CHAPITRE II Les progrès de l'agriculture
Ce chapitre fera le fond de la présente étude. Ceci pour deux raisons : la première est que si on admet volontieis à Tétranger que la marine grecque a fait des progrès prodigieux, que le commerce, la banque et même l'industrie se développent avec une grande rapidité, on insinue parfois qu'il en est autrement de l'agriculture. Or, bien que la Grèce, nous allons le voir, n'ait pas été favorisée par la nature» son agriculture ne compte pas moins d'importants succès à son actif, et qu'il importe d'autant plus de mettre en lumière, qu'ils cmt été durs à remporter et restent inconnus.
En second lieu, et cette raison est encore plus importante que là première, il faut parler surtout de l'agriculture, parce que la Grèce est avant tout un pays agricole, à telles enseignes que 70 p. xoo dè. ses exportations sont représentés par des produits de la terre.
Aussi le sujet a-t-il été traité dans les principales langues euro* péennes par trois auteurs grecs : A T<»nbaKisS P. Decasos', P. Papagemghiou
L — Difficultés RsmcoNTBéBS pab l'agbicultubb.
Tous ces auteurs, ainsi que tous les étrangers qui, dans des ouvrages généraux, ont touché au sujet, ont été amenés à relever les difficultés auxquelles se heurta le développement de l'agriculture grecque. Ces difficultés sont trop nombreuses pour être toutes énumérées ici. En voici quelques-unes parmi les principales :
i"* Viténdue insuffisante des plaines. — Un coupd'œil sur le tableau qui suit permet de mieux apprécier l'importance de rob3tacle : .
Tableau
1. La Grèce au point de vue agricole (Athènes, 1878); écrit sur l'invitation de la Commission centrale de la Grèce pour TExposition universelle de 1878.
2. Die Landwirtschaft in heutigen Grieàhenland (Berlin, i9o4).
3. Agriculiaral Greece (Athènes, I9i5), écrit à roccasion de l'Exposition internationale de San-Francisco.
LSS PROGBàS £G0N0AMQUES DE LA ÛilËCE
Lacs et marais.
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En somme 20 p. 100 seuiemenf du terrain est aisément cultivable.
Dans quelques départements (Attique et Béotie, Measénie), la situation est meilleure; mais, même là, la proportion des plaines ne dépasse pas le tiers des terres. Ailleurs la proportion descend jusqu'à i : 11 (Gyclades) ou même à 6 p. xoo (Etolie et Acarnanie
a» Lo configuration du sol et U régime des eaux. — La configuration du sol intéresse surtout les voies de communication. Il suffit de noter ici combien un pays tout en montagnes et en côtes se prête mal au transport rapide et économique des produite, condition première pour le succès de l'industrie agricole.
Le régime des eaux n'est guère moins défavorable. Il n'existe point de fleuves navigables. Les fleuves flottables sont l'exception». Les plans très inclinés, les montagnes déboisées provoquent, sur une plus grande échelle encore qu'en Italie, les dégâts signalés par M. J. Barker. Les rivières, avons-nous dit, sont rares; en revanche, elles débordent SQUvent. Les torrento, pour être nombreux, n'en débordent pas moins,
I. M. Décasos(p. 8-9) rend compte de la situation en remarquant que, dans le Péioponèse les seules grandes plaines sont celles de l'Argolide, de la Messénie et de l'Elide, auxquelles on peut ajouler le plateau d'Arcadie, la Vallée de l'Eurotas et une frange de terres bordant les montagnes le long du golfe de Corinthe. Dans la Grèce continentale, aux riches plainM de Béotie et aux plaines plus maigres de l'Attique, on joindra les vallées du Sperchiuset de l'Achélous et ce sera tout. Dansles Gyclades, les plames sont une rareté et dans les îles Ioniennes la situation n'est meilleure que grâce à Corfou. Reste la riche plaine thessalienne, encadrée elte-mêoM d'énormes massifs montagneux.
a. On en compte deux ou trois.
14 U» ^BOGBÈS ÉCONOMIQUES DB LA GBÈCE
et il ne se passe guère de printemps où leur cours mal réglé ne cause des désastres dont les petites plaines qui séparent fréquemment la monts^ne de la mer. Avec cela> leurs eauB créent presque partout dea marécages dont les pestilences s'ajoutent à celles de ces lacs trans* formés pendant la saison chaude en marais, dont le Gopaïs était réchautiilon le plus typique. De là, la malaria répandue par tout le pays, et qui à cdté d'autres conséquences, d'ordre médical, avait celle de forcer les cultivateurs à vivre sur les hauteurs et à perdrci le* jours de travail, plusieurs heures en allées et venues.
3* L'insuffisance en céréales* — Quand on lit ce que M. Barker dit du régime des eaux en Italie, on croit lire une page consacrée à notre pa)s. La Grèce a un autre désavantage commun avec sa sœur latine » ma insuffisance en céréales.
Celle-ci tient, non seulement à la médiocrité déjà signalée du soU mais aussi au climat chaud, sec et variable. Aussi est-ce un mal qui date de tout temps. Dès avant les guerres médiques, la Grèce/ pay» pour ainsi dire exclusivement agricolci importait du blé.
Toute la politique d'Athènes, devenue une grande ville industrielle et commerciale, s expiique par le souci de s'assurer le pain K
Anjonrdltni, la situation est encore plus désairuttegeuse que daus^ l'antiquité : la population urbaine est plus nombreuse, et tant à cause de l'augmentation des besoins que de la disparition des esclaveSf. elle CjEmsomme beaucoup plus qu'à l'époque classique; d'un autre côté, les pays concurrençant le blé| indigène, alors à demi sauvages , sont devenus des centres de culture intensive, et les communications parm^, infiniment plus régulières, rapidraet économiques que jadis,, rendent la concurrence d'autant plus redoutable.
A défaut de céréales, le cultivateur grec, comme le cultivateur ita* lien, se livre à une culture intensive de la vigne, de rolivier, de» arbries fruitiers, du tabac et du coton. Mais, cmnme le fait remarquer M. Barker, ce sont là des produits destinés en partie à l'exportation, et dont les prix pâtissent de la concurrence étrangère. De sorte qu'en dernière analyse, Finsuffisance àêê câ?éales reste un ineonvénieiit grave. ^
4° Les désavantages qui résultent de Vorganisatioa économique du pays. — ^ La vieille Grèce, sauf la Thessalie et quelques districts de la Grèce continentale , est un pays de petite propriété. Ce régime foncier » si enviable au point de vue social, et dont l'Etat grec s'efforce aujour-^
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X. Voyez dans notre Traité de science des finances (en grec)» tome p. ao7, le titre des principanx ouvrages sur la question du blé dans l'anti^ quité, parmi les plus récents : L. Geniet, rApprovidonnement ^àOiène^ en hlé au cinquième et au qutUrième siècle (Parts» 1909).
r» pBOGsis éomofsaqva de i.a gbègb iS*
d'hui de faire la règle dans les provinces du Nord*, fut pendant longtemps un obstacle de plus aux progrès de ^agriculture.
Cette situaUon imprévue — que le livre de Tombazis est en partie consacré à exposer — était due à des raisons historiques. Sous la tyrannie ottomane, la vie dans la plaine n'éUit plus possible qu'aux paysans, plus serfs qu hommes libres, abrutis à travailler les tchifiiks i^Kê ; la plus grande parUe de la population embrassa la vie nomade ou le métier des armes. Une f ms la liberté obtenue, ces pasteurs et ces kleltes se transformèrent en laboureurs. On admire la rapidité avec laquelle, après quatre siècles d'esclavage et après dix ans de guerre, ib purent prendre le goût du travaiL Gobineau (p. 284) montre le nouvel agriculteur se suffisant à lui-même, industriel en même temps que cultivateur, faisant son huile et son vin, fabriquant «es inatramenU de labour, Ussant ses vêtements. Mais ni la puissance d'adaptation, ni le travail ne sauraient faire jaiUir de teiro dm capir tapx; celui qui, hier encore, avait « pour tout bien la liberté sur 1» montagne* »,elqui, pendant longtemps, ne trouva à emprunter qu'à 5o p- looS ne pouvait augmenter le nombre de ses animaux, appliquer des méthodes scientifiques, acheter des' instrumenta de travail ou de transport perfectionnés, dessécher des marais, etc.
Ces îoconvénients n'auraient pas dû se retrouver en Thessalie, où la grande propriété était presque la règle. Pourtant, durant lea année» qui suivirent de près sa réunion à la mère patrie, les grands propriétaifes, ne firent pas d'efforts bien marqués pour démontrer les avantages de la grande culture. C'éUient des Turcs restés fidèles aux vieux us, ou des capitalistes habitant l'étranger, trouvant suffisant le revenu que» sans efforU iU tiraient de propriétés achetées à vil prix ; la grande commission d'enquête sur la question thessaUenne ne trouva, en 1896. que deux propriétaires qui eussent fait des essais sérieux de culture acienlifique*
2. Lepoèt^n'exagère point ; voyez le tableau de « la Misèrçdu paysangrec» en i83i, donné par Tiersch et reproduit pèr D. Georgiadès, laGrèce éco^ nomique et financière ^Paris, iSgS), p. a8: «L'état de misère est tel qui la mort de Capodistrias un tiers seulement des agnculleurs possédaient one^ paire de bœufs; quant aux autres, ils en avaient un en commun» 00 étaient réduits à travailler la terre avec la pioche. »
3* Il fallut près de quarante ans pour que le taux descendit a lô ao p. loo^
i6 L£S PBOGBÈâ ÉGONOJtfIQUfiS DB Ui. GRÂCE
II. — PbOGKÈS KÉALISÉS par LE8 AGRICULTEURS ET LES GRAxNDS PROPRIETAIRES. — LeS COOPÉRATIVES AGRICOLES
D«i8 ces dernières quinze années, un grand changement vers le
mieux s'est produit.
Tout d'abord, les inconvénients de la petite propriété vont chaque jour s'amoindrissant. Des rares aptitudes du Grec pour le négoce» on a conclu parfois qu'il était un cultivateur médiocre, et on opposa souvent le Grec négociant au Turc agriculteur. Lord Carlisle, a prouvé, il y a déjà longtemps» que le Grec l'emportait aussi à ce point de vue, puisque les propriétaires turcs araient pour principe de préférer comme ouvriers les Hellènes à leurs propres coreligionnaires*.
Ce qui manquait à l'agriculteur grec c'étaient les capitaux et les eonnaîssances. Il acquit celles-ci et ceux-là peu à peu. L'augmentation de la fortune publique, les envois d'argent des émigrants d'Amérique ont lait que le taux de l'intérêt est souvent plus bas dans les campagnes que dans les villes. Au cours d'un voyage dans le Péioponèse, j'ai pu constater qu'il ne dépassait guère 5 p. loo et que le cultivateur recourait rarement à l'emprunt. Le développement de l'instruction publique, ramélioration des communications, l'expérience que le séjour à l'étranger a donné ft beaucoup, ont ouvert les yeux aux paysans. Ils sont prêts à admettre les idées nouvelles. La facilité avec laquelle ils adoptent des instruments perfectionnés ou les engrais chimiques suffirait à le démontrer. Mats une preuve encore plus éclatante, peut être tirée du succès de la loi de igiô sur les coopératives. Avant cette loi» si on laisse de coté l'élevage^, tout le mouvement coopératif était représenté par cinq syndicats agricoles, tous d'ailleurs de date récente'. Depuis cette loi qui a facilité et réglé les rapports entre associés, sept cent trente (73o) coopératives agricoles se sont fondées. Plus de la moitié sont des coopératives de crédit, auxquelles la Banque nationale doit, en vertu de sa nouvelle charte (igiB), avancer jusqu'à a5 millions. Mais on trouve aussi un bon nombre de coopératives viticoles et plus spécialement de sociétés formées par les cultivateurs de raisins secs et ayant pour but un emballs^ scientifique et la vente de la stafis. Le succès du mouvement coopératif a été tel qu'un haut fonctionnaire du ministère de rAgriculture» jkl. Jassémidès» qui