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CHAPITRE X LE PRINCIPE ÉCONOMIQUE

On connaît déjà le principe économique, nous n'avons pas pu éviter de le mentionner dans les chapitres qui précèdent, il convient néanmoins de s'y arrêter un moment. Ce principe peut être formulé de différentes manières:

Tendre à obtenir le plus grand résultat avec le moindre effort ;

Produire aux moindres frais possible (cà qualité égale);

Employer les moyens les plus efficaces.

Ce principe est contenu dans le mot économie entendu dans le sens de bonne administration, c'est-à-dire de l'emploi judicieux des capitaux aussi bien que des produits, évitant les dépenses inutiles ou exagérées, sans tomber dans l'avarice. C'est par jjreY'oyrmce qu'on est économe, c'est-àdire qu'on se réserve le moyen de satisfaire les besoins futurs.

Les économistes français n'ont pas complètement négligé le mot « économie », voyez J.-B. Say, Cours, II, p. 236, Courcelle-Seneuil à la première page de son Traité l'ont définie, mais en voyant le fréquent usage qu'en font les Allemands, et les services qu'il leur rend, on ne peut que regretter que nous laissions ce mot rouiller dans le dictionnaire. 11 nous manque, par exemple, un terme pour désigner un individu en activité économique, une unité économique active, un sujet économique, ce concept, les

Allemands le rendent par : une économie [eine Wirlhschaft) (1), une économie individuelle [Einzolwirtln^chnfi)^ une économie privée [Privatwirlhschaft), et dans plus d'une définilion le « chaque économie » des Allemands donnerait plus de précision à la pensée que noire « chaque individu ». En France, il faut être radical pour oser innover dans le langage.

C'est donc l'emploi judicieux des forces et des matières pour la satisfaction actuelle et future des besoins, qui est le principe économique. Des adversaires ont cru l'abaisser en disant: mais c'est simplement l'action de la raison que vous décrivez. — On croit abaisser une vérité en disant qu'elle est évidente et que tout le monde la connaît, en un mot que c'est un « truisme ». — Sans doute, un principe économique émane de la raison, et nous nous en vantons. Nous n'avons qu'un regret, c'est qu'il y ait tant de réfractaires à ses conseils. C'est en effet la raison qui conseille d'économiser et de prévoir l'avenir, et plus spécialement, de supporter patiemment un petit mal présent, soit pour éviter un plus grand mal futur, soit aussi pour se procurer un agrément tout à fait compensateur.

Cependant, la raison seule ne serait pas assez forte pour rendre tous les hommes économes et prévoyants, car ils ont des passions qui sont souvent assez vives pour faire taire la raison, et môme pour en fausser l'action. Les passions ont une singulière influence sur Tintelligence, elles produisent des illusions, font voir les choses sous un angle particulier et semblent emprisonner la raison. Mais souvent une circonstance lui vient en aide, c'est la sensibilité de Thomme aux peines et aux plaisirs. Les actes contraires à la raison sont punis par leurs conséquences. Il ne faudrait pas croire, toutefois, que l'homme n'est sensible qu'à la peine

(1) L'expression : un ménage, quoique d'un sens rapprocli6, a encore ses acceptions particulières.

LE PRINCIPE ECONOMIQUE. 2"d

OU au plaisir actuel; non, dans la majorité des cas, l'expérience accumulée par les siècles et recueillie par l'humanité lui fait connaître et prévoir les conséquences futures de ses actes — ou de son abstention d'agir — et il fera le nécessaire pour éviter le mal et jouir du bien. Son intelligence fonctionnera, il deviendra un « sujet économique », c'est-à-dire qu'il mettra en œuvre les lois, les principes, les règles de l'économie politique, et il cherchera à produire aux. moindres frais possible.

Le principe du moindre effort, qui est fondé sur ces particularités de la nature humaine :

1° D'être très sensible à la peine et au plaisir;

2° D'employer l'intelligence pour éviter l'une et se procurer l'autre ;

Explique le phénomène économique peut-être mieux que rérjoïsme, qui a été si longtemps mis en avant en pareil cas. Les adversaires les plus prononcés de l'économie politique, tout en nous reprochant l'égoïsme, comme si nous l'avions créé, ont été obligés de convenir que ce sentiment était général dans les hommes; ils croyaient se poser en moralistes en ajoutant que les hommes ne sont pas purement égoïstes, mais qu'on rencontre chez eux quelquefois des sentiments altruistes, opinion qu'ont soutenue avant eux les économistes « classiques » ou « orthodoxes ». Cette cause de disputes stériles sera écartée par la mise en lumière du principe économique, dont l'iuiportance a d'ailleurs été reconnue par des économistes de la valeur de MM. Ad. Wagner et Schàffle, et avant eux par Quesnay : Dialogues sur les travaux des artisans (Physiocrates, éd. Guillaumin, t. I, p. 191).

Nous prévoyons une objection: si vous vous en tenez au principe économique, que deviendra la morale? L'objection n'est pas sérieuse, car l'économiste est responsable de la science économique et non de la morale. Est-ce que le

malhcmaticien se préoccupe de la bolanique, le légiste de la physique, l'iiistorien de la zoologie? Cliacun doit isoler sa science pour l'étudier dans sa pureté, les mélanges font l'effet des verres colorés dans les lunettes. Il en est autrement pour l'art. C'est dans l'application que l'économiste pourra combiner les notions économiques avec la morale, la politique et avec ce qu'il faudra dans chaque cas. L'occasion de procéder à ces combinaisons se présentera même tout naturellement à celui qui écrira sur les matières économiques et plus spécialement au rédacteur d'un Traité. Supposons qu'un auteur poursuive l'analyse du principe économique pour l'appliquer au plus grand nombre de cas possiide, il est probable qu'en dépouillant son exposé des phénomènes économiques de tous les éléments tirés de la physique, de la chimie, de la physiologie et d'autres sciences, qu'un tel exposé, pour s'en tenir strictement aux éléments économiques, serait plein de lacunes. Gomme tout se lient, le complet isolement pourrait parfois paraître moins utile que la clarté de l'exposition. Il serait peut-être difficile, pour prendre nos exemples dans la pratique, de traiter de l'économie du vêtement, sans parler du coton et de laine, du lin et de la soie. Pourrait-on traiter l'économie rurale, sans mentionner la terre, les plantes, les animaux, et leurs différentes natures? On aurait de même à effleurer le domaine du droit et de la morale, ne serait-ce qu'en faisant remarquer que s'il est plus facile (matériellement) de voler un pain que d'accomplir la série des travaux agricoles et industriels nécessaires pour le produire, l'acquisition d'un oijjet contre le gré du propriétaire n'est pas du domaine économique, l'économie politique n'admet ni les moyens immoraux, ni les moyens illégaux. Il ne s'agit que de contrats conclus enloute liberté,,

Le « principe économique », dès qu'il a été clairement

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