Utilisation des résidus
3. Suppression des intermédiaires (on s'adressera de soimême à la grande fabrique renommée. L'auteur est un peu optimiste, le fabricant n'est pas dispensé de chercher des clientsV
4. Continuité du travail. (Les machines ne chôment pas et rendent tout ce qu'elles peuvent.)
5. La grandeur de l'établissement lui impose plus rigoureusement la loyauté, car noblesse oblige.
G. La grande industrie est plus disposée aux progrès et plus en état de les faire.
La concurrence.
On pourrait à la rigueur comprendre La concurrencô parmi les stimulants de la production, mais elle est plutôt un ageut de progrès. En laissant le marché ouvert à la compétition, tout le monde peut prendre part au concours, et le prix échoira moins au plus diligent (ju'au plus intelligent. Or, quand obtient-on le prix? Evidemment quand on peut établir des prodiiits, soit meilleurs à prix égal, soit aussi bons à prix inférieur — l'idéal consisterait à fournir de meilleurs produits à plus bas prix — c'est peul-ètre le seul idéal qu'on a parfois pu réaliser, et dans les trois cas une récompense est duc à celui (jui a causé ce progrès, car la société tout entière, et surtout les moins heureux, en profilent.
La concurrence prend aussi une forme moins méritoire,
c'esl quand elle tend seulement à réduire le prix, au besoin môme aux dépens de la qualité..., on en donne pour l'argent. Quand l'acheteur est duemcnt averti, il n'y a pas fraude, il y a même quelquefois service rendu. En eiïet, il y a des nécessités sociales coûteuses auxquelles on peut être soumis sans être en état de faire la dépense — pour citer un exemple vulgaire, mais fréquent. — 11 est des cas importants oi^i un homme doit être vêtu de l'habit noir avec chapeau, gants et le reste. Pour avoir ce costume en très bonne qualité, il faudrait dépenser, mettons 200 francs; mais il y a des employés, des hommes de lettres, etc., qui n'ont pas assez de revenus pour consacrer 200 francs à l'habit noir, et celui qui pourrait leur fournir ce costume, mettons à 100 francs, en des qualités médiocres, il est vrai, mais durable et de bonne apparence, leur rendrait un véritable service, serait salué par eux comme un bienfaiteur. Il n'y a ici ni trompeur ni trompé.
Nous n'avons pas besoin de dire que les inventeurs, les perfectionneurs et autres bienfaiteurs du domaine économique sont récompensés par le public. S'ils offrent quelque chose d'avantageux ou d'attrayant, les acheteurs viendront, ils payeront, et les bénéfices seront en proportion des services rendus. En maintenant le concours toujours ouvert, les progrès se suivront, le mieux sera parfois l'ennemi du bien; mais s'il y a ainsi quelques souffrances individuelles, le grand nombre profitera de la baisse de prix ou de l'amélioration des matières et instruments. On ne saurait donc justifier les obstacles qu'on pourrait opposer à la concurrence, sous le prétexte qu'il faut protéger le producteur. Cet argument est aisé à réfuter. Quel est le nombre des producteurs que vous protégez ainsi? 100 ou 1000 ou 10,000]; eh bien ! en face de chaque producteur vous trouverez 100 ou 1000 consommateurs. Est-ce qu'en matière sociale le
LA GRANDE ET LA PETITE INDUSTRIE, ETC. 't73
nombre n'est pas une considération de premier ordre (1)? Et puis, si TOUS prohibez la concurrence, vous ralentissez grandement le progrès, si vous ne Tarrêtez tout à fait. L'idéal d'une industrie sans concurrence, les corporations d'arts et métiers, avec leurs règlements et leurs restrictions, pouvaient se maintenir au moyeu âge, où la science dormait, où le commerce se faisait sur une petite échelle, où i'Etat moderne avec ses énormes besoins fiscaux n'existait pas; mais dès que la science se vulgarisa et songea aux applications, dès que le commerce se généralisa et que vinrent les grands événements qui mirent les esprits en mouvement (la découverte de l'Amérique et du cap de Bonne-Espérance, la Renaissance, la Réforme, l'Imprimerie, la poudre à feu, nombre d'inventions, etc., etc.), les corporations déclinèrent, elles furent battues en brèche, et malgré tout ce qu'on fit pour les conserver, elles tombèrent. C'est en vain que l'esprit de réaction cherche maintenant à les relever, on n'en rétablira que l'ombre, c'est-à-dire des mots et des insignes, peut-être des cérémonies, mais on ne fera pas réellement remonter la rivière vers sa source. .
On dira : mais nous n'en voulons pas à la bonne concurrence, mais à la mauvaise. Nous voulons empêcher les tromperies, les luttes ardentes poursuivies avec àpreté, nous voulons éviter que le fort n'écrase le faible, et une fois sur ce terrain, on ne manquera pas de phrases sentimentales. Punir la fraude et la tromperie? C'est très bien, nous nous enrôlons souscette bannière, nous sommes toutprêts à vous aider à réprimer les passions malhonnêtes. Mais les adversaires de la concurrence ne s'arrêtent généralement pas à cette limite, ils n'en veulent pas seulement à la concur-
(1) Partout, hclas! c'est la force qui domine. Il se peut très bien que 100 producteurs soient, dans un pays donne, plus influents que 1000 ou lOOOO consommateurs et l'emportent devant le législateur. Il ne faut pas oublier que les 100 producteurs se remuent et que les 10000 consommateurs restent coi.
reiice illéfj^iliinc, mais à la concurrence en général, et là ils dépassent le liut, et de beaucoup. Nous admettons que même une concurrence loyale pût faire du mal à des individus, c'est à ces derniers à se défendre, et s'ils ne peuvent pas, c'est malheureux, mais jamais l'humanité ne s'est arrêtée dans la voie du progrès pour éviter les souffrances individuelles. Combien de gens ont été ruinés lors de la création des chemins de fer! La vapeur a ruiné d'innombrables familles, mais elle en a enrichi et enrichira dans l'avenir des millions de fois autant d'autres, est-ce que les premiers ont l'ait reculer le second? Ne sait-on pas que toutes les naissances — celle du progrès aussi — sont accompagnées des douleurs de l'enfantement. 11 faut toujours avancer, et si l'on peut accorder aux retardataires et surtout aux victimes quelque chose de plus solide que la pitié, qu'on s'empresse de le faire, l'Etat d'ailleurs recule rarement devant une chose utile à faire ; pour lui, le progrès reconnu, admis, se réduit généralement à une question d'argent.
• Les auteurs de traités d'économie politique n'ont pas toujours cru devoir consacrer à la concurrence un chapitre spécial, ils se sont le plus souvent bornés à en parler en traitant de la liberté, car la concurrence en est, en eflet, une émanation. D'autres auteurs ont mis de la passion dans l'étude de celte question, et ceux-là ont plutôt insisté sur les inconvénients de la concurrence que sur ses avantages. Nous nous proposions de mettre en présence les diverses opinions, mais pour en donner un tableau exact et instructif, il faudrait remplir beaucoup plus de pages que nous ne pouvons en consacrer à cette matière.
Nous constaterons seulement que les auteurs récents, peutêlre influencés en partie par le socialisme, qui fait de la concurrence un de ses arguments contre la liberté, sont généralement peu favorables à la concurrence; c'est pour eux une affaire de sentiment inspiré par certains abus auxquels la con-
currence adonné lieu; mais ils n'indiquent aucun remède, si ce n'est de ces moyens qui, pour faire cesser la maladie, tuent le malade. En somme, toute intervention du législateur ou du gouvernement, qui ira au delà de la suppression des abus, qui voudra limiter la légitime liberté, niveler les forces des lutteurs, faire disparaître toute supériorité de savoir ou de capitaux, « régler » le progrès, nuira à la société à laquelle elle s'appliquera et la contraindra de rester en arrière des sociétés dans lesquelles les mouvements seront restés plus libres. Celui qui veut les avantages doit accepter les inconvénients qui s'y rattachent, et ses mesures contre les inconvénients ne doivent jamais aller jusqu'à réduire ou détruire les avantages.