‹ Les progrès de la science économique depuis Adam SmithChapitre 22 sur 35 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

La plus courle définition qu'on ait donnée de la production est celle de Bastiat : produire, c'est conférer de l'utilité. Certains économistes ont remplacé le mot utilité par celui de valeur (échangeable), mais à tort, car on peut produire des utilités tout à fait subjectives, on qui n'ont de valeur que pour le seul producteur. Est-ce que Robinson ne produisait pas? Il est vrai qu'en dehors des cas exceptionnels toutes les utilités produites ont de la valeur (échangeable).

11 y a une autre raison encore pour préférer le mot utilité, c'est qu'il implique plus clairement la cause de la production, savoir: un besoin à satisfaire. On ne produit que parce que la nature ne fournit pas d'elle-même tous les objets ou « biens économiques » qui nous sont nécessaires, l'homme doit donc suppléer à cette insuffisance par les moyens à sa disposition. C'est une de ses supériorités sur les animaux que de savoir produire.

De[)uis J.-B. Say on a troj) souvent répété que produire n'est pas créer, pour (pie nous ayons à démontrer que

l'homme ne peut pas » tirer du néant un atome de matière (Say, Cours, l,p. 81). » L'homme modifie ou transforme une chose existante et la matière est fournie par la nature. La nature est donc un des facteurs ou agents de la production.

La nature fournit certaines matières, certains objets propres à satisfaire immédiatement nos besoins, les autres matières ou objets naturels doivent subir une préparation, qui est précisément la production. Cette préparation incombe à l'homme. 11 y emploie son intelligence, ses facultés, ses forces intellectuelles et ses forces physiques, deux sortes de forces généralement ou du moins souvent associées et dont l'activité est désignée par le mot travail. Le travail est un effort voulu, tendant à un but. Voici un arbre, je veux en faire un bateau ou autre chose; voici des betteraves, je veux en faire du sucre, ou autre chose. Du reste, l'utilité qu'on confère à une chose ne se présente pas uniquement comme un changement de forme, elle peut aussi ne consister qu'en un changement de lieu, un déplacement. Le café du Brésil ne m'est d'aucune utilité si on ne le transporte pas en France. On produit de l'utilité en mettant les choses à la portée des consommateurs.

Dans la production, l'homme est toujours actif, la nature est tantôt active, tantôt passive. Elle n'est passive que sous la forme de matière première, car celle-ci subit l'action des forces qui la transforment. L'activité purement humaine émane des facultés dont nous sommes doués, de notre volonté, notre intelligence, notre goût; la force musculaire est quelquefois classée parmi les forces de la nature, parce qu'elle est plus particulièrement physique, mais à tort, selon nous ; et en effet, la généralité des économistes attribuent à rhomme le travail musculaire aussi bien que le travail intellectuel.

Certains économistes, mais surtout les socialistes, se corn-

plaisent à considcrer l'homme (le travail) comme seul agent de la production. Cette proposition est démentie par les faits les plus patents, et en effet, la nature est également nécessaire à l'œuvre de la production. On creuserait des puits et des galeiies pendant mille ans, qu'on ne produirait pas le moindre atome de houille, si la nature n'y avait pourvu ; l'homme se horne à l'aller chercher dans les entrailles de la terre, comme il poursuit le poisson dans l'eau et le gibier dans la foret. Et les ohjets de consommation immédiate, fruits, or, cuivre natif, que la nature fournit, l'homme a-t-il contribué à leur production? Si, en nous promenant dans un bois, nous cueillons en passant quelques fraises pour nous rafraîchir, ce serait abuser des mots que d'appeler cette cueillette un travail. 11 faut donc, en tout cas, faire la part de la nature à côté de celle du travail.

Cependant, l'homme et la matière première ne suffisent pas à toutes les productions; pour un grand nombre, et des plus importantes, le travail doit disposer de forces qui ne sont pas dans les bras. L'homme les trouvera dans la nature, s'il sait s'en emparer, s'il sait les assujettir et faire travailler pour lui. Mais ici il faudra distinguer.

Au point de vue économique, il y a deux sortes de forces naturelles, les forces libres et les forces appropriées. Les forces libres existent en quantités (relativement) illimitées, les rayons du soleil, le vent, la mer et bien d'autres. On ne dirige pas ces forces, à proprement parler, on se soumet plutôt à leur action, aussi longtemps qu'elle est utile, et l'on s'y soustrait si l'on peut, des qu'elle cesse de l'être. Pour utiliser le vent, on lui présente les voiles d'un navire, les ailes d'un moulin, et l'air en mouvement pousse les unes et les autres. Le vigneron qui veut enfermer dans ses raisins une grande abondance de rayons du soleil, ne le peut qu'en plantant les ceps sur un terrain bien orienté. A

côté de ces forces libres, il y a les forces appropriées, la fertilité d'un sol défriché, la chute d'eau qui fait marcher une usine, et surtout la vapeur ou l'électricité que l'homme a emprisonnée dans une machine ou que le mouvement de cette machine fait surgir. Il y a, comme on voit, des différences dans le mode d'appropriation, mais nous devons les négliger ici, l'appropriation étant le seul point qui nous importe pour le moment, et nous allons montrer, par un exemple élémentaire, comment elle facilite la production et en devient le troisième facteur, le capital.

Un homme désire un fruit qu'il ne peut pas atteindre avec la main, il coupe ou casse un jeune arbre et s'en fait une perche pour abattre le fruit. Si cet homme est 'prévoyant^ il gardera la perche pour s'en servir dans une autre occasion... ce sera le commencement de son capital. Ce qui transforme en capital cet instrument rudimentaire, c'est qu'on l'a conservé pour un emploi futur, car cette conservation diminuera le travail dans les cas semblables de l'avenir. Celui qui ne conserve pas la perche est obligé, chaque fois qu'il veut cueillir un fruit qui est hors de la portée de sa main, de se procurer une nouvelle perche; il a donc deux mouvements, c'est-à-dire double travail à faire : 1° se procurer une perche; 2" abattre le fruit. S'il avait conservé la perche, un seul mouvement aurait suffi.

Aujourd'hui l'homme conserve la perche, demain un autre instrument, puis des instruments de plus en plus puissants et compliqués; il s'approvisionnera en outre de matières premières^ d'aliments et des moyens de production les plus divers, comme on le verra dans le chapitre que nous consacrons au capital. Ici nous ne voulions en établir qu'une première notion, afin de pouvoir émettre la proposition qui suit: La production a trois facteurs directs: la nature qui fournit la matière première et les forces non appropriées; le travail intellectuel et matériel ([ui dirige.

combine et agit ou exécute; le capital qui facilite l'opération et la rend infiniment plus efficace en fournissant des instruments, en conservant les matières et en entretenant les travailleurs (I) pendant la production.

A côté des facteurs directs, immédiats, il y a les facteurs indirects. 11 faut compter parmi eu\ en première ligne la sécurité sans laquelle on n'entreprend pas de travail de longue haleine, ni rien pour embellir la vie, ayant besoin de toute son attention et de toute son activité pour la conserver; l'instruction qui rend le travail plus rationnel et plus efficace, en exerçant nos organes et en recueillant, pour les utiliser, les expériences de ceux qui nous ont précédés sur la terre; les voies de communication qui rapprochent les hommes et facilitent le transport de leurs produits; enfin diverses autres institutions dont il sera traité plus loin.

Nous devons mentionner aussi les circonstances qui favorisent la production, sans qu'on puisse les classer parmi les facteurs. Telles sont, par exemple, le climat qui récompense le travail par l'abondance et la variété des produits; la situation géographique, à proximité d'une mer avec de bons ports et de belles rivières ; des richesses minérales et d'autres analogues, purs dons du hasard qui avantagent une nation par rapport à l'autre, avantages dont on profite, dont on se réjouit, mais dont ou ne peut pas autrement se vanter, car l'homme n'y est pour rien, et ce serait un abus de langage que les compter parmi le capital de la nation.

Nous allons chercher à éliiblir les progrès qu'a faits la théorie, ou plutôt le concept delà production, l'idée qu'on s'en fait. Il n'entre pas dans le cadre de ce livre de remonter au del;\ des Physiocrates , si ce n'est accidentellement, mais

(I) Pour éviter une objection, disons prémafurcmcnt que le salaire est, pour l'entrepreneur, du capital, pour 1 ouvrier, du revenu.

M. Roacher, Giunfllar/en, § 48 (p. 113), cite les opinions de quelques auteurs antérieurs et nous voyons que chez eux les notions n'ont pas encore la netteté nécessaire pour être considérées comme scientifiques. Les physiocrates tendent à leur donner cette netteté, non sans un certain succès, plutôt de forme que de fond, car en déclarant « la terre » seule productive, ils confondent presque la production avec la création. On peut contester que les physiocrates aient cru que l'homme tirait les produits agricoles (1) du t7éant, mais pratiquement leur doctrine revient à ceci : n'est producteur que celui qui procure h la société une matière qu'elle ne possédait pas auparavant. « La classe productive est celle qui fait re7iaît7'e far la culture du territoire les richesses annuelles de la nation, qui fait les avances des dépenses des travaux de l'agriculture, et qui paye annuellement les revenus des propriétaires des terres », dit Dupont de Nemours dans V Analyse du tableau économique (Physiocrates, I, p. 58). C'est du reste ce que dit Quesnay dans la troisième maxime du Gouvernement économique (Physioc, I, p. 82).

Cette manière étroite et vulgaire d'entendre la production ne dura pas, parce qu'un certain nombre d'hommes éminents se consacrèrent à l'étude scientifique de l'économie politique. L'enchaînement des idées qui a conduit à la rectification du concept de la production est sans doute l'emploi du mot richesses (2) pour désigner l'ensemble des produits, et l'observation, faite bien avant la publication du livre d'Ad. Smith, que le travail était divisé ou que les occupations formaient des professions distinctes. « Tout le monde, dit Turgot, I, p. 9 {Réflexions, § 4), gagnait à cet arrangement, car chacun en se livrant à un seul genre de travail y réussissait beaucoup mieux. » La doctrine des physiocrates trouva donc bientôt des contradicteurs, et parmi eux Ad. Smith, le plus important de tous. Il s'est aperçu que si les grains sont de la richesse, les vêtements en sont aussi, en un mot, que tous les objets utiles font partie de la richesse. Or, qu'ont-ils de commun tous ces

(1) Et les produits des mines, de la chasse et de la pêche. Il faut cependant dire que les plijsiocratcs ne semblent penser qu'à la culture du sol, je viens de relire un grand nombre de passages et il n'y est pas question d'autre chose (Cantillon cependant cite les poissons). Essai sw la nature du commerce.

(2) Le mot biens aurait rendu le môme service.

objets? A cette question, Ad, Smith répond d'une manière incomplète par : le travail. Il commence ainsi son célèbre ouvrage sur la richesse des nalions : « Le travail annuel d'une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie. » Il a réparé son omission en faisant la part de la matière (de la terre, « land and labour »), il parle même du capital, mais la réparation est insuffisante, car plus d'un a tiré des conséquences erronées de la déGnition défectueuse d'Ad. Smith.

Bastiat, sans parler de Ricardo, en est un. Ad. Smith voulait réagir contre les physiocrates et met la nature sur le second plan; Bastiat renchérit et la supprime, car, selon lai, elle travaille gratuitement, elle ne fournit rien à la richesse. Nous regarderons de près celte théorie (i).

J.-B. Say avait déjà, avant que Bastiat ait commencé la publication de ses spirituels pamphlets, donné, sinon la définition définitive — rien n'est définitif en ce monde — mais celle qui inspirera toutes les autres. Il déracine ce qui peut être resté de l'opinion qui fait du cultivateur un créateur de matière en disant dans son Traité (liv. I, ch. II) : « Personne n'a le don de créer de la matière, la nature elle-même ne le peut pas. » Et dans son Cours (1'"'= partie, IP liv., ch. IV). « Ce n'est pas la matière de la chose que l'on crée, que l'on produit. Nous ne pouvons pas tirer du néant un seul atome de matière; nous ne pouvons pas même en faire rentrer un seul dans le néant; mais nous pouvons tirer du néant des qualités qui font que des matières sans valeur auparavant en acquièrent une et deviennent des richesses. »

Le concept de la production est désormais fixé, les auteurs ont seulement un peu varié la formule qui la définit, nous en citerons quelques-unes dans la suite de ce travail, mais le point auquel nous nous attacherons davantage, c'est de signaler les vue des auteurs sur les facteurs (directs) de la production. Ad. Smith, Ilicardo, Bastiat no pensent qu'au travail, parce qu'ils distinguent dans les produits surtout la qualité valeur, tandis que J.-B. Say met l'utilité en avant, sans oublier toutefois la valeur. C'est Say aussi qui a introduit les produits

(1) On a prétendu que Bastint avait oiiiprunté ses vues h Carey, je ne le crois pas, la nicinc idée peut venir à plusieurs personnes à la fois, j'en connais de très nombreux exemples.

immatériels, question que nous ne pouvons pas aborder ici, mais qui lui a suscité au moins autant de contradicteurs que d'adhérents. C'est du reste une autre forme de l'opposition entre la valeur et l'utilité. C'est parce que Ad. Smith n'a vu que des valeurs (d'échange) incarnées dans des objets matériels qu'il a appelé — sans penser à mal — improductifs, les travaux des magistrats, médecins, avocats; c'est parce que Say a vu surtout l'utilité qu'il les a déclarés productifs... de produits immatériels (1).

Ch. Dunoyer est un de ceux qui admettent les produits immatériels, ce sont ceux qui, selon lui, s'incorporent dans les hommes, mais il n'en critique pas moins [De la Uberlé du tfavail, liv. V et VI) les idées de J.-B. Say. Dunoyer ne voit qu'un agent de la production, l'homme. Il en analyse les facultés, dislingue « une grande variété de forces industrielles... et un grand nombre de qualités morales » (liv. VI, §, 4). Un philosophe qui voit les choses de très haut peut s'en tenir à l'homme, et encore pourrait-on lui jouer le tour que Diogène, dit-on, se permit envers Platon, en lui présentant un coq plumé, disant : Voilà l'homme selon ta définition (un animal à deux pattes sans plumes) ; eh bien, on pourrait de même placer un homme dans un désert stérile, ou sur une planche, peidu dans le vaste océan, et demander qu'il produise. En tout cas, l'économiste doit rester plus près de la terre et distinguer entre l'homme, ses matières premières et ses instruments. M. Baudrillart semble s'être inspiré de Dunoyer [Rapport de la morale et de V économie politique, p. 229 et suiv.),

Rapprochons les définitions de quelques auteurs français. Rossi [Cours, I, 197) dit : « La production est une application de force, donnant pour résultat quelque chose qui soit propre à satisfaire aux besoins de l'homme » (création d'utilité et non de valeur). Selon lui, les trois facteurs de la production sont : le travail, le capital, la terre. Cherbuliez s'exprime ainsi [Précis, I, p. 52) : « La production économique, c'est le travail humain s'appliquant à la matière, pour l'approprier aux besoins de l'homme. » Voilà donc le travail et la nature (mot d'un sens plus large et plus exact que terre) et un peu plus loin (p. 70) l'auteur cite le capital, comme troisième agent. M. Gourcelle-

(1) Nous en traitons au chapitre IV (Biens économiques) et n'avons pas à V revenir ici.

Seneuil [Traité, I, 43) donne la définition suivante : '< Lorsque l'homme, appliquant son travail à la matière, lui donne l'utilité ou augmente celle qu'elle a, il produit des richesses et son acte s'appelle production. » Voilà deux agents indispensables, l'homme et la matière (la nature), mais page 48 nous lisons : « Le capital est un élément essentiel de la production. » Ambr. Clément {Essai, I, p. 191) ne compte parmi les moyens de production que « les facultés industrielles et les capitaux » et parmi ces derniers il compte (p. 199) « les fonds de terre )i. Joseph Garnier {Traité, 8® éd., p. 22) dit que la production est « le résultat de la coopération de l'homme avec la nature » (p. 38); après les développements et explications nécessaires, il distingue comme instruments de production la terre, le capital et le travail. M. Levasseur dans son Précis, M. Jourdan dans son Cours, M. P. Cauwès dans ?,on Précis, ne s'éloignent pas de cette manière de voir. Pour M. Levasseur, l'homme c'est le capital et le travail, M. G. de Molinari développe une proposition analogue dans son Cours, t. 1.

Les Anglais modernes, y compris les Américains, ont donné des définitions en tout semblables. J.-St. Mill, dans ses Principles (liv. I, ch. I), dit : « The requisits of production are two : labour and appropriate natural objects », auxquels il ajoute bientôt le capital. Jevons est très concis dans son Primer (p. 24-28) où il distingue les facteurs de la production de la façon qui suit :

, . . ., k Natural agents.

Primarv requisits ? , °

^ '■ i Labour.

Secondary requisits Capital.

Beaucoup d'auteurs donnent une seconde place au capital.

M. Francis Walker, dans Polilical Economy (New-York, 1883, p. 34), revient à la formule plus ancienne : « The Ihree primary agents in Ihc production of wealth are Land, Labor and Capital. » M. F. Walker, comme tous les auteurs récents, signale les facteurs indirects de la production.

Les Allemands n'ont rien ajouté non plus. Quand une fois la vérité est trouvée, les générations suivantes n'ont qu'à l'accepter. Ainsi, la définition de la production est acquise, c'est une modification de la matière existante et non une création, M. Roscher s'écrie : Neue Stoffe zu erschaffen vermag kcin Mcnsch

{Grunt/lagen, 18" éd., p. (i3) ; c'est à peu près le mot de J.-B. Say cité plus haut. Il a aussi h peu près les mômes vues sur les facteurs (directs) de la production, les nuances sont généralement de forme et non de fond. Mangoldt {Grundrlss, p. 12) dislingue : les matières naturelles, les forces naturelles, le travail et le capital, llermann [Unlersuchungen, 2" éd., p. 143) nomme le travail, la nature, le capital. De même M. Scliâffle {Nationalolionomie, p. 66 et suiv.)et Roscher à l'endroit cité. L. de Slein dit [Lehrbuch, 3" éd.) : Matière, travail, inslruments (nature, travail, capital) ; M. Walcker {Handbuch,l,AO) dislingue d'abord les facteurs privés des facteurs publics, les facteurs privés sont : la nature, le travail, le capital. M. Cuhn [System] comprend la terre dans le capital, M. Kleinwâcbter, dans le Handbuch de M. Scbunberg (2'^ éd., p. 191, etc.), met la nature et le travail en avant et le fait suivre par le capital. Citons, pour terminer, Mario, dont les tendances socialistes et la bonne foi sont connues, mais aussi le savoir. Dans ses Uutersuchungen ùber die Organisation der Arbeit [Recherches sur l'organisation du travail, Tiibingen, Laupp, 2° éd., 1885.. t. III, p. 217), il parle de « forces productives primaires », savoir : « la force naturelle » et « la force du travail » et en continuant son développement il arrive (p. 229) au capital.

Nous ne croyons pas nécessaire de citer des ouvrages parus dans d'autres pays, ils ne peuvent que tourner dans le même cercle, et il ne peut s'agir que de savoir s'il faut mettre tous les facteurs directs sur le même rang, ou s'il convient de les hiérarchiser, c'est purement une affaire de méthode. Qu'on mette l'homme au premier rang, c'est un simple truisme, car tout pour l'homme et par l'homme, il est d'ailleurs le seul qui veut et qui pense; mais il ne peut se passer de la nature (ce mot vaut mieux que terre), c'est par simple politesse envers l'homme qu'on la classe après lui. Quant au capital, comme il ne naît que par suite de la prévoyance de l'homme et de ses sacrifices, et que la nature doit en fournir les matériaux, il est très naturel de le placer au troisième rang, ce qui n'empêche pas qu'il existe dans toute société, car aucune ne peut s'en passer sans souffrir profondément.

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