ÉMAUX PHOTOGRAPHIQUES
Nous avons expliqué, page iio, que les bichromates solubles (bichromate de potasse ou d'ammoniaque) ont sur les matières sucrées, telles que le sucre cristallisé, la glucose, le miel, etc., une action qui présente une grande analogie avec celle qu'ils exercent sur la gélatine. Ces sub- * stances, étendues en couches minces et séchées, prennent, sous l'influence de l'atmosphère, un état hygrométrique tel, que si l'on passe à leur surface des matières pulvérulentes, celles-ci y adhèrent immédiatement. Mais, si ces substances sucrées sont mêlées de bichromate soluble et plus ou moins exposées à la lumière, cet état hygroscopique est modifié ; il cesse complètement dans les parties fortement insolées et diminue proportionnellem^t à l'intensité lumineuse. Les poudres que l'on projette à la surface adhèrent donc plus ou moins et dessinent ainsi une véritable image photographique. Si, au lieu de simples poudres colorées, on a employé des poudres d'émail, on a une épreuve photographique qu'il est possible de cuire à la température rouge de la moufle d'émailleur et qui constitue une image vitrifiée et inaltérable.
Ce procédé, très-délipat dans la pratique, est surtout bien exécuté en France. MM. Lafon de Camarsac, Gougenheim, Mathieu Déroche, Pinel- Peschardière, M"* Mezzarra en ont fait une application courante aux portraits. Nous citerons tout particulièrement M. le comte de Roydeville qui s'est adonné comme amateur à ce genre de travail et a obtenu des plaques émaillées très-remarquables comme grandeur et conune perfection.
Nous nous bornerons à donner l'ensemble du procédé en renvoyant pour les détails aux Traités spéciaux de M. de Lucy-Fossarieu (*) et de
(*) Émaux photographiques f par Geymet et Alker, a* édition; 1872. — Photographie sur émail ^ fajrence et porcelaine, par de Lucy-Fossarieu; 1869. — td,f par ANTOINE MA^tTiN ; Weimar, 1872.
l38 LES PROGRtS DB LA PHOTOGRAPHIE.
M. Geymet ; on trouvera dans ces Traités une description minutieuse des diverses phases de l'opération, qui demande une grande habitude, beaucoup de soin et d'habileté.
On commence par préparer la liqueur destinée à donner la surface sensible : c'est toujours un mélange de sucre, ou de glucose, ou de miel avec un bichromate alcalin.
Formule de M. Gevmet :
Eau distillée ou filtrée loo**
Miel épuré o,5o
Sirop de sucre préparé 2"
Gomme arabique en poudre 5^
Solution saturée de bichromate d'ammoniaque i5 à 20"
Formule de M. de Lucy-Fossarieu :
N° 1 . Mettez dans un grand bocal ( i litre ou plus) 5oo»' de borax du commerce et remplissez d'eau filtrée, agitez de manière à avoir une solution saturée.
N"* 2. Dans un autre flacon, faites une solution de :
Sucre blanc 2q</'
Gomme arabique 60**"
Eau 1000"
et après dissolution ajoutez 5oo** de la dissolution saturée de borax (n* 1).
N* 3 . Dans un troisième flacon, mélangez :
Miel pur 20*'"
Solution de borax (n° 1) 20"^
N** 4. Solution saturée de bichromate d'ammoniaque.
(Pour faire une solution réellement saturée, on fait dissoudre à chaud un excès de bichromate d'ammoniaque, et le lendemain on décante la liqueur qui surnage les cristaux qui ont dû se former par le refroidissement. Ce liquide est certainement à l'état de saturation.)
Pour faire la liqueur sensible, on mélange :
Liqueur n** 2 6**
Liqueur n* 4 4**
Eau filtrée 10''*'