et, les posant sur une glace, on expulse l'excès d’eau avec la raclette de caoutchouc et on laisse quelques minutes en contact sous une légère pression.

Le développement est le même pour tous les procédés, sauf le cas de eoagulation de l'albumine par l’eau bouillante, que nous avons mentionné plus haut. Pour opérer avec facilité, il faut de grandes cuvettes avec une

abondante provision d’eau chaude et d’eau froide; dans une installation commerciale comme celle de M. Braun, de Dornach, des jets de vapeur arrivent directement de la chaudière de l'usine dans les cuvettes et permettent de régler à volonté la température ; des robinets convenablement disposés servent à en augmenter ou à en diminuer le volume à volonté. Dans un atelier ordinaire, il suffit de quelques cuvettes de zinc et d’un grand récipient d'eau chaude.

Les épreuves impressionnées par la lumière et contre-collées sur la feuille qui doit servir de support sont d'abord mises toutes énsemble à tremper dans l’eau froide pendant une heure environ; on enlève ainsi la majeure partie du bichromate de potasse, et la gélatine se gonfle et se dispose pour une dissolution plus facile. Ces opérations peuvent être faites à un faible jour ordinaire, car la gélatine bichromatée humide n’est pas impressionnée par la lumière, contre laquelle la protégerait déjà la teinte jaune du bain qui dissout le bichromate.

On prend ensuite deux épreuves que l’on met dos à dos dans une cuve d’eau à 35 degrés C. environ. A cette température, la gélatine déjà gonflée ne tarde pas à se liquéfier, les deux papiers se séparent : le papier caoutchouté retient l’image encore empâtée, l’autre n’est plus d'aucune utilité et doit être jetée.

A partir de ce moment, il faut éviter sur la surface de l'épreuve tout frottement qui l’altérerait; on ne peut donc mettre plusieurs épreuves ensemble qu’à la condition d’avoir des cuvettes assez larges pour éviter - tout contact entre elles. )

Le meilleur développement sera celui qui se fera seul; à la température de 35 à 4o degrés, en maintenant l'épreuve retournée, sans cependant lui laisser toucher le fond de la cuvette, elle se dégorge lentement et l'image se modèle avec la plus grande finesse de demi-teintes; s’il y avait excès de pose, il faudrait augmenter la température de l’eau. Quand l'image paraît arriver à son point, on arrête toute action ultérieure en l'immergeant dans l’eau froide, où elle est lavée à plusieurs reprises. Les épreuves sont alors examinées une à une; celles qui paraissent à point sont passées de nouveau dans l’eau tiède de 25 à 30 degrés C.; elles s’y épurent sans s’affaiblir; celles qui seraient d’un ton un peu trop soutenu sont passées à l’eau à 4o degrés C.; celles qui sont trop vigou-

reuses, par suite d’un excès de pose, subissent un lavage à une température plus élevée. C’est par ces lavages ménagés que l’on arrive à la réussite et à la régularité d'épreuves qui, au début, présentaient de grandes différences. Si l’on avait des images trop posées, on les passerait à la solution de cyanure de potassium, indiquée plus haut, page 125. Lorsqu'on a ainsi amené les épreuves au point nécessaire, on les suspend pour les laisser sécher. À cet état l’image est renversée, et il est nécessaire de la remettre dans le sens voulu et de la séparer de son support caoutchouté.

Si l'épreuve n’a pas nécessité une eau trop chaude pour le développement, la gélatine qui la forme, quoique insoluble, a gardé des propriétés suffisamment adhésives pour coller d'elle-même contre un papier humide; mais il paraît préférable, dans tous les cas, de couvrir cette image d’une légère couche de gélatine en solution. Les proportions indiquées sont

D... ................ 10" 2 LRU RER RARE 2,50 NT. LE Us, 100°°

Il est bon d'ajouter à cette solution un peu de sulfate de baryte ou de blanc de zinc en poudre impalpable, afin d'éviter les reflets brillants. On choisit alors le papier sur lequel on veut fixer l’épreuve d’une manière définitive, papier blanc ou teinté, lisse ou rugueux, à grains plus ou moins gros, suivant l'effet que l’on désire; on commence par détendre ce papier régulièrement, en le mettant pendant plusieurs heures entre des buvards humides ou en l’immergeant dans l’eau et en pressant ensuite régulièrement toutes les feuilles ensemble; on applique la face gélatinée de l’épreuve sur lé papier humide; on presse pour effectuer le collage ; ces deux papiers réunis peuvent être passés dans un bain d’alun ou d’alun de chrome à : gramme d’alun pour 100 centimètres cubes d’eau, lavés de nouveau et mis à sécher. Au lieu de gélatiner l’épreuve, on peut aussi bien gélatiner le papier sur lequel l'épreuve doit être transportée.

Il faut ensuite enlever le papier caoutchouté qui a servi de support provisoire pour le développement; il suffit pour cela de passer sur le dos de ce papier un tampon imprégné de benzine ; le caoutchouc est ramolli et l'on sépare les feuilles facilement. |

M. Dauphinot, amateur distingué de Reims, emploie un mode de sépa-

ti.

ration différent, que nous croyons préférable; les épreuves emprisonnées entre le papier au caoutchouc et le papier sur lequel elles doivent rester définitivement sont immergées en plein bain, dans une cuvette remplie de benzine; une fermeture hydraulique empêche toute volatilisation de ce dissolvant ; elles sont abandonnées ainsi jusqu’à ce que la séparation des deux feuilles se fasse d'elle-même. Pour enlever les dernières traces de caoutchouc, on passe l'épreuve dans une deuxième cuvette de benzine. Lorsque la benzine a servi au décollage d’un grand nombre d'épreuves et qu’elle commence à se charger d’une quantité de caoutchouc trop considérable, on l’emploie pour faire la dissolution nécessaire pour la préparation du papier au caoutchouc.

Les épreuves sortant du dernier bain de benziné sont séchées en plein air, pour éviter l'odeur désagréable et malsaine de la benzine, puis coupées à la forme et à la grandeur voulue pour être montées sur bristol.

On peut aussi monter directement l’épreuve sur bristol et séparer ensuite le support provisoire caoutchouté en y passant un peu de benzine, mais cette opération, qui paraît plus simple en théorie, est moins facile dans la pratique courante.

M. Johnson, M. Gobert, M. Lambert, M. Liebert, etc., préfèrent supprimer l’usage désagréable du caoutchouc et de la benzine. Le procédé employé est fondé, d’après M. Johnson, sur cette observation, qu'il n'est pas nécessaire que la surface sur laquelle on doit reporter l'épreuve pour la développer soit douée de propriétés adhésives : l’'adhérence se fera par le seul fait de la pression atmosphérique, mais à ces conditions :

° La surface de report doit être imperméable à l'air comme à l’eau, sans quoi, l'air ou l’eau s’infiltrant à travers les pores du subjectile provisoire, il ne pourra y avoir d’adhérence contre la surface.

+ La superposition des deux surfaces doit se faire avant que la gélatine mouillée ait pu complétement se saturer d’eau; car l’eau interposée pourrait empêcher l’adhérence, tandis qu’au contraire, si la gélatine peut encore absorber cet excès d’eau, l’adhérence se fera parfaitement.

3° La surface imperméable sur laquelle se fait le report doit être préa- lablement enduite d’une couche infiniment mince de matière grasse ou analogue qui puisse faciliter la séparation après séchage. hr e

Avec ces procédés, on peut employer indifféremment des Me de

$ont ET oment frottées avec un or imprégné d’une solution. de Stéarine dans l'alcool et polies ensuite avec un second tampon.

Quelle que soit la surface employée, le mode d'opérer reste le même.

Nous supposons l'épreuve retirée du châssis après le temps d’exposition convenable, les marges ayant été réservées tout autour avec un découpe de papier opaque qui empêche l’action de la lumière sur ces marges, comme nous l'avons expliqué page 119; si le papier préparé excédait ces marges, on couperait cet excédant avec des ciseaux, de manière à avoir des bords francs couverts de gélatine non insolubilisée. On prend alors l'épreuve que l’on plonge dans une cuvette contenant une abondante quantité d’eau froide; on immerge dans cette même cuvette la plaque métallique, ou la glace, ou la feuille de papier imperméable préparée ad hoc, et, aussitôt que l’épreuve est détendue, on applique l’une contre l’autre les deux faces préparées et ôn les sort de la cuvette d’eau ensemble et doucement, de manière à éviter toute interposition de bulles d'air; on laisse égoutter, on éponge l'excès d'eau avec une feuille de buvard. On comprime légèrement avec la raclette de caoutchouc ou avec le rouleau et on laisse sécher pendant une demi-heure au moins. L'image est alors tout à fait adhérente à son support, car la gélatine, en continuant de se gonfler, a absorbé toute l’eau interposée.

Les plaques portant les épreuves sont alors mises dans une boîte à rainures en “ipe, construite dans le genre des boîtes à glaces, et de manière que ces plaques, posées verticalement, puissent être complétement immergées sans cependant descendre jusqu’au fond. La boîte est remplie d’eau à 40 degrés C., on y laisse séjourner les épreuves pendans un quart d'heure ou plus Eat la solubilité de la gélatine. On essaye alors sur la première épreuve placée si le papier se détache; on peut faire cette opération dans une cuvette horizontale ordinaire, pleine d’eau, à la même température : le papier s’enlève avec facilité, et l’image reste sur son support imperméable. On procède ainsi successivement ayec toutes les plaques, que l’on remet à mesure dans leurs rainures respectives, où le développement complet s'achève sous l’action de l’eau à 40 degrés. L'épreuve

ge

Seau 2 de sucre blanc. On égoutte l'excès de liquidene ets gélatine a fait prise, on l’immerge dans un bain d’alun à e gramme

4 É c é 54 100 centimètres cubes d’eau, où on la laisse pendant quatre à cinq minu es;

on la rince à l’eau froide et l’on met les plaques à sécher verticalement

dressées contre le mur ou sur des séchoirs.

L'épreuve étant bien sèche, on la remet dans l’eau. On y applique le papier choisi, que l’on a préalablement gélatiné; on laisse sécher de nouveau. La feuille sèche se détache très-facilement du support en entraînant l’image.

Il nous semble qu’on simplifierait ces manipulations en prenant la plaque lorsque l’épreuve est développée, y coulant la gélatine comme il est dit ci-dessus, y appliquant immédiatement la feuille de papier simplement mouillée et en laissant sécher le tout. Après la PE on passe à l’alun, on lave et l’on sèche de nouveau.

On peut obtenir très-facilement, par ce procédé, lé épreuves destinées à rester sur verre poli ou dépoli.

MM. Johnson, Lambert, Liébert, Franck de Villecholes, ont également appliqué ce procédé avec beaucoup de succès pour faire les positifs destinés aux agrandissements, ainsi que les épreuves agrandies.

M. Gobert a décrit un procédé analogue au précédent (‘), qui consiste à prendre une plaque de cuivre que l’on enduit du vernis suivant avec

un tampon de coton :

AICODL À 40°, 4 2 a a 08 OT ER 100% LE SPAS Ne Perret 1e 8 at Résineordinaire. : . . 40% QE FU 32

On polie ouveau la plaque jusqu’à ce qu'elle soit parfaitement brillante; on peut alors la recouvrir d’une couche de collodion normal contenant of", 50 de coton pour 100 centimètres cubes du mélange d’alcool et d’éther; cette couche de collodion n’est pas indispensable.

On commence par plonger l'épreuve à développer, la face en dessous,

(*) Bulletin de la Société francaise de Photog graphie) année 1873, p. 319.

PROCÉDÉ PHOTOGLYPTIQUE. 133

dans une cuvette d’eau froide; lorsqu'elle est bien pénétrée par l’eau, on glisse dessous la plaque métallique préparée, on relève le tout ensemble doucement pour éviter les bulles d'air; avec le rouleau ou une raclette de caoutchouc, on élimine tout l'excès d’eau et l’on peut donner une trèslégère pression. -

Il n’est pas nécessaire d'attendre la dessiccation pour faire le développement, qui peut commencer immédiatement. On plonge le tout dans l'eau très-chaude, même bouillante : le papier se détache presque aussitôt ; on suit le dégorgement de l'épreuve, et, quand elle est au point voulu, on la lave, on passe à l’alun, on lave de nouveau et l’on y applique sous l’eau le papier définitif dont la surface est recouverte soit d’albumine coagulée, soit de gélatine; on laisse sécher, l'épreuve se décolle d'elle-même; on n’a plus qu’à la couper et à la monter sur bristol.

Production de filigranes dans la pâte du papier. — Dans l’ensemble des procédés que nous venons de décrire, on utilise uniquement la propriété que possède la gélatine bichromatée de devenir plus ou moins profondément insoluble sous l'influence de la lumière, et de retenir ainsi les matières colorantes destinées à former l’image; maïs, par cela même que cette gélatine a été plus ou moins profondément impressionnée, elle présente des différences d'épaisseur très-accentuées tant que l'épreuve est humide, mais disparaissant presque complétement par la dessiccation. Il suffit d’augmenter ces différences par une pose prolongée et de cylindrer ensuite l’épreuve sèche sur une feuille de papier ordinaire pour produire des dessins comparables aux filigranes que l’on obtient dans la pâte du papier: Ce mode d'emploi, sur lequel M. Jeanrenaud et moi avons appelé l’attention, nous semble susceptible d'applications commerciales; nous Pavions recherché sur la demande de M. Maquet. M. Woodbury avait également indiqué cet emploi des reliefs de la gélatine, mais par un moyen beaucoup plus compliqué.

Moulage par pression des reliefs de la gélatine, procédé de M. Woodbury.— Photoglyptique de M. Rousselon.—Nous venons de voir comment, par une pression un peu énergique, les reliefs de gélatine sèche peuvent donner des effets de filigranes. Il est possible, en employant des couches de gélatine bichromatée, contenant très-peu ou point de matière colorante, et après l'impression sous le cliché, le dégorgement par

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l’eau chaude et la dessiccation, d'obtenir des reliefs assez considérables et tellement durs que, sous l'influence d’une pression énergique, ils entrent dans le métal.

En employant le plomb ou l’alliage des caractères d'imprimerie, on forme un moule en creux d’une précision et d’une finesse extrême dans lequel l'image photographique est représentée par des dépressions plus ou moins profondes. Il suffira de verser dans ce moule une solution ordinaire de gélatine (sans bichromate) légèrement teintée et chaude, comme on verse de la pâte dans un moule à gaufres, d'appliquer une feuille de papier et, par une légère pression, d’expulser tout l’excédant de gélatine, pour que cette sorte d'encre gélatineuse donne une épreuve.

En effet, en faisant prise, elle s'attache au papier et, en relevant la feuille. on démoule en quelque sorte l’image qui reste tout entière sur le papier; dans les creux profonds il y a beaucoup d'encre colorée, ce qui fait les grands noirs ; les creux plus ou moins prononcés donnent toutes les différences de teintes; dans les parties planes toute l’encre est expulsée, laissant la surface du papier à nu, ce qui fait les grands blancs.

Ce procédé, inventé par M. Woodbury, fut pratiqué d’abord par M. Bingham, en France, mais il a surtout pris une grande extension dans les ateliers d’Asnières où, sous la direction habile de M. Rousselon, il est couramment mis en œuvre sous le nom de Photoglyptique, avec une perfection telle qu’il est souvent difficile de distinguer l'épreuve photoglyptique et l'épreuve photographique ordinaire.

Voici le mode d'opérer :

Sur une glace préalablement passée au talc, puis couverte de collodion normal et séchée, on verse un mélange de bichromate de potasse et de gélatine très-faiblement teintée, de manière à obtenir une couche d’épaisseur bien égale. On fait sécher rapidement ces glaces dans un séchoir à air chaud et l’on détache la couche sensible de la glace. On applique le côté collodionné contre le négatif qui, étant lui-même détaché sur pellicule mince, peut être employé retourné ou non à la volonté de l’opérateur.

Après l'impression, le côté collodionné de la feuille de gélatine bichromatée est provisoirement.collé au moyen d’une solution de caoutchouc sur une glace où autre support résistant et plongé dans l’eau tiède, de ma-

nière à éliminer toutes les parties restées solubles.

PROCÉDÉ PHOTOGLYPTIQUE. 132

On obtient ainsi une épreuve présentant des reliefs plus ou moins considérables, correspondant aux diverses teintes du cliché. Après avoir bien lavé cette épreuve, l’avoir passée à l’alun, lavée de nouveau, on laisse sécher ou même on facilite la dessiccation en la plongeant dans l’alcoo! concentré, qui absorbe rapidement l’eau et ménage mieux les angles, qui doivent être aussi peu arrondis que possible ; la feuille, parfaitement sèche, est enlevée de son support provisoire et prête pour la pression.

La pression est l’opération capitale : elle nécessite l'emploi de presses hydrauliques d’une puissance considérable, équivalant à ro00 kilogrammes par centimètre carré de la surface à presser, ce qui, pour une surface de 0", 30 sur 0", 40, représente l'énorme pression de 1 200 000 kilogrammes. La presse employée par M. Rousselon lui donne facilement un million de kilogrammes ; comme celle de M. Braun, elle est mue avec une grande douceur par une petite pompe que fait marcher un renvoi de la machine à vapeur.

Sous cette presse et sur un plan d'acier parfaitement dressé, on met une plaque de métal d'imprimerie (alliage de plomb et d’antimoine) de 1 centimètre d'épaisseur environ. Sur cette plaque, dont la surface est rigoureusement nettoyée, on pose le relief de gélatine face contre face; à la rigueur, la gélatine peut être retournée, mais l'épreuve obtenue donne moins de finesse ; sur la gélatine on met un second bloc d'acier bien dressé et l’on commence la pression.

La gélatine et le métal se trouvent ainsi pris entre deux plans; sous l'effort considérable et plusieurs fois répété de la presse, le métal devient parfaitement plan, il s'écrase en diminuant un peu d'épaisseur, la gélatine y pénètre sans altération aucune; on la retire telle qu’on l’a mise, bonne encore pour une deuxième et une troisième pression. Elle laisse dans le métal tous les creux de ses moindres reliefs, le moule est fait, on n’a plus qu’à le parer sur les côtés et à le porter à l'impression.

L’impression sur papier, qui semble des plus simples, offre cependant une foule de difficultés de détail, que M. Rousselon a surmontées une à une avec la plus grande persévérance et la plus heureuse habileté, et, aussi bien pour Pobtention du moule que pour l'impression de l'épreuve, il a pù rendre pratique et courant un procédé qui, au début, offrait des difficultés et des inégalités qui semblaient insurmontables. C’est par des améliorations successives, portant aussi bien sur les appareils mécaniques que sur les

pa

plus petits détails de la main-d'œuvre qu'il est parvenu à une fabrication parfaitement régulière et économique.

Le moule prêt à imprimer est porté sur une petite presse à plateau horizontal et à pression verticale, qui n'est pas sans analogie avec une presse à copier. Le moule, placé sur la table inférieure, est calé parfaitement de niveau, de telle sorte que le plateau supérieur, en s’abaissant sur lui, porte régulièrement sur toute la surface; une série de six presses semblables est installée sur une table tournant autour d'un axe; l’ouvrier, sans Changer de place, fait le service de ces six presses en les faisant passer Successivement devant lui.

La presse étant ouverte, l’ouvrier passe légèrement sur le moule un chiffon gras; il verse à la surface un peu d’une solution chaude de gélatine teintée avec la couleur que doit avoir l'épreuve, sur cette gélatine il place une feuille de papier préalablement détendue à l'humidité; il abaisse le plateau supérieur et donne une légère pression ; il passe au deuxième, puis au troisième moule, et ainsi de suite jusqu’à ce que le premier revienne devant lui. Sous la pression donnée, l’encre gélatineuse s’est étendue partout, elle s’est écoulée par les bords ; puis elle s’est refroidie, a fait prise en gelée, et, quand le tour donné à la table ramène cette presse devant le tireur, il relève le plateau, soulève doucement la feuille de papier qui entraîne avec elle l'épreuve en gélatine encore sans consistance, et il recommence l'opération. |

Les épreuves obtenues, mises à plat sur une table à côté, prennent d'abord plus de fermeté par un refroidissement plus complet; elles sont ensuite passées dans un bain d’alun, lavées, séchées, vernies, coupées et collées sur bristol. On obtient ainsi par tous les temps un tirage rapide, régulier et solide. sn |

Le papier à employer est encore un des écueils du procédé ; car, sous l'influence de l'humidité, le grain ressort et paraît ensuitesur la gélatine après dessiccation. C’est par de nouveaux encollages spéciaux et des satinages très-soignés que M. Rousselon a pu obvier à cet inconvénient.

“Il est nécessaire de prendre quelques précautions pour monter ces épreuves sur bristol, afin que la gélatine, ramollie par l'humidité, ne soit pas altérée par le frottement ; pour cela les épreuves sèches sont couvertes

au dos avec une couche de colle d’amidon faite avec de l’eau alunée, ce %

ÉMAUX PHOTOGRAPHIQUES. * 137 qui empêche déjà la pénétration de l'humidité dans la pâte du papier; l’image encollée est étendue quelque temps à plat pour que le papier se détende, puis appliquée ensuite sur le bristol. On recouvre alors d’un buvard et l’on passe soit la main, soit le rouleau, pour assurer l’adhérence.

Nous avons expliqué, page 110, que les bichromates solubles (bichromate de potasse ou d’ammoniaque) ont sur les matières sucrées, telles que le sucre cristallisé, la glucose, le miel, etc., une action qui présente une grande analogie avec celle qu'ils exercent sur la gélatine. Ces substances, étendues en couches minces et séchées, nrennent, sous l'influence de l'atmosphère, un état hygrométrique tel, que si l’on passe à leur surface des matières pulvérulentes, celles-ci y adhèrent immédiatement. Mais, si ces substances sucrées sont mêlées de bichromate soluble et plus ou moins exposées à la lumière, cet état hygroscopique est modifié ; il cesse complétement dans les parties fortement insolées et diminue proportionnellement à l'intensité lumineuse. Les poudres que l’on projette à la surface adhèrent donc plus ou moins et dessinent ainsi une véritable image photographique. Si, au lieu de simples poudres colorées, on a employé des poudres d’émail, on a une épreuve photographique qu'il est possible de cuire à la température rouge de la moufle d’'émailleur et qui constitue une image vitrifiée et inaltérable.

Ce procédé, très-délicat dans la pratique, est surtout bien exécuté en France. MM. Lafon de Camarsac, Gougenheim, Mathieu Deroche, Pinel- Peschardière, M" Mezzarra en ont fait une application courante aux portraits. Nous citerons tout particulièrement M. le comte de Roydeville qui s’est adonné comme amateur à ce genre de travail et a obtenu des plaques émaillées très-remarquables comme grandeur et comme perfection.

Nous nous bornerons à donner l’ensemble du procédé en renvoyant pour les détails aux Traités spéciaux de M. de Lucy-Fossarieu (') et de

(*) Émaux photographiques, par Geymer et Aiker, 9° édition; 1872. — Photographie sur émail, fayence et porcelaine, par de Lucy-Fossarieu; 1869. — Id., par Antoine Martin; Weimar, 1872.

M. Geymet; on trouvera dans ces Traités une description minutieuse des diverses phases de l'opération, qui demande une grande habitude, beaucoup de soin et d’habileté.

On commence par préparer la liqueur destinée à donner la surface sensible : c’est toujours un mélange de sucre, ou de glucose, ou de miel avec un bichromate alcalin.

Formule de M. Geymet :

Eau distillée ou filtrée................. 100 Mièl: ÉpuTÉ. "LRU NES 0,50 Sirop de sucre préparé, ..:.. 4.0 ü Gomme arabique en poudre............ 5er Solution saturée de bichromate d’ammo-

niaque. "tr 2 CRPASMEITE 15 4.408

Formule de M. de Lucy-Fossarieu :

N° 1. Mettez dans un grand bocal (1 litre ou plus} 5008 de borax du commerce et remplissez d’eau filtrée, agitez de manière à avoir une solution saturée:

N° 2. Dans un autre flacon, faites une solution de :

Sucre blanc. Mr Hi 200$" Gomme.arabiqué.. Ji Er Goë” Hausse ut RL LENS 1000

et après dissolution ajoutez 50o° de la dissolution saturée de borax (n° 1).

N° 5. Dans un troisième flacon, mélangez :

Miel pur... SR 206" Solution dé Horax (n° Te RS 207 N° 4. Solution saturée de bichromate d’ammoniaque. #

(Pour faire une solution réellement saturée, on fait dissoudre à chaud un excès de bichromate d’ammoniaque, et le lendemain on décante la liqueur qui surnage les cristaux qui ont dû se former par le refroidissement. Ce liquide est certainement à l’état de saturation.)

Pour faire la liqueur sensible, on mélange :

Liqueur,n° 250,07 2 NN RS 6°° Liqueur n° 4..... Art 1 CE ge Eau filtrée, , 4.420 SRI ES 10%

Si le temps est très-chaud ou très-sec, on ajoute seulement trois ou quatre gouttes de la solution de miel {n° 3).

La liqueur sensible, quelle qu’elle soit, est étendue sur une glace bien propre, égouttée et séchée immédiatement à l’aide d’une douce chaleur à l'abri de la poussière et de la lumière. On doit l’employer ensuite très-rapidement, car la préparation sèche ne se conserve pas.

Cette glace préparée doit être exposée sous un positif, car c’est la lumière qui, passant à travers les clairs de l’image, agit sur la couche sensible et l'empêche de prendre la poudre d'émail : les blancs sont donc représentés par les blancs, un positif donne un positif. Il faut des épreuves très-douces, et ici, comme pour les agrandissements, nous pensons qu'il y a lieu d'employer les positifs faits soit par le procédé au charbon, soit par le procédé"E upenot, et développer par la solution alcaline ; on obtient

ainsi une extrême Ë ansparence dans toutes les parties.

Il est souvent 1 écessaire d'agrandir ou de diminuer l'épreuve pour l’approprier à la dimension de l'émail; on fera alors l’épreuve à la chambre noire, soit par l'un des procédés secs connus, soit par le procédé du collodion humide.

L'épreuve positive est posée face contre face sur la glace préparée avec la liqueur sensible ; on expose dans un châssis positif pendant un temps qui, suivant la lumière, varie de quelques secondes à six ou huit minutes.

L'épreuve retirée du châssis est développée dans le cabinet noir avec la poudre d’émail que l’on trouve toute préparée chez les marchands de produits photographiques.

Pour que le développement puisse se faire, il faut un certain état hygrométrique du laboratoire dans lequel on opère; si la pièce est absolument sèche, la glace ne prend aucune trace d'humidité et elle ne retient pas la poudre d’émail ; si elle est trop humide, c’est le contraire qui a lieu et l’image s’empâte rapidement. Cette difficulté de réaliser un milieu convenable est une des plus grandes du procédé. Pour obtenir le développement complet, il faut promener régulièrement la poudre sur l'épreuve au moyen d’un blaireau très-doux; mais le mieux semble être, suivant les indications de M. de Lucy-Fossarieu, de promener pendant quelques ‘instants un peu de poudre avec un fin blaireau, puis de recommencer quatre ou cinq fois cette opération pendant un temps très-court : la glace

prend ainsi peu à peu la somme d'humidité qui lui est nécessaire pour un développement complet.

Trop de pose donne une épreuve dure et sèche, pas assez donne une épreuve voilée; un développement trop prolongé produit le même résultat.

L'épreuve développée est couverte de collodion normal à r ou 2 grammes de coton pour 100 centimètres cubes du mélange d’éther et d'alcool, puis lavée dans l’eau faiblement acidulée par l’acide nitrique ou chlorhydrique; le collodion se détache alors complétement de la glace et emporte avec lui toute la poudre d’émail qui forme l’image. Cette pellicule est rincée à l’eau froide, de manière à enlever toute trace d’acidité et de bichromate de potasse, et enfin mise dans une cuvette profonde pleine d’eau dans laquelle les mains puissent facilement se mouvoir pour ques l’image sur

la plaque d’émail avec laquelle elle doit s’incorporer. | Parmi les opérateurs, les uns veulent que la pellic 1 le le collodion soit

LE mise sur l'émail avec la poudre en dessous: dans ce Cas, le collodion

n'adhère pas sur la surface émaillée de laquelle la poudre le sépare, et il faut que l’eau servant au transport soit légèrement sucrée pour qu'il y ait complète adhérence après la dessiccation. Si l’on emploie cette manière de procéder, il est nécessaire, avant le passage au feu, d'éliminer le collodion, qui s’écaillerait en brûlant. On le détruit par une immersion dans l'acide sulfurique suivie de quelques lavages à l’eau.

Il nous semble préférable d'employer la méthode indiquée par M. de Lucy-Fossarieu et par M. de Roydeville, qui consiste à mettre la pellicule de collodion directement sur l’émail, l’image en dessus : par ce moyen, il ne se fait aucun décollage, le collodion adhère seul à la surface émaillée, et, lorsqu'il est bien sec, il brûle régulièrement au feu en laissant à l’épreuve toute sa netteté. Avec ce mode d'opérer, l’image est dans son vrai sens, tandis que dans celui qui précède elle est renversée, à moins que l’on n’ait fait un positif retourné.

La fusion de l'émail se fait dans un fourneau d’émailleur dont on chauffe la moufle bien régulièrement au rouge vif; on y place une plaquette de terre que l'on chauffe d’abord légèrement, on la retire et sur son milieu on pose la pièce à cuire, puis on la repousse peu à peu jusqu’au centre de la moufle.

L'opération dure à peine quelques minutes; il faut que l'émail soit assez

chauffé pour être glacé partout; une chaleur trop intense l’altère. L'observation et la pratique peuvent seules servir de guides à cet égard.

Le même procédé sera appliqué aux pièces de faïence, de porcelaine ; on l'a même appliqué aux vitraux.

Application de ce procédé pour faire de nouveaux clichés sur le cliché type. — M. Geymet (') a utilisé dans une voie nouvelle cette action de la lumière et des bichromates solubles sur les matières adhésives pour obtenir directement, sans le secours de la chambre noire, un cliché nouveau fait par application sur le cliché type.

Sur une glace bien nettoyée on applique la liqueur sensible préparée

comme suit :

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