PROCÉDÉ DIT AU GHÀRB0I
ce que l'on sent parfaitement en la soulevant de la glace; on prend, d'autre part, du papier albuminé, que l'on plonge feuille à feuille dans une grande éprouvette, remplie d'alcool à 36 ou mieux à 40 degrés : l'albumine est coagulée; on suspend chaque feuille pour sécher, ce qui a lieu en quelques minutes. On prend alors une feuille de ce papier, coupée de grandeur, et, soit en la mouillant du dos, soit en l'intercalant entre des buvards humides, on la détend complètement; on met la face du papier albuminé en contact avec la face de l'épreuve sur gélatine; on les fait adhérer en se servant du rouleau de fonte ou de la raclette et en évitant les bulles d'air; les deux faces étant bien adhérentes, on pend r^reuve pendant quelques instants, sans qu'il soit nécessaire d'arriver à une dessiccation complète. On étend alors l'épreuve dans une cuvette de porcelaine, le papier albuminé en dessus, et l'on y verse d'un coup la quantité d'eau bouillante que l'on a reconnue nécessaire pour l'immerger largement. La coagulation de l'albumine se complète par l'eau bouillante; la gélatine restée soluble entre rapidement en dissolution, les deux feuilles se séparent, et l'épreuve reste adhérente au papier albuminé, sur lequel on la termine par un temps d'immersion plus ou moins prolongé et par remploi d'eau plus ou moins chaude.
A cette manipulation, M. Jeanrenaud ajoute le passage au of^anure de potassium en solution très-étendue de i à 2 grammes de cyanure pour 100 centimètres cubes d'eau. Le cyanure de potassium peut être remplacé par le carbonate de soude. Si l'épreuve est restée trop vigoureuse, on emploie cette dissolution chaude pour dissoudre une nouvelle quantité de gélatine; si elle est au point voulu, on emploie la solution froide, pour enlever le ton légèrement verdâtre que la préparation laisse toujours dans les blancs; on lave de nouveau, on passe dans une solution d'alun à saturation, on lave encore et l'on sèche. On peut encore corriger le ton verdâtre de l'épreuve en employant pour le transfert un papier albuminé légèrement rosé.
Ces épreuves sont ensuite coupées, collées sur bristol avec de la colle ou avec une dissolution de gomme arabique, additionnées l'une et l'autre d'un peu d'alun, qui rend le papier plus imperméable et empêche l'humidité de passer sur le côté de l'image.
Parmi les couleurs diverses essayées par M. Jeanrenaud, on doit citer
la sépia naturelle, telle qu'on peut se la procurer au bord de la mer. Cette substance, qui donne de très-beaux tons et d'admirables finesses, présente le grand inconvénient de rendre la gélatine bichromatée insoluble spontanément; mais il suffît, d'après M. Jeanrenaud, de la faire bouillir avec une solution de bichromate de potasse pour faire disparaître c^ette fâcheuse propriété et la rendre tout à fait propre à la production des épreuves en gélatine.
3* Procédés à double transfert, — Ce mode d'obtention de l'épreuve définitive par un double transfert consiste à recevoir l'épreuve sur trois supports successifs : celui qui porte au début la préparation sensible que l'on insole sous le cliché, celui sur lequel l'image est transportée et développée, enfin celui sur lequel on la fixe définitivement. Ces transports successifs et les manipulations qu'ils exigent paraissent compliqués, pourtant c'est le système qui semble prévaloir dans la pratique; il est employé ou recommandé par MM. Swann, Braun, Dauphinot, Johnson et un grand nombre d'autres opérateurs, d'abord parce qu'il permet d'employer tous les clichés tels qu'on les obtient à la chambre noire, ce qui est précieux pour un grand nombre de négatifs anciens, qu'on ne peut ou qu'on ne veut pas retourner, ensuite parce que cette méthode permet de reporter définitiveme^it l'épreuve sur toute espèce de papier, sans qu'on ait à lui faire subir d'autre opération spéciale qu'un léger encollage, et même aucune si le développement a été fait à une température peu élevée.
Procédé de MM, Swann , Braun, Dauphinot, etc, — Nous prenons toujours l'épreuve au sortir du châssis, au moment où elle doit être développée; il faut la transporter sur un support provisoire, dont la nature soit telle que l'image soit adhérente à ce support pendant le lavage à l'eau chaude et qu'on puisse la détacher ensuite pour la fixer sur son support définitif; une feuille de papier, enduite sur l'une de ses faces d'une couche mince de caoutchouc, remplit parfaitement le but proposé, et l'on procède ainsi qu'il suit :
On fait dissoudre dans loo parties de benzine anhydre 2 parties de caoutchouc aussi pur que possible, n'ayant pas subi pendant un temps prolongé l'influence lumineuse qui le rend moins soluble ; souvent, pour faciliter la dissolution, on peut faire préalablement gonfler le caoutchouc dans le chloroforme. Dans les ateliers de M. Braun, àDornach, la dissolution
PROCÉDÉ DIT A.U GHARBOlf. 127
de caoutchouc est faite au moyen d'un triturage mécanique prolongé; on laisse décanter, on filtre et l'on prépare le papier, soit par affleurement sur une cuvette, soit en versant le caoutchouc directement sur la feuille de papier maintenue sur une planchette; l'opération se fait de la même manière que si l'on coUodionnait une glace. La feuille couverte de caoutchouc est mise à sécher, la surface préparée poisse fortement. Un bon papier, enduit de caoutchouc, est tellement collant qu'une autre feuille de papier y adhère immédiatement, par le simple contact, sans qu'il soit possible de les séparer. Quelquefois on applique la même préparation de caoutchouc sur la gélatine impressionnée qui porte l'image; mais, le plus souvent, on se dispense de cette seconde opération, qui assure mieux , il est vrai, le contre-collage, mais n'est pas absolument nécessaire.
Les papiers étant ainsi préparés, on commence par enlever avec des ciseaux les extrêmes bords de l'épreuve positive, afin d'avoir une section bien nette, d'une application facile; on met l'épreuve face en dessus sur une glace, on applique sur l'un des bords la feuille enduite de caoutchouc, et, la tenant soulevée d'une main, on pousse de l'autre le rouleau, que l'on fait mouvoir de manière à amener un contact parfait. De la perfection de ce contact dépend toute la réussite, car toutes les bulles d'air interposées, tous les manques de collage produiraient autant de taches ou d'ampoules au développement. Les deux feuilles collées seront ensuite soumises à une légère pression, soit en les passant au cylindre à satiner très-peu serré, soit en les comprimant sous une presse verticale. Elles sont alors prêtes pour le développement.
Lorsque le papier au caoutchouc est bien préparé, on fait le collage plus simplement et plus sûrement en plongeant dans l'eau froide et dos à dos les deux feuilles à coller; après quelques instants, lorsque l'extension du papier s'est produite par le fait de l'humidité et lorsque les bulles d'air contenues dans la pâte sont expulsées, on retourne sous l'eau les épreuves face à face, on les soulève ensemble par les deux coins, et, les posant sur une glace, on expulse l'excès d'eau avec la raclette de caoutchouc et on laisse quelques minutes en contact sous une légère pression.
Le développement est le même pour tous les procédés, sauf le cas de •oagulation de l'albumine par l'eau bouillante, que nous avons mentionné plus haut. Pour opérer avec facilité, il faut de grandes cuvettes avec une
128 LES PMOGRtS DB LA. PHOTOGRAPUilt.
abondante provision d'eau chaude et d*eau froide; dans une installation commerciale comme celle de M. Braun, de Domach, des jets de vapeur arrivent directement de la chaudière de Fusine dans les cuvettes et permettent de régler à volonté la température ; des robinets convenablement disposés servent à en augmenter ou à en diminuer le volume à volonté. Dans un atelier ordinaire, il suffît de quelques cuvettes de zinc et d'un grand récipient d'eau chaude.
Les épreuves impressionnées par la lumière et contre-coUées sur la feuille qui doit servir de support sont d'abord mises toutes ensemble à tremper dans l'eau froide pendant une heure environ ; on enlève ainsi la majeure partie du bichromate de potasse, et la gélatine se gonfle et se dispose pour une dissolution plus facile. Ces opérations peuvent être faites à un faible jour ordinaire, car la gélatine bichromatée humide n'est pas impressionnée par la lumière, contre laquelle la protégerait déjà la teinte jaune du bain qui dissout le bichromate.
On prend ensuite deux épreuves que l'on met dos à dos dans une cuve d'eau à 35 degrés C. environ. A cette température, la gélatine déjà gonflée ne tarde pas à se liquéfier, les deux papiers se séparent : le papier caoutchouté retient l'image encore empâtée, l'autre n'est plus d'aucune utilité et doit être jetée.
A partir de ce moment, il faut éviter sur la surface de l'épreuve tout frottement qui l'altérerait; on ne peut donc mettre plusieurs épreuves ensemble qu'à la condition d'avoir des cuvettes assez larges pour éviter tout contact entre elles.
Le meilleur développement sera celui qui se fera seul ; à la température de 35 à 4o degrés, en maintenant l'épreuve retournée, sans cependant lui laisser toucher le fond de la cuvette , elle se dégorge lentement et l'image se modèle avec la plus grande finesse de demi-teintes ; s'il y avait excès de pose, il faudrait augmenter la température de l'eau. Quand l'image paraît arriver à son point, on arrête toute action ultérieure en l'immergeant dans l'eau froide, où elle est lavée à plusieurs reprises. Les épreuves sont alors examinées une à une; celles qui paraissent à point «ont [Missées de nouveau dans l'eau tiède de 25 à 3o degrés C. ; elles s'y épurent sans s'affaiblir; celles qui seraient d'un ton un peu trop sou- Umn Kont passées à l'eau à 4o degrés G.; celles qui sont trop vigou-
PROGfiDÉ DIT AU GHARB05. I29
reuses, par suite d'un excès de pose, subissent un lavage à une température plus élevée. C'est par ces lavages ménagés que Ton arrive à la réussite et à la régularité d'épreuves qui, au début, présentaient de grandes différences. Si l'on avait des images trop posées, on les passerait à la solution de cyanure de potassium, indiquée plus haut, page ii5. Lorsqu'on a ainsi amené les épreuves au point nécessaire, on les susptnd pour les laisser sécher. A cet état Tirnage est renversée, et il est nécessaire de la remettre dans le sens voulu et de la séparer de son support caoutchouté. Si l'épreuve n'a pas nécessité une eau trop chaude pour le développement, la gélatine qui la forme, quoique insoluble, a gardé des propriétés suffisamment adhésives pour coller d'elle-même contre un papier humide; mais il parait préférable, dans tous les cas, de couvrir cette image d'une légère couche de gélatine en solution. Les proportions indiquées sont
Gélatine lo»'
Glycérine 2 ,5o
Eau. loo"'
n est bon d'ajouter à cette solution un peu de sulfate de baryte ou de blanc de zinc en poudre impalpable, afin d'éviter les reflets brillants. On choisit alors le papier sur lequel on veut fixer l'épreuve d'une manière définitive, papier blanc ou teinté, lisse ou rugueux, à grains plus ou moins gros, suivant l'effet que l'on désire ; on commence par détendre ce papier régulièrement, en le mettant pendant plusieurs heures entre des buvards humides ou en l'immergeant dans l'eau et en pressant ensuite régulièrement toutes les feuilles ensemble ; on applique la face gélatinée de l'épreuve sur le papier humide ; on presse pour effectuer le collage ; ces deux papiers réunis peuvent être passés dans un bain d'alun ou d'alun de chrome à i grahime d'alun pour 100 centimètres cubes d'eau, lavés de nouveau et mis à sécher. Au lieu de gélatiner l'épreuve, on peut aussi bien gélatiner le papier sur lequel l'épreuve doit être transportée.
n faut ensuite enlever le papier caoutchouté qui a servi de support provisoire pour le développement; il suffit pour cela de passer sur le dos de ce papier un tampon imprégné de benzine ; le caoutchouc est ramolli et l'on sépare les feuilles facilement.
M. Dauphinot, amateur distingué de Reims, Cjmploie un mode de sépa-
t3o LES PMOGEtS DE LA. PHOTOGEAPHIS.
ration différent, que nous croyons préférable; les épreuves emprisonnées entre le papier au caoutchouc et le papier sur lequel elles doivent rester définitivement sont immergées en plein bain, dans une cuvette remplie de benzine ; une fermeture hydraulique empêche toute volatilisation de ce dissolvant ; elles sont abandonnées ainsi jusqu'à ce que la séparation des deux fwilles se fasse d'elie-môme. Pour enlever les dernières traces de caoutchouc, on passe l'épreuve dans une deuxième cuvette de benzine. Lorsque la benzine a servi au décollage d'un grand nombre d'épreuves et qu'elle commence à se charger d'une quantité de caoutchouc trop considérable, on l'emploie pour faire la dissolution nécessaire pour la préparation du papier au caoutchouc.
Les épreuves sortant du dernier bain de benzine sont séchées en plein air, pour éviter l'odeur désagréable et malsaine de la benzine, puis coupées à la forme et à la grandeur voulue pour être montées sur bristol.
On peut aussi monter directement l'épreuve sur bristol et séparer ensuite le support provisoire caoutchouté en y passant un peu de benzine, mais cette opération, qui parait plus simple en théorie, est moins facile dans la pratique courante. .
M. Johnson, M. Gobert, M. Lambert, M. Liebert, etc., préfèrent supprimer l'usage désagréable du caoutchouc et de la benzine. Le procédé employé est fondé, d'après M. Johnson, sur cette observation, qu'il n'est pas nécessaire que la surface sur laquelle on doit reporter l'épreuve pour la développer soit douée de propriétés adhésives : l'adhérence se fera par le seul fait de la pression atmosphérique, mais à ces conditions :
I** La surface de report doit être imperméable à l'air comme à l'eau, sans quoi, l'air ou l'eau s'infiltrant à travers les pores du subjectile provisoire, il ne pourra y avoir d'adhérence contre la surface.
2** La superposition des deux surfaces doit se faire avant que la gélatine mouillée ait pu complètement se saturer d'eau ; car l'eau interposée pourrait empocher l'adhérence, tandis qu'au contraire, si la gélatine peut encore absorber cet excès d'eau, l'adhérence se fera parfaitement.
3* La surface imperméable sur laquelle se fait le report doit être préalablement enduite d'une couche infiniment mince de matière grasse ou analogue qui puisse faciliter la séparation après séchage.
Avec ces procédés, on peut employer indifféremment des plaques de
PROCÉDÉ DIT AU CHARBON. l3l
métal, tel que zinc, cuivre, etc., des glaces dépolies d'un grain plus ou moins fin, même des feuilles de papier enduites d'une substance grasse, comme la stéarine, la cire ou toute autre. Les feuilles métalliques ou les glaces sont préalablement frottées avec un tampon imprégné d'une solution de stéarine dans l'alcool et polies ensuite avec un second tampon.
Quelle que soit la surface employée, le mode d'opérer reste le même.
Nous supposons l'épreuve retirée du châssis après le temps d'exposition convenable, les marges ayant été réservées tout autour avec un découpe de papier opaque qui empêche l'action de la lumière sur ces marges, comme nous l'avons expliqué page 119; si le papier préparé excédait ces marges, on couperait cet excédant avec des ciseaux, de manière à avoir des bords francs couverts de gélatine non insolubilisée. On prend alors l'épreuve que l'on plonge dans une cuvette contenant une abondante quantité d'eau froide ; on immerge dans cette même cuvette la plaque métallique, ou la glace, ou la feuille de papier imperméable préparée ad hoc, et, aussitôt que l'épreuve est détendue, on applique l'une contre l'autre les deux faces préparées et on les sort de la cuvette d'eau ensemble et doucement, de manière à éviter toute interposition de bulles d'air; on laisse égoutter,. on éponge l'excès d'eau avec une feuille de buvard. Oi; comprime légèrement avec la raclette de caoutchouc ou avec le rouleau et on laisse sécher pendant une demi-heure au moins. L'image est alors tout à fait adhérente à son support, car la gélatine, en continuant de se gonfler, a absorbé toute l'eau interposée.
Les plaques portant les épreuves sont alors mises dans une boîte à rainures en zinc, construite dans le genre des boîtes à glaces, et de manière que ces plaques, posées verticalement, puissent être complètement immergées sans cependant descendre jusqu'au fond. La boîte est remplie d'eau à 40 degrés C, on y laisse séjourner les épreuves pendant un quart d'heure ou plus suivant la solubilité de la gélatine. On essaye alors sur la première épreuve placée si le papier se détache ; on peut faire cette opération dans une cuvette horizontale ordinaire, pleine d'eau, à la même température : le papier s'enlève avec facilité, et l'image reste sur son support imperméable. On procède ainsi successivement avec toutes les plaques, que l'on remet à mesure dans leurs rainures respectives, où le développement complet s'achève sous l'action de l'eau à 40 degrés. L'épreuve
l3?. tBS PROGRÈS DE LÀ PHOTOGRAPHIE.
terminée est lavée dans Feau .froide, égouttée, couverte d'une solution de gélatine, lo grammes pour loo centimètres cubes d'eau, additionnée de 3 grammes de sucre blanc. On égoutte l'excès de liquide, et, quand la gélatine a fait prise, on l'immerge dans un bain d'alun à 3 grammes pour loo centimètres cubes d'eau, où on la laisse pendant quatre à cinq minutes ; on la rince à l'eau froide et l'on met les plaques à sécher verticalement dressées contre le mur ou sur des séchoirs.
L'épreuve étant bien sèche, oji la remet dans l'eau. On y applique le papier choisi, que l'on a préalablement gélatine; on laisse sécher de nouveau. La feuille sèche se détache très-facilement du support en entraînant l'image.
Il nous semble qu'on simplifierait ces manipulations en prenant la plaque lorsque l'épreuve est développée, y coulant la gélatine comme il est dit ci-dessus, y appliquant immédiatement la feuille de papier simplement mouillée et en laissant sécher le tout. Après la séparation on passe à l'alun, on lave et l'on sèche de nouveau.
On peut obtenir très-facilement, par ce procédé, les épreuves destinées à rester sur verre poli ou dépoli.
MM. Johnson, Lambert, Liébert, Franck de Yillecholes, ont également appliqué ce procédé avec beaucoup de succès pour faire les positifs destinés aux agrandissements, ainsi que les épreuves agrandies.
M. Grobert a décrit un procédé analogue au précédent {*), qui consiste à prendre une plaque de cuivre que l'on enduit du vernis suivant avec un tampon de coton :
Alcool à 40** loo"
Stéarine i''
Résine ordinaire * a**'
On polit de nouveau la plaque jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement brillante ; on peut alors la recouvrir d'une couche de coUodion normal contenant o'', 5o de coton pour loo centimètres cubes du mélange d'alcool et d'éther; cette couche de coUodion n'est pas indispensable.
On commence par plonger l'épreuve à développer, la face en dessous,
(*) Bulletin de la Société française <fe Photographie, année 1873, p. 3 19.
PROCÉDÉ PH0T06LTPTIQUE. l33
dans une cuvette d'eau froide; lorsqu'elle est bien pénétrée par Feau, on glisse dessous la plaque métallique préparée, on relève le tout ensemble doucement pour éviter les bulles d'air ; avec le rouleau ou une raclette de caoutchouc, on élimine tout l'excès d'eau et l'on peut donner une trèslégère pression.
n n'est pas nécessaire d'attendre la dessiccation pour faire le développement, qui peut commencer immédiatement. On plonge le tout dans l'eau très-chaude, même bouillante : le papier se détache presque aussitôt; on suit le dégorgement de l'épreuve, et, quand elle est au point voulu, on la lave, on passe à l'alun, on lave de nouveau et l'on y applique sous l'eau le papier définitif dont la surface est recouverte soit d'albumine coagulée, soit de gélatine ; on laisse sécher, l'épreuve se décolle d'elle-même ; on n'a plus qu'à la couper et à la monter sur bristol.
Prodnction de filigranes dans la pâte dn papier. — Dans l'ensemble, des procédés que nous venons de décrire, on utilise uniquement la propriété que possède la gélatine bichromatée de devenir plus ou moins profondément insoluble sous l'influence de la lumière, et de retenir ainsi les matières colorantes destinées à former l'image; mais, par cela môme que cette gélatine a été plus oii moins profondément impressionnée, elle présente des différences d'épaisseur très-accentuées tant que l'épreuve est humide, mais disparaissant presque complètement parla dessiccation. Il suffit d'augmenter ces différences par une pose prolongée et de cylindrer ensuite l'épreuve sèche sur une feuille de papier ordinaire pour produire des dessins comparables aux filigranes que l'on obtient dans la pâte du papier- Ce mode d'emploi, sur lequel M. Jeanrenaud et moi avons appelé l'attention, nous semble susceptible d'applications commerciales; nous l'avions recherché sur la demande de M. Maquet. M. Woodbury avait également indiqué cet emploi des reliefs de la gélatine, mais par un moyen beaucoup plus compliqué.
Moulage par pression des reliefs de la gélatine; procédé de M. Woodbnry. — Photoglyptiqne de M. Ronsselon.— Nous venons de voir comment, par une pression un peu énergique, les reliefs de gélatine sèche peuvent donner des effets de filigranes. Il est possible, en employant des couches de gélatine bichromatée, contenant très-peu ou point de matière colorante, et après l'impression sous le cliché, le dégorgement par
l34 us PftOCBtS »I LA PaOTO«EAPBIE.
fcBu chaude et la de;!vf^iccatioii, d'obtenir des relîefà assez considérables et leflanent durs que. sdos FinfliKiioe dfime preaskm énergique, ils entrent dms le métal.
En emp{o%^nt le plomb oo Falliase des caractères d^imprimerie, on forme on moule en creux d'ime précision et d'âne finesse extrême dans lequel l'image photographique est représentée par des dépressions plus ou moins profondes. II suffira de verser dans ce moole une solution ordinaire de s^!atine sans bichromate léirèrement teintée et chaude, comme on verse de la pâte dans un mouie à gaulrts, d'appliquer une feuille de papier et, par une lécêre pression, d'espol^r tout l'excédant de gélatine, pour que cette sorte d'encré gélatineuse donne une épreuve. .
En effet, en fai:?ant prise, die s'attache au papier et, en relevant la feuille. on dfr^moale en quelque sorte l'image qui reste tout entière sur le papier: dans les creux profonds il y a beaucoup d'encre colorée, ce qui fait les grands noirs; les creux plus ou moins prononcés donnait toutes les différences déteintes; dans les parties planes toute fencre est expulsée, laissant la surface du papier a nu. ce qui fait les grands blancs.
Ce procédé, inventé par M. Woodbury, fut pratiqué d*abord par M. Bingfaam. en France, mab il a surtout pris une grande extension dans les ateliers d'Asnières où, sous la direction babfle de M. Rousselon, il est couramment mis en œuvre sous le nom de PAoïoghjuiquey avec une perfection telle qu'il est souvent difficile de distinguer l'épreuve photoglyptiqne et lépieuve photographique ordinaire.
Yoici le mode d'opérer :
Sur une glace préalablement passée au talc, puis couverte de collodion normal et séchée, on verse un mélange de bichromate de potasse et de gélatine très-laîblement teintée, de manière à obtenir une couche d'épaisseur bien égale. On fedt sécher rapidonent ces glaces dans un séchoir à air chaud et l'on détache la couche sensible de la glace. On applique le côté coUodionné contre le négatif qui, étant lui-4néme détaché sur pellicule mince« peut être emplo^-é retourné ou non à la volonté de Fopérateur.
Après l'impression, le côté coUodionné de la feuille de gélatine bichromatée est provisoirement collé au moyen d*une solution de caoutchouc sur une glace ou autre support résistant et plongé dans Feau tiède, de manière à éhminer toutes les parties restées solubles*
PROCÉDÉ PHOTOGLTPTIQUE. l35
On obtient ainsi une épreuve présentant des reliefs plus ou moins considérables, correspondant aux diverses teintes du cliché. Après avoir bien lavé cette épreuve, l'avoir passée à Talun, lavée de nouveau, on laisse sécher ou môme on facilite la dessiccation en la plongeant dans l'alcool concentré, qui absorbe rapidement l'eau et ménage mieux les angles, qui doivent être aussi peu arrondis que possible ; la feuille, parfaitement sèche, est enlevée de son support provisoire et prête pour la pression.
La pression est l'opération capitale : elle nécessite l'emploi de presses hydrauliques d'une puissance considérable, équivalant à looo kilogrammes par centimètre carré de la surface à presser, ce qui, pour une surface de. o",3o sur o",4o, représente l'énorme pression de 1 200000 kilogrammes. La presse employée par M. Rousselon lui donne facilement un million de kilogrammes ; comme celle de M. Braun, elle est mue avec une grande douceur par une petite pompe que fait marcher un renvoi de la machine à vapeur.
Sous cette presse et sur un plan d'acier parfaitement dressé, on met une plaque de métal d'imprimerie (alliage de plomb et d'antimoine) de I centimètre d'épaisseur environ. Sur cette plaque, dont la surface est rigoureusement nettoyée, on pose le relief de gélatine face contre face ; à la rigueur, la gélatine peut être* retournée, mais l'épreuve obtenue donne moins de finesse; sur la gélatine on met un second bloc d'acier bien dressé et l'on commence la pression.
La gélatine et le métal se trouvent ainsi pris entre deux plans ; sous Teffort considérable et plusieurs fois répété de la presse, le métal devient parfaitement plan, il s'écrase en diminuant un peu d'épaisseur, la gélatine y pénètre sans altération aucune ; on la retire telle qu'on l'a mise, bonne encore pour une deuxième et une troisième pression. Elle laisse dans le métal tous les creux de ses moindres reliefs, le moule est fait, on n'a plus qu'à le parer sur les côtés et à le porter à l'impression.
L'impression sur papier, qui semble des plus simples, offre cependant une foule de difficultés de détail, que M. Rousselon a surmontées une à une avec la plus grande persévérance et la plus heureuse habileté, et, aussi bien pour l'obtention du moule que pour l'impression de l'épreuve, il a pu rendre pratiq^et courant un procédé qui, au début, offrait des difficultés et des inégalités qui semblaient insurmontables. C'est par des améliorations successives, portant aussi bien sur les appareils mécaniques que sur les
l36 LES PMOGfttS DE LA rOOTOGRAPHIB.
plus petits détails de la main-d^œaTre qu'il est parvenu à une febrication parfaitement régulière et économique.
Le moule prêt à imprimer est porté sur une petite presse à plateau horizontal et à pression verticale, qui n'est pas sans analogie avec une presse à copier. Le moule, placé sur la table inférieure, est calé parfaitement de niveau, de telle sorte que le plateau supérieur, en s'abaissant sur lui, porte régulièrement sur toute la surfece; une série de six presses semblables est installée sur une table tournant autour d*un axe; l'ouvrier, sans changer de place, feit le service de ces six presses en les feisant passer successivement de^-ant lui.
La presse étant ouverte, l'ouvrier passe l^remrat sur le moule un chiffon gras; il verse à la surface un peu d'une solution chaude de gélatine teintée avec la couleur que doit avoir l'épreuve, sur cette gélatine il place une feuille de papier préalablement détendue à l'humidité; il abaisse le plateau supérieur et donne une légère pression ; il passe au deuxième, puis au troisième moule, et ainsi de suite jusqu'à ce que le pronier revienne devant lui. Sous la pression donnée, l'encre gélatineuse s'est étendue partout, elle s'est écoulée par les bords : puis elle s'est refroidie, a feit prise en gelée, et, quand le tour donné à la lable ramène cette presse devant le tireur, il relève le plateau, soulève doucement la feuille de papier qui entraîne avec elle Tépreuve en gélatine encore sans consistance, et il recommence Topération.
Les épreuves obtenues, mises à plat sur une table à côté, prennent d'abord plus de fermeté par un refroidissement plus complet; elles sont i»[isuite passées dans un bain d'alun, lavées, séchées, vernies, coupées et collées sur bristol. On obtient ainsi par tous les tanps un tirage rapide, régulier et solide.
Le papier àjemployer est encore un des écuels du procédé ; car, sous l'influence de Thumidité, le grain ressort et parait ensuite sur la gélatine après dessiccation. C'est par de nouveaux encoUages spéciaux et des satinages très-soignés que M. Rousselon a pu obvier à cet inconvénient.
fl est nécessaire de prendre quelques précautions pour m<mter ces épreuves sur bristol, afin que la gélatine, ramollie par l'humidité, ne soit pas altérée par le frottement ; pour cela les épreuves sèdies sont couvertes au dos avec une couche de colle d'amidon &ite avec de l'eau alunée, ce
ÈVkliX PHOTOGRAPHIQUES. iS*]
qui empêche déjà la pénétration de Thumidité dans la pâte du papier; l'image encollée est étendue quelque temps à plat pour que le papier se détende, puis appliquée ensuite sur le bristol. On recouvre alors d*un buvard et Ton passe soit la main, soit le rouleau, pour assurer Tadhérence.