CHAPITRE XII LA NATURE
L;i lia lare fournit à l'homme des forces et des matières. C'est riiitelligence hiimaiue qLii,par ses organes extérieurs, notamment les bras, fait servir ces forces et ces matières à la satisfaction de ses besoins ou de ses désirs. 11 faut donc que riîoinme et la nature combinent leur action pour faire surgir des produits, et, bien que dans la combinaison Thomme soit généralement actif et la nature généralement passive (1), dans le plus grand nombre des cas il serait oiseux de vouloir établir lequel des deux facteurs est le plus nécessaire, on trouverait, avec J.-S. Mill, que les deux branches des ciseaux sont également indispensables pour couper. Plusieurs auteurs, Ad. Smith en tète [Richesse des nations, livre H, chap. v, tome II, p. 117), ont cependant tenté de faire, dans quebjues cas, la part du travail et celle de la nature.
On a, par exemple, comparé le produit du travail des bras, sans machine, avec le travail d'un outil mécanique mù par la vapeur. On a mesuré ce que peut fournir une filcuse avec son rouet et ce que peut accomplir une ouvrière dans une filature à vapeur; ou le travail d'un esclave qui tourne la meule [lour moudre du grain et celui d'un
(1) La nature étant composée de forces, il ne serait pas exact de dire qu'ollo est toujours passive; nous nous abstenons ici do clierchor à établir ri:;ourcusoment le degré d'activité des deux associés, il nous sullit de dire ([no riiuniaie est plus actif.
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moulin iiiù par l'eau, le vent, la \apeui-. Mais en pareil cas c'est refficacilé d'un grand capital qu'on met eu regard du chétif produit d'un instrument rudiinenlaire ; ou aussi, c'est la puissance de lintelligence avec celle de la main qu'on compare, car la machine rappelle moins la force naturelle qui y est emprisonnée que le geôlier qui l'a rendue captive. Ces cas ne sont donc pas concluants.
Le cas de la culture du sol l'est-il davantage? Ad. Smith l'a pensé (/. c). « C'est l'œuvre de la nature qui reste après qu'on a fait la déduction de la balance de tout ce qu'on peut regarder comme l'œuvre de l'homme. Ce reste fait rarement moins du quart, et souvent plus du tiers du produit total. Jamais une pareille quantité de travail productif, employé en manufacture, ne peut occasionner une aussi riche reproduction. » jNe nous arrêtons pas aux proportions. Ad. Smith semble croire que si vous dépensez 200 francs en frais de culture et de semences, et que vous récoltiez pour 300 francs de produits, la nature y aura été pour 100 francs. L'action de l'homme et l'action de la nature sont-elles commensurables à ce point? Prenons un exemple dans l'industrie. Un ébéniste fait une armoire, le travail et les matériau v lui coûtent 200 francs, il la vend 300 francs, bénéfice 100 francs. Peut-on comparer cette opération avec la précédente ?
Pour un livre de comptabilité, il n'y aurait pas de différence, cependant les deux opérations sont très dissemblables : l'ébéniste qui possède les instruments et les matières premières fera sûrement son armoiro ; le cultivateur malgré son travail, son engrais et ses semences, pourra ne pas avoir de récolte — ou presque pas. — Le champ cultivé peut rester stérile, car ce n'est pas lui qui travaille, le sol est un simple contenant (1) : la graine qu'on y a
(1) On sait que toute terre finit par s'épuiser; quand les matières qui nourrissent les plantes ont été absorbées, il faut les renouveler. On a fait de très
mise (1) devient un [)roduit par l'effet de l'engrais, du soleil, de la pluie et de l'air ambiant qui agissent sur le principe \ilal qui est dans le germe.
Cest le moment d'aborder une grave question, celle-ci : La nature travaille-t-elle gratuitement? Nous répondrons que la question est mal posée. Demandez-vous si la nature fait payer les services qu'elle rend à rhumanitc, alors on constatera aisément que jamais madame Nature n'a passé à la caisse pour recevoir en espèces sonnantes le prix de ses services. Elle travaille gratuitement pour l'iiuinanité, ou plutôt elle travaille parce qu'elle ne peut pas faire autrement, elle est composée de forces dont l'essence est le mouvement, et les hommes en profitent. Vous avez froid, à votre droite le soleil chauffe, vous allez oi^i ses rayons donnent; ou vous avez chaud et vous allez à gauche, à l'ombre où règne la fraîcheur.
Mais si la nature peut être considérée comme travaillant gratuitement pour l'humanité, qui lui est d'ailleurs parfaitement indifférente, elle ne travaille jamais gratuitement pour 1 individu, nous voulons dire qu'elle rend des services généraux, et non des services particuliers. L'individu (et une nation n'est qu'un individu collectif, dès qu'elle s'approprie une portion de la nature) ne peut employer les forces naturelles pour lui seul qu'à titre onéreux.; il ne paye pas ces forces dans le sens vulgaire du mol, puisque madame Nature ne reçoit rien, mais il est obligé de faire des dépenses pour s'en emparer. Peut-on employer l'électricité comme moyen d'éclairage ou force motrice sans grands déboursés? Pour s'emparer de la force dont la vapeur est douée, il faut les machines que l'on sai(. Pour utiliser une chute d'eau, il faut commencer par tracer
intcressantos expériences comparatives entre des terres engraissées et daiitres cjui ne l'étaient pas.
(I) L'obscurité suffit pour faire germer la semence, mais non pour faire pousser la plante et miirii' le fruit.
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des canaux, bàlir un moulin et prendre des mesures [)our avoir toujours. juste la ([uanlilé d'eau nécessaire, ni trop, ni trop peu.
On sait déjà ce que nous pensons de la terre. H y a, sans doute, des terres dites fertiles parce qu'elles renferment en abondance les matières dont se nourrissent les plantes, mais ces matières s'épuisent et il faut les renouveler par de l'engrais. Dans le midi de la France (par exemple, près d'Aigues-Mortes), des vignes plantées dans du sable complètement stérile et que couvrait autrefois la mer fournissent de riches récoltes, grâce à l'engrais. On a pu voir aussi des plantes pousser et fleurir sur un vase ne contenant que de l'eau. Il en résulte que, pour obtenir une récolte de blé, s'il est indispensable de labourer la terre, de semer ei de fumer, ce sont encore la pbiie et le beau temps ([ui font la principale besogne. Mais l'eau et la chaleur qui font germer et mûrir les graines — que le cultivateur a semées, — sont-elles donc spéciales au champ de ce laborieux culti- . valeur ? Nullement. Le soleil luit pour tout le monde, il donne la vie à l'un et la mort à l'autre, et la même pluie qui apporte une bienfaisante humidité au champ de Pierre peut causer une inondation qui détruit le champ de Paul.
Rnppelons en passant que les forces de la nature, abandonnées à elles-mêmes, exercent parfois une action malfaisante qui nous impose d'incessantes luttes contre leur puissance destructive, mais constatons bien que lorsqu'elles travaillent pour l'individu, ce n'est pas gratuitement; celui qui a besoin de leurs services doit les conquérir par un etfort spécial, plus ou moins onéreux, La nature asservie est d'ailleurs presque toujours appropriée.
Par cette raison, et en considérant la te'Te comme un contenant, comme le laboratoire où s'élaborent les transformations que subit le germe pour devenir la plante utile qu'il nous faut; en se rappelant en outre que la terre pro-