ÉPREUVES NÉGATIVES. - COLLODION HUMIDE
Nettoyage des glaces. — Nous avons indiqué Tacide nitrique étendu de son volume d'eau comme donnant un très-bon résultat pour décaper rapidement les glaces. Dans la pratique, surtout si Ton n'a pas une installation spéciale, ce mélange est d'un emploi assez désagréable, tant à cause des vapeurs qu'il répand que par le danger de taches que présente le maniement d'une masse considérable d'acide.
M. Carey-Lea a paré à l'inconvénient des vapeurs acides en substituant une solution ne donnant ni vapeurs ni odeurs, formée de
Bichromate de potasse 60*''
Acide sulfurique 60
Eau ordinaire 1000"
Toutefois l'action est moins énergique et elle est même insuffisante si la glace est recouverte d'un bon vernis.
Nous préférons actuellement employer une lessive de carbonate de soude, soit :
Carbonate de soude 5o«''
Eau ordinaire 1000*""
Si l'on veut une action très-énergique, il suffit d'ajouter 25 grammes de chaux vive que l'on éteint préalablement avec un peu d'eau. Ce traitement des glaces peut se . faire à froid, il demande seulement quelques heures pour enlever les couches collodionnées, vernies, albuminées, etc.; l'action est plus rapide si l'on opère à chaud ; on facilite le nettoyage s'il
ÉPRBUTES NÉGATIVES. — GOLLODION HUMIDE. 1 1
est nécessaire en grattant un peu avec un couteau à palette. En doublant les proportions de carbonate de soude et de chaux, la réaction se fait en quelques minutes ; mais cette lessive devient tellement caustique qu'on doit éviter de la toucher, car elle dissout rapidement la peau.
Après ce traitement, les glaces sont d'abord rincées à l'eau, passées dans un bain légèrement acidulé par l'acide chlorhydrique (5 d'acide pour loo d'eau), afin d'enlever les dernières traces du dépôt de carbonate de chaux qui se forme toujours, rincées de nouveau, puis essuyées au papier de soie; on peut même les laisser sécher sur l'égouttoir.
Ainsi traitées, les glaces sont parfaitement nettoyées, décapées et prêtes à subir le dernier polissage.
Bien des formules ont été données pour le polissage des glaces; l'alcool, l'ammoniaque étendue, les vieux collodions, le cyanure de potassium, les solutions alcooliques de savon ont été successivement proposés avec addition de tripoli ou de terre pourrie. Nous condamnons, d'une manière absolue, l'emploi du cyanure de potassium qui, dans cette application, ne présente que des dangers sans aucune compensation.
Pour notre usage, nous préférons le mélange suivant :
Eau ! aoo"
Terre pourrie 75*''
On y ajoute la quantité d'eau iodée nécessaire pour obtenir la teinte rouge clair, environ un quart du volume. L'eau iodée, dont nous ferons un usage assez fréquent, est préparée comme il suit :
Eau 25o**
lodure de potassium 5^"^
Iode en paillettes i^', 25
La dissolution se fait mieux en ne secouant pas le flacon.
On ï)eut remplacer le polissage des glaces par un albuminage préalable ; dans ce cas, après avoir rincé la glace et l'avoir laissé sécher spontanément sur le support, on la couvre d'une couche d'albumine très-étendue, comme nous l'expliquons plus loin (page 28) , et on la remet à sécher sur le support. On peut craindre cependant, avec ce procédé, que le bain d'argent ne soit altéré à la longue par le contact de Talbumine.
Collodion. — - Les formules diverses de collodion, déjà si nombreuses, ont été toujours en augmentant ; il est peu de photographes de profession ou d'amateurs qui n'aient leur formule particulière à laquelle ils attribuent une réussite due surtout à Fhabitude. Nous nous bornerons donc à ajouter une seule formule à celles que nous avons données, page 146 de la CA/mie photographique y iparmi lesquelles nous recommandons les deux premières. Cette formule nouvelle est une simple moyenne calculée sur l'ensemble d'une foule de formules recueillies dans les Ouvrages français et étrangers; nous nous sommes efforcé de simplifier les rapports et nous avons éliminé toute complication de fractions qui n'ont aucune valeur.
Avec des produits aussi purs qu'il est possible de se les procurer, on fait un collodion normal, en mettant dans un flacon d'un litre :
Éther sulfurique rectifié à 62 degrés 600**
Coton-poudre 10 à la*'
On agite de manière à distendre toutes les fibres du coton ; celui-ci ne doit pas se dissoudre môme partiellement : ce serait l'indice que l'éther contient de l'alcool ; d'autre part on mesure :
Alcool rectifié à 40 degrés 3oo"
et l'on ajoute cet alcool dans l'éther par petites parties en agitant chaque fois ; on voit alors le coton se gonfler, se diviser de plus en plus et disparaître complètement.
En opérant comme nous le conseillons, on évite la formation de grumeaux gommeux que l'on aurait ensuite beaucoup de peine à dissoudre.
Ce collodion, mis au frais, se conserve très-longtemps.
Après vingt-quatre heures de repos, les parties non dissoutes se sont déposées au fond du flacon et l'on peut sans ôltration décanter doucement la quantité que l'on veut iodurer.
La liqueur iodobromurée est composée de :
Alcool absolu 250**
lodure d'ammonium lo*'"
lodure de cadmium 10
Bromure de cadmium 10
ËPREUTES NÉGATIVES. — GOLLODION HOMIDB. l3
Après solution parfaite, on filtre ou on laisse reposer au moins vingtquatre heures ; on ajoute lo centimètres cubes de cette liqueur iodobromîirée pour 90 centimètres cubes de collodion normal, ce qui constitue pour 100 centimètres cubes de collodion la dose généralement admise de o^'jSo d'iodure et o''',4o de bromure solubles, 60 centimètres cubes d*éther pour 40 centimètres cubes d'alcool, et de i à i''',2o de coton. Si ce dosage donne des couches un peu trop transparentes à la sensibilisation dans le bain d'argent, on augmente la dose de liqueur iodobromurée.
Grénéralement, il faut ajouter dans ce collodion préparé une parcelle d'iode pour lui donner une teinte franchement ambrée; si les premiers essais donnent un négatif piqué de petites comètes blanches ou noires., on y remédie de suite par une nouvelle parcelle d'iode dans le collodion. Si le négatif est enfumé, il faut employer le même remède ou acidifier très-légèrement le bain de nitrate d'argent, soit une à deux gouttes d'à* cide nitrique pour 5oo centimètres cubes de bain. On doit cependant tâcher de reconnaître si le voile enfumé provient du collodion ou du bain pour appliquer le remède à l'un ou à l'autre. On essaye le bain de nitrate d'argent au papier de tournesol, et, s'il lui communique la plus légère teinte rouge, il est suffisamment acide : c'est le collodion qu'il faut traiter. Si, au contraire, le collodion a une teinte franchement ambrée et persistant pendant plusieurs jdurë, il est probable que le voile vient du bain d'argent.
Bain d'argent. — Dans le procédé au collodion humide, l'état du bain d'argent a une importance au moins aussi grande que la bonne qualité du collodion. S'il est facile de faire un bain d'argent excellent au début, en employant du nitrate d'argent pur ou du nitrate d'argent recristallisé, c'est-à-dire purifié par une seconde cristallisation dans l'eau distillée, comme le recommandent les opérateurs anglais, il n'est pas facile de le conserver longtemps à cet état, car les plaques collodionnées qui y sont plongées peuvent l'altérer rapidement en y introduisant des éléments étrangers dus, soit au coton qui s'y dissout partiellement, ainsi que l'a démontré M. Camuzet, soit aux impuretés de l'alcool ou de l'éther, soit enfin aux nitrates alcalins ou métalliques qui résultent forcément de la formation des iodure et bromure d'argent.
■ 4 LES PROGRÈS DE tk PBOTOGRAPUll.
Varna ces impuretés, celles qui ont la plus fâcheuse influence sont celles qui résultent des éléments organiques ; mais ce sont aussi celles dont on peut se débarrasser le plus fiacilement par le procédés! simple de la sblarisation, c'est-à-dire de l'exposition prolongée en pleine lumière et même au soleil. Nous pensons, conformément au conseil donné précédemment, que tout photographe doit avoir deux bains d'argent dont il se sert alternativement, utilisant Tun pendant que l'autre se purifie au soleil.
Sous l'influence des rayons lumineux, la majeure partie des matières organiques est brûlée par le nitrate d'argent qui est réduit en même temps, et de très-faibles quantités d'acide nitrique mises en liberté contribuent pour leur part à rendre les épreuves plus brillantes et plus pures.
Cette solansation a un effet plus prompt si, avant d'exposer le bain à la lumière, on a eu le soin de le rendre légèrement alcalin, soit par un peu de carbonate de soude, soit par de l'oxyde d'argent; mais alors le bain ne peut revenir de lui-môme à l'état acide, et il faudra l'acidifier par tâtonnements avant de s'en servir; il nous parait préférable d'exposer le bain au soleil sans le modifier : la réaction se fait plus lentement, mais en restant dans de bonnes conditions.
Pour le bain d'argent, on donne comme dosage moyen :
Nitrate d'argent pur et cristallisé ; y*'
Eau distillée loo"*
En hiver, on peut monter la dose de nitrate d'argent à 8 grammes pour loo d'eau.
Lorsqu'il y a des poses prolongées, faites au coUodion humide, il arrive fréquemment qu'il se produit au développement des réductions et des taches dues à une dessiccation partielle. Ces réductions se forment d'autant plus vite que Ton a employé un bain d'argent plus ancien, par conséquent plus alcoolique et plus chargé d'iodure d'argent.
Dans ces conditions, il est bon de sensibiliser la glace collodionnée dans un bain ordinaire, et, quand la réaction est complète, on passe la glace pendant quelques instants dans un second bain de môme force que le pre- «pier, mais n'ayant que peu ou pas servi. Ce second bain n'étant ni alcoo-
ÉPREUVES NÉGATIVES. — GOLLODION HUMIDE. l5
lique, ni chargé d'impuretés, la dessiccation se fait moins rapidement, et il devient possible de prolonger la pose sans qu'il se forme trop de réduc* tiens; on peut aussi retarder Févaporation en mettant dans la chambre noire une cuvette contenant un mélange d*eau et d'alcool à parties égales ou un buvard imprégné de ce même mélange ; l'atmosphère de la chambre noire se sature de ces émanations et il est possible d'obtenir une pose beaucoup plus longue.
Quelques opérateurs se préoccupent beaucoup de l'affaiblissement du bain d'argent par la sensibilisation d'un grand nombre de glaces ; nous croyons qu'il n'est pas nécessaire de s'en inquiéter, car 170 parties d'azotate d'argent sont décomposées par 182 d'iodure de cadmium, ou 144 d'iodure d'ammonium, ou i36 de bromure de cadmium, ou 98 de bromure d'ammonium, ces sels supposés anhydres. Si nous établissons une moyenne, nous voyons qu'à très-peu près, pour décomposer i gramme d'azotate d'argent, il faut i gramme des iodures et bromures dissous dans le collodion; or, dans un litre de coUodion, il y a (formule courante] 12 grammes d'iodure et bromure; dans un litre de bain d'argent, il y a 70 à 80 grammes d'azotate ; il faudrait donc que le litre de coUodion en entier passât dans le litre de bain d'argent pour que le titre de celui-ci baissât de I à 1 1 pour 100. Dans ces conditions, c'est le volume du bain d'argent qui diminue plus vite que son titre, et l'on sera sûr de rester dans les conditions normales, si, pour le ramener à son volume primitif, on fait la quantité de bain neuf nécessaire à 8 ou 9 pour 100 au lieu de 7 pour 100.
Néanmoins, dans le cas où l'on voudrait titrer Je bain négatif, il ne faut pas avoir recours au pèse-sel, dont les indications seraient faussées par la présence de l'alcool, de l'éther et autres substances étrangères; on peut employer les moyens que nous avons donnés page 407 et suivantes de la Chimie pliotographique.
Le titre du bain d'argent doit être proportionné aux quantités d'iodure et de bromure solubles que contient le coUodion, un peu aussi à la nature du coton-poudre. Avec un bain trop faible, tantôt il se fait sur la glace une sorte de moiré mat irrégulier, des jaspures, que l'on aperçoit mieux par transparence après la sensibilisation ; ces jaspures se manifestent de préférence du côté de l'angle d'écoulement ; tantôt il se forme des raies mates, longues, régulières et serrées comme des dents de peigne ; ces
l6 LES PROGRÈS DE LÀ PHOTOGRAPHIE.
raies commencent par le côté de la glace qui, le premier, est recouvert par la nappe liquide au moment de la sensibilisation ; elles s'avancent quelquefois au tiers et même à la moitié de la glace.
Lorsque ces accidents se sont produits, nous les avons toujours vu disparaître en ajoutant au bain i à 2 pour 100 de nitrate d'argent. Si le coUodion est très-chargé de bromure soluble, ou même préparé au bromure seul, on doit employer des bains d'argent très-riches à 1 5, 18 et même 20 pour 100, sinon la double décomposition est excessivement longue : jusqu'à présent on a rarement employé les bromures seuls pour le collodion humide.
Mise an point. — - La mise au point ordinaire , soit pour le portrait, soit pour le paysage, est facile : on doit, autant que possible, maintenir la chambre noire horizontale pour ne pas déformer les lignes; il est donc préférable, pour l'atelier, d'avoir un pied qui puisse se baisser trèsbas ou une sorte d'estrade pour élever le modèle ; pour le paysage, au contraire, il est souvent favorable d'avoir un pied qui puisse s'élever assez haut pour voir au-dessus d'une foule d'accidents de terrain qui apportent soit une gène, soit même une impossibilité à la prise d'un point de vue ; mais, si rien ne s'y oppose, le meilleur est de prendre ce point de vue tel qu'on le voit, plutôt de bas que de haut.
Lorsqu'il s'agit de reproductions rigoureuses, la mise au point est plus difficile, car il faut satisfaire à une série de conditions indispensables que nous devons d'abord rappeler.
La glace dépolie, l'objectif et par conséquent les lentilles qui le forment doivent se trouver dans une série de plans parallèles ; lorsqu'on peut placer l'appareil verticalement, il est facile de s'assurer de ce parallélisme au moyen du fil à plomb. L'axe optique de l'objectif, c'est-à-dire la ligne imaginaire qui passe par le centre des diverses lentilles, doit tomber perpendiculairement sur le milieu de la glace dépolie, sur laquelle le point correspondant à cet axe optique sera marqué par l'intersection de deux lignes formant la croix. Pour connaître ce point d'une manière certaine, on couvre les deux lentilles de l'objectif avec deux papiers opaques percés d'une très-petite ouverture centrale correspondant au centre de chaque lentille, on obtient ainsi sur la glace dépolie un cercle lumineux, dont le centre est l'axe optique. La chambre noire doit être construite
ÊPREUYES NfiGATI^ES. -- GOLLODION HUMIDE. 17
avec assez de soin pour que, dans les mouvements de la glace dépolie, il ne se produise pas de dérangement dans le parallélisme.
La chambre noire étant ainsi disposée par le seul fait d'une bonne construction, il est nécessaire que le $ujet à reproduire, qui dans ces circonstances présente toujours une surface plane (gravures, cartes de géographie, tableaux, plans, etc.), soit placé devant la chambre noire, dans un plan parallèle à ceux de la glace dépolie et de l'objectif, et le milieu du sujet doit être le prolongement de l'axe optique sus-mentionné, si bien que la ligne droite, partant du point milieu de la glace dépolie, passant par le centre des lentilles de l'objectif, doit tomber perpendiculairement sur le point marqué comme étant le point milieu de l'image ou de la partie de l'image à reproduire.
M. Huguenin, chargé de la reproduction des Cartes géographiques pour l'Atlas des ports de France, nous a donné, pour la communiquer à la Société de Photographie, une excellente méthode pour chercher rapidement ces diverses conditions et vérifier si elles sont réalisées.
n prend une petite glace ronde ou carrée de o",io environ de diamètre ou de côté; au moyen de trois vis calantes fixées au dos, il règle l'aplomb de cette glace de telle sorte que, mise sur un plan, la face étamée soit parallèle à ce plan ; cq miroir ainsi disposé servira pour toutes les reproductions.
On pose le miroir sur le milieu de la surface à reproduire, et, le maintenant dans cette position par une simple attache, on regarde sur le verre dépoli de la chambre noire.
Supposons que du premier coup les positions soient exactes et le parallélisme parfait , l'image de l'objectif se reflétera sur le milieu du miroir, et, comme les rayons qui forment cette image tombent perpendiculairement, ils seront renvoyés rigoureusement sur eux-mêmes, passeront par les lentilles de l'objectif et viendront former sur la glace dépolie une image ronde dont le centre sera le point marqhé comme étant le prolongement de l'axe optique. Si, au contraire, le parallélisme n'est pas exact, l'image de l'objectif se fera sur la glace dépolie, en dehors du milieu tracé, et l'on devra rectifier ou faire rectifier la position du modèle jusqu'à ce qu'on ait réalisé les conditions voulues, ce à quoi l'on parvient très-rapidement.
DéTeloppement. — Pour le coUodion humide, les formules de révéla-
l8 LBS ÉPRBUYES DE LA PHOTOGRAPHIE.
teur généralement employées n*ont pas subi de modifications notables; c*est toujours la solution de sulfate de protoxyde de fer plus ou moins diluée. On a proposé un grand nombre de mélanges ou d'additions dans le bain de fer; la gélatine, ralbuminoi, le sucre, le sucre de lait ont été préconisés tour à tour; l'emploi de ces diverses formules donne peutêtre plus de pureté dans les transparences du cliché, mais moins de rapidité. La formule que nous avons adoptée, parce qu'elle est à la fois simple et d'un bon emploi dans la pratique, est :
Eau ordinaire. looo**
Acide pyroligneux (acétique ordinaire) 5o
Alcool 5o
Sulfate double de fer et d'ammoniaque 50^"
Quelques praticiens proposent une solution plus étendue et ne mettent que 3o grammes de sulfate double de fer et d'ammoniaque pour i litre d'eau.
La quantité d'alcool doit être augmentée peu à peu, à mesure que le bain d'argent devient lui-môme plus alcoolique ; on s'en aperçoit dès que la solution de fer mouille irrégulièrement la glace qu'on développe.
Si le révélateur produit des espèces de rayons partant du point où il a été versé pour s'étendre sur l'image, on doit ajouter yn peu plus d'acide pyrpligneux.
Lorsqu'on recherche les épreuves douces, très-développées et trèsfouillées, il est bon de laver abondamment le cliché avec cette solution de sulfate de fer, en la versant à plusieurs reprises, de manière à éliminer l'excès d'argent; l'épreuve se développe ainsi doucement sans que les grandes lumières prennent trop d'intensité. Après ce développement, qui est fait avec très-peu de nitrate d'argent, si l'épreuve n'atteint pas l'intensité désirable, on peut lui donner la vigueur avec un peu de solution d'argent très-faible à 2 'ou 3 pour 100, additionnée d'alcool à 5 pour 100, et d'acide acétique à 5 pour 100, que l'on fait suivre d'une nouvelle nappe du bain de fer ci-dessus (voir pages i83 et 184 de la Chimie photographique). L'épreuve peut être renforcée soit avant le fixage, soit après, soit même après le vernissage ; mais il faut alors la dévernir avec beaucoup de soin ; dans ces conditions le renforcement ne se fait pas sans quelques dangers pour le cliché. Lorsqu'on emploie, après le fixage, des solu-
ÉPREUVES NÉGATIYES. — GOLLODION HUMIDE. I9
lions de renforcement quelconques, il est nécesssaire que les lavages soient très-soignés et que les solutions de renforcement soient très-acides.
Il convient parfois d'avoir des négatifs très-vigoureux et en môme temps * très-purs : tel est le cas pour les reproductions de gravures, de plans, etc., surtout lorsque ces négatifs doivent ensuite servir pour les tirages aux encres grasses. On doit alors préférer les coUodions vieillis, renfermant peu ou point de bromure et donnant au développement des images franchement heurtées; on doit poser juste le temps nécessaire pour obtenir tous les détails : l'excès de pose est nuisible, car il empâte les traits.
Mais le plus souvent, dans ces circonstances, les parties noires du cliché sont beaucoup trop transparentes, et il faut avoir recours à un renforcement énergique que l'on obtient par divers moyens. On doit rejeter ceux qui produiraient un nouveau dépôt d'argent abondant et grossier, tel que le sulfate de fer mélangé d'azotate d'argent ; cette méthode
amènerait rapidement l'empâtement des traits délicats ou un voile général sur l'épreuve.
On peut employer, comme moyen de renforcement, le bichlorure de mercure, soit seul, soit suivi d'autres réactifs, comme l'hyposulfite de soude, le sulfhydrate d'ammoniaque, ou mieux la solution de monosulfure de sodium à 5 pour loo ; l'eau iodée donne aussi de bons résultats.
Sur le cliché fixé et bien lavé versez une solution saturée de bichlorure de mercure (cette substance, nommée aussi sublimé corrosif , est un poison très-énergique); l'eau en dissout à froid 7 grammes pour 100 centimètres cubes d'eau environ; on facilite la dissolution par quelques gouttes d'acide chlorhydrique : le premier eflFet est de rendre le cliché plus noir ; on peut s'arrêter à ce moment. Si on laisse l'action continuer, peu à peu on voit l'image tourner au blanc bleuté; arrivée à ce point, on la lave bien et l'on peut substituer au bichlorure une solution d'hyposulfite de soude à i5 pour 100 qui ramène l'épreuve vers le noir. On peut aussi employer le sulfhydrate d'ammoniaque, mais à la condition d'opérer à l'air libre à cause de son odeur repoussante ; le monosulfure de sodium, dont l'odeur est à peine sensible, le remplace avantageusement. Les vernis résineux alcooliques font tomber l'intensité de ces clichés; il faut les gommer et, s'il est nécessaire, les vernir par-dessus la gomme.
L'eau iodée peut donner un renforcement léger ou très-énergique, à la volonté de l'opérateur. Nous l'employons de la manière suivante :
On met dans un verre moitié eau et moitié eau iodée, faite suivant la formule :
Eau 25o**
lodure de potassium 5*'
Iode en paillettes i*', 25
et le cliché bien fixé et bien lavé est couvert avec ce liquide que l'on verse et reverse plusieurs fois sur la glace, en ayant soin de "changer chaque fois la place sur laquelle on verse, parce que le choc du liquide versé accélère l'action sur ce point en déplaçant l'eau dont le collodion est imprégné ; on met toute son attention pour avoir une action régulière. On voit alors le cliché changer rapidement de teinte, parce qu'il se forme une quantité d'iodure d'argent qui va toujours croissant. On doit s'arrêter bien avant que l'épreuve passe au jaune, ce qui serait le résultat final : on se contente généralement d'un ton brun moins perméable aux rayons lumineux que le ton primitif de l'épreuve, on laye avec beaucoup de soin, on passe rapidemenrdans une solution très-faible d'hyposulfite de soude (5 pour loo au plus); sans cette dernière précaution, le cliché se modifie peu à peu sous l'influence de la lumière et devient tellement opaque qu'on ne peut plus l'utiliser; cette propriété pourrait être employée, à la rigueur, comme moyen de renforcement, mais il serait peut-être diflScile de l'arrêter au moment voulu. On arrivera à telle intensité que l'on voudra si, après avoir passé à l'eau iodée et avoir bien lavé, on couvre le cliché, en plein jour, avec la solution faible de nitrate d'argent acidulée préparée pour renforcer. L'iodure d'argent formé devient immédiatement sensible, car il y a iodure d'argent avec excès de nitrate, et l'épreuve remonte en la couvrant avec la solution pyrogallique acide formée de :
Eau 250**
Acide pyrogallique i»'
Acide acétique, environ % lo"
ÉPREUTES NfiGÀTlYES. — GOLLODION HUMIDE. !il
Ce nouveau développement se fait plus lentement et mieux si, au lieu d'acide pyrogallique seul, on emploie le mélange de :
Eau looo''''
Acide gallique 3«'
» pyrogallique 3
» acétique 1 5 et même 3o'
ce
Ce révélateur, qui ne pourrait convenir pour le premier développement de l'image faite au collodion humide , parce qu'il serait beaucoup trop lent, convient au contraire très-bien toutes les fois qu'on veut remonter une épreuve ; il se maintient limpide beaucoup plus longtemps et il est facile de surveiller son action.
Fixage. — Nous n'avons rien à dire du fixage, pour lequel nous préférons toujours l'hyposulfite de soude à 20 pour 100. Quelques auteurs ne craignent pas d'indiquer le cyanure de potassium et on l'emploie dans beaucoup d'ateliers, parce qu'il est plus commode, parce qu'il donne des épreuves plus éclatantes ; en réalité il ronge facilement les demi-teintes, et si le dépôt d'argent qui forme l'épreuve prend plus d'éclat, si le négatif est plus séduisant par réflexion, il n'en est pas meilleur. C'est un produit des plus dangereux au moment de son emploi et dangereux encore par les suites qu'il amène : on doit autant que possible éviter son usage dans les opérations photographiques.
Vernis. — Le simple vernis à la gomme laque, formé de 10 parties de bonne gomme laque blonde pour 100 centimètres cubes d'alcool à 40 degrés, nous a toujours donné la satisfaction la plus complète au point de vue de la résistance à la chaleur et à l'action du nitrate d'argent; nous avons tel cliché qui tire depuis plus de dix ans sans être endommagé : aussi nous n'indiquons que cette formule en faisant la recommandation de bien laver le cliché avant de le vernir, pour éliminer toute trace d'hyposulfite de soude qui, sans cela, viendrait cristalliser comme un givre à la surface et perdrait l'épreuve, ensuite de bien sécher la couche de collodion et de ne chauffer la glace qu'à une douce température toujours rès-supportable à la main.
n arrive quelquefois, quand on a opéré avec des collodions vieillis ou altérés, lorsque les glaces n'ont pas été sufQsamment nettoyées, qu'il
23 LIS PBOGRlS Bl LA PBaîOCmAPBR.
se produit des rédactions d*ai^ent dans les parties claires da diché * en séchant, ces parties deviennent irisées, et le pins souvent le collodion se soulève et se déchire en se détachant de la glace. Dans ces conditions il est rare qu'on ait une bonne épreuve; fl se peot néanmoins qu'on ait intérêt ou plaisir à la conserver telle quelle ; il suffit alors, après un dernier lavage et égoutlage, de passer sur le cliché à deux reprises une solution de gomme arabique à lo pour loo; on laisse sécher et Ton vernit ensuite sans crainte de voir le collodion se déchirer. D est bon d'avoir toujours sous la main cette solution de gomme prèle pour tous senices. On peut en faire à l'avance i litre qui se conserve, si on a la précaution d'y ajouter quatre à cinq gouttes d'acide phénique ou d'essence de girofle.
Modifications an procédé dn collodion humide. —Nous plaçons ici entre les deux méthodes humide et sèche quelques considérations et quelques modifications données pour les préparations du collodion humide et ayant pour but d augmenter en même temps la rapidité et la conservation de la préparation.
La présence du nitrate d'argent dans le collodion humide avait toujours été présentée comme une des plus puissantes causes d'accélération, parce qu'elle donne en quelque sorte, à l'état naissant, les selssmisibles iodure et bromure d'argent, et surtout parce qu'elle favorise Faction lumineuse par l'affinité de l'argent pour l'iode et le brome. On a laissé passer sans une suffisante attention un MénK)ire du D** Millier, lu devant la Société de Londres, sur \e Pouvoir diactinique ou transparence de certains corps pour les rayons chimiques de la lumière. Dans le tableau qui accompagne le Mémoire publié en i863, nous voyons que l'acide nitrique seul ou combiné est très-difficilement traversé par les rayons chimiques ; c'est ainsi que le nitrate de potasse, le nitrate de soude, le nitrate d'argent retardent considérablement l'impression lumineuse (')en arrêtant les rayons bleus et violets, et en ne laissant passer que les rayons les moins réfrangibles (rouge, orangé, jaune, vert).
Les essais faits en 1868 par M. le général Mongin(^),bien qu'ils n'aient
(*) Bulletin de la Société française de Photographie y année 1866, p. 232. — La "Photographie au point de 'vue chimique; par M. Spiller.
(•) Bulletin de la Société française de Photographie, année 1868, p. 72.