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PURE UE A IT PEAR

{suLrE)] LES PROJETS DE 1793 A 1810 41

succès, Tous ces agitateurs Partaient de l’idée que les Canadiens les recevraient à bras ouverts, ce qui les trom pait. De plus, ils ne savaient pas que Washington était, depuis vingt ans, opposé à la rentrée des Français au Canada.

Un Français nouvellement arrivé et se donnant le nom de Le Couteulx, écrit à un nommé Rodolphe Tellier, le 27 mars 1796, qu’il désire voir dans le Saint-Laurent dix vaisseaux de li soldats “ce qui réjoui dit que 197,

en toute naïveté.

, de lan Les exalté

général Sewell fit rapport que Montréal étaient très mal disposés, encourager les fauteurs de discorde. La législa-

tapage. Or, cette loi avait été faite troubles une fois passés,

Lord Dorchester, quittant le Canada pour toujours, s'embarqua au mois de juillet 1796, laissant le lieutenant-général Sir Robert Prescott (arrivé le 18 juin) pour le remplacer. Dorchester me paraît être, de tous nos gouverneurs depuis 1760, celui qui pénétra le mieux le caractère des Canadiens. Il a fait un excellent usage de son acquit à cet égard Prescott, arrivant de loin, avait tout à apprendre; par bonheur il se tint en garde, étudia ou devina la situation et fut comblé d’éloges à l'heure de son départ.

Vers ce temps commença à rôder dans la province le fameux David MeLane, accompagné de son demi-frère Isaac Jacob Felt, tous deux de complicité avec Ira Allen qui s’était chargé de leur faire parvenir des armes en grande quantité. Au printemps de 1796, il y eut à Swanton, dans le Vermont, chez Holgate, plusieurs assemblées auxquelles assistaient McLane, Silas Hathaway de St. Alban, Ira Allen de la rivière à l’Oignon, un nommé Jean Gagnon de Château-Richer et d’autres. Les délibérations roulaient sur les moyens à prendre pour s'emparer du Canada. C’est là que l'affaire des armes fut complotée.

Ces fusils devaient venir de France. Une lettre d’Adet affirme que le Directoire les envoyait pour l’usage des Canadiens, cependant, Chittenden donna à Allen un certificat et autorisation le chargeant d’acheter ces armes pour la milice du Verm +. Dès 1795 Ira Allen avait été nommé major-général ancien de la mice du Vermont. La milice de cet Etat était tenue, par la loi, de fournir son propre armement sans le secours du trésor public. Le subterfuge est visible. Un certain major Delavau dénonça l'opération, en ajoutant que l'officier Clarke, marié à la fille de Chittenden, a été fait général par Adet en vue des affaires du Canada. Quant à Allen, sentent que Dorchester partait, il couvrait sa manœuvre en venant travailler ostensiblement au projet de canal de la rivière Richeli:: au Saint-Laurent dont il ne cessait de parler depuis cinq ou six ans. Il se disait le délégué des Vermontois qui désiraient des communications par le fleuve avec l'Angleterre. Simcoe était tombé dans le piège et faisait grand cas d’Allen. Un magistrat de Montréal reçut la visite d’un nommé Elmor Cushing qui l’avertit de se défier de McLane parce qu’il était à la tête d’une conspiration.

Au commencement de septembre (!), on disait qu’une flotte française s’était emparé de Saint-Jean de Terreneuve. Nombre de gens s’en montrèrent contents. Cette histoire de la flotte française reparaissait chaque été, depuis 1793; elle dura jusque vers 1804.

On disait à Montréal qu’il y avait quatre commissions d’officiers pour ceux qui lèveraient des troupes au nom de la France; qu: le com-

() Le 17 septembre 1796, Washington se retira de la vie publique et fut remplacé par John Adams qui eut contre lui les adversaires de Washington: les républicains où démocrates.

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mandement d’un régiment était réservé à Maigré, lieut.-col. du régiment de sapeurs républicains. Adet ne ménageait pas les commissions: quant à trouver des soldats, c'était autre chose,

Le général Collot, qui avait servi sous Rochambeau dans la guerre de l'indépendance des Etats-Unis, avait été nommé Souverneur de la Guadeloupe. Comme il retournait en France, il fut fait prisonnier à Philadelphie, en représailles pour Jes navires américains qu’il avait fait saisir, Il profita de son séjour forcé dans la république américaine pour faire une enquête sur la situation de la Louisiane et du Canada.

11 publia en 1820 une relation complète de son voyage qu'il intitula Voyage dans l'A mérique septentrionale.

C’est le fils de ce général Collot qui présenta au Directoire, en 1797, un mémoire Pour être autorisé à lever au nom de la France un corps de Caradiens.

et, déjà le surintendant canadien des affaires indiennes avait fait connaître qu’il se préparait sérieusement une résistance contre les autorités de la colonie. Il Y avait alors, à Caughnawaga, un chef sauvage du nom de Thomas, âgé de 45 ans, d’un taille de six pieds, grand commer- Çant de chevaux et de fourrures qu’il vendait à Albany, parlant tout à fait bien le français et l'anglais passablement. I] portait les habits des blancs. Hospitalier, il vivait en seigneur. Son crédit, à Montréal, était à £500. Isaac Weld, qui nous le fait connaître, le rencontra allant à Albany avec trente chevaux et beaucoup de pelleteries. Ce Sauvage n’avait rien À gagner, et tout à perdre, dans un bouleversement : il a dû fournir des informations sur ce qui se tramait dans sa tribu.

Pour ce qui est de Collot, on le voit qui rôde dans l’ouest en 1796-7, conplotant d'attaquer les territoires anglais, En 1798, il est en France et promet de revenir l'année suivante.

Le général Prescott parle des agents d’Adet qui se répandent dans le Bas-Canada sans qu’on puisse les découvrir, La loi des chemins faisait le sujet des Conservations les plus animées.

MM. de Lotbinière, McGill, Murray, Richardson, Papineau et autres citoyens notables disaient que les district de Montréal, Particulièrement l'île, n’était Pas sympathique au &ouvernement et que cela ne peut venir que des nombreux Français qu’on Jaisse rôder dans la province. Le juge Monk met de plus: “et des Anglais aussi!”

Parmi les recrues du 60e régiment il s’est trouvé des jacobins qui faisaient parade de leurs principes. On les a simplement renvoyés,

De Millières, (‘) avec un nommé Johnson se disant ingénieur, et sept officiers français, arrivait à la frontière le 12 sept 1796 dans le but de pénétrer dans la province par les bois, mais ils rencontrèrent tant de difficultés qu’ils sedésistèrent et reprirent le chemin du Vermont d’où le 24 septembre, ils dépêchèrent à Montréal deux Canadiens Joseph Peters dit Ducalvette et J. B. Louisneau porteurs de lettres, papiers et instructions. On ne sait à qui les lettres étaient adressées; quant aux papiers c’étaient des commissions en blanc pour l’armée républicaine que l’on se proposait de lever. Il y avait aussi des adresses ou proclamations incendiaires pour exciter les Canadiens à la révolte,

De Millières resta à Rousse’s Point. Johnson ou Janson se rendit en France. Il paraissait être chef de l’expéditon. Ducalvette avait un oncle à Montréal.

Du Calvette arrivait donc à Montréal avec son acolyte Jean-Baptiste Louisneau le 25 septembre 1796. 11 agissait comme chef d’une mission secrète et se disait officier militaire. Dès le premier moment il comprit que la loi des chemins publics était un sujet tout préparé pour recevoir la semence du trouble, et s’il réussissait à créer une émeute, quelle bonne carte dans son jeu vis-à-vis d’Adet et même plus haut! Il fomenta de toutes ses forces le sentiment défavorables qui règnait un peu partout. Dès le lendemain il eut une assemblée, près de la ville pour aviser au moyen de soulever le peuple de la campagne. Les deux compères se disaient ‘“lieutenants dans l’armée française d’outremer” chargés de faire comprendre aux Canadiens qu’ils étaient mal gouvernés, c’est-àdire de les sonder et de provoquer ou entretenir parmi eux un esprit de mécontentement et d’apposition sur toute chose se rapportant aux affaires de la province. Un peu plus tard, on saisit, dans les papiers de Du Calvette, une commission de la rép:.olique française le nommant enseigne des troupes avec le grade de sous-lieutenant des sapeurs.

Luc Berthelot, demeurant à Montréal près de la maison ou Ducalvet avait tenu sa réunion du 2° septembre, résista à la loi des chemins, fut arrêté, trouvé coupable et condamné à une amende de quelques chelins, qu’il refusa de payer. Le constable Marston, arrivant, le 2 octobre, pour opérer une saisie de cetie somme, fut attaqué et maltraité par cinq ou six. personnes.

Des mandats d’arrestations furent lancés contre ceux qui avaient opposé cette résistance, mais ils se cachèrent. On craignait des troubles. Les juges de paix s’assemblèrent au palais de Don se

€) En 1793, étant chef de bataillon du 2e Chasseurs, 1l avait soumis à Robespierre un plan pour enlever le Canada.

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récuser. Cent hommes entouraient l'édifice. Berthelot Y était. Le shériff tenta de l’arrêter et s’en empara, mais cinq minutes après, rendu sur la place d’Armes, la foule l’enleva. De ce fait, quatre :ersonnes subirent des condamations comme les six autres du 2 octobre.

La délivrance de Berthelot ne fit q Des coureurs visitèrent les s’assembier à Montréal le 1 et les menaçant de l'incendie de leurs maisons et granges s’ils n’y allaient pas. Deux de ces messagers furent mis en accusation. Je 11, un très grand rassemblement eut lieu sur le Champ de Mars, mais il se dispersa à la demande des juges de paix.

Un nommé Latour, émule de Berthelot, refusa de payer l’amende

mné. Marston fut accueilli avec des armes

C'était le 24 octobre. Le 30, deux régiments furent envoyés

de Québec à Montréal. Latour s'était sauvé aux Etats-Unis. Les 26e

et 4e régiments, avec l'artillerie, arrivèrent à Montréal le 5 novembre.

On y recevait en même temps des papiers incendiaires envoyés par

Adet. A l'entendre, si les Canadiens secouaient le joug de l’Angleterre, ils auraient tout ce qu’ils pourraient désirer et bien davantage.

Les meneurs empêchaient les habitants de se rendre au marché de la ville, pour forcer les citoyens à s’unir avec ceux de la campagne dans leur résistance à la loi des chemins. On publiait des feuilles séditieuses et diffamatoires contre la Chambre d'Assemblée. Dix-neuf individus furent mis en accusation, dont quatre pour haute trahison; treize furent condamnés.

Ducalvette avait également réussi ailleurs à provoquer des résistances. Le 9 octobre, à Saint-Roch de l’Assomption il y eut émeute à propos de l'assemblée Pour choisir les inspecteurs des chemins. On y insulta un juge de paix et sa vie fut en danger. Il y eut des arrestations peu après. En novembre et décembre, la nomination des inspecteurs se fit paisiblement dans les paroisses voisines, mais, le 9 janvier, les inspecteurs de la Pointe Lévi furent arrachés de leurs domiciles et battus. Douze arrestations et douze condamnations de plus, sans compter les bagarres.

Lachine, Sainte-Rose et Longueuil, en octobre et novembre furent témoins de scènes pareilles, suivies d’arrestations et condamnations. David MeLane a déclaré qu’il se trouvait à Montréal durant ces émeutes et qu'il les fit cesser Parce que, dit-il, le peuple n'était pas prêt encore Pour amener les choses au point où il voulait les pousser. Cela signifie qu’il n’y voyait pas chance de pillage.

Le général Prescott attribue le soulèvement à l'inspiration d’Adet et, comme on ne peut Pas découvrir ses agents, il suppose que les basses classes de la population les favorisent et qu’elles partagent les instincts

révolutionnaires de la France. Plusieurs juges de paix, qui ont montré de la peur, de la mollesse ou de l'indifférence sont rayés du tableau des magistrats.

Du Calvette était en fuite. Cet automne il écrivait à son oncle de Montréal de lui envoyer sa commission parce qu’il s'en allait à New- York pour passer en France et revenir au printemps “faire danser les Anglais.” Cette commission est aux archives d'Ottawa.

Le gouverneur Prescott écrivait un peu plus tard au duc de Portland que deux individus ont été arrê:és à Montréal pour trahison; qu’il avait été sur le point de s'adresser aux Etats-Unis à l'égard de Du Calvette réfugié à Burlington, mais on a appris son départ de cet endroit.

L'automne de 1796 le gouverneur du Vermont arrête et livre aux autorités canadiennes un nommé Ephraïm Barnes, mais cet homme s’échappa de la prison de Montréal. A la suite de plusieurs évasions de ce genre, un acte d'accusation ayant été formulé contre le geôlier, le grand jury visita l’édifice et trouva que les murs extérieurs étaient dans un tel état de délabrement que, non seulement ils n’offraient aucune sûreté pour la garde des prisonniers, mais qu’on ne saurait les réparer. Il fallait les reconstruire entièrement. Huit ans plus tard, un autre rapport répétait ces paroles.

En novembre 1796, quelques Américains furent capturés à la frontière du Vermont. L'un d'eux, William Stanton déclara que des agents parcouraient cette région et entretenaient des intelligences avec le Canada. Ces jours derniers, dit-il, étant revenu du Canada, je me tenais près de Rousse’s Point pour intercepter lettres et paquets (il était done au service britannique?) et je vis venir un Canadien du nom de Launshaw (Longchamp?) qui est entré au Canada le 14 novembre après une absence de deux ans. Ila fréquenté les Français, ce qui pouvait le rendre suspect. (Suit sa description). Ses parents sont à Québec, selon ce qu’il dit. Ilest venu un autre Canadien, il y a un mois, que l’on disait être envoyé par les Français de Rousse’s Point; il portait, des papiers; je n’ai pu savoir son nom. Celui-là avait servi récemment sur des croiseurs français. Il a été absent du Canada deux ans. (Suit la description). Vers le milieu d'octobre, cinq Français sont venus de New-York à Rousses Point. Ils n'avaient ni un air monsieur ni l'apparence militaire. Ils ont été quelques jours à aviser au moyen de s’introduire en Canada avec des papiers qu’ils voulaient distribuer parmi les Canadiens. Un nommé Sneckall (Senécal?) Canadien leur servit de guide et, aussitôt en route, ils déployèrent un petit drapeau “national” et arborèrent la cocarde tricolore, mais le guide les égara, ils parurent déconcertés, remirent la cocarde dans leur poche, puis rentrèrent penauds à Rousse’s Point, d’où ils se séparèrent. Toutefois,

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l’un d'eux, De Millière Y resta, et se construisit une petite maison à une dizaine d’arpents de la frontière, côté américain.

De Millière(!) avait avec lui sa femme qui vendit des bijoux pour finir la construction de sa résidence improvisée, Il est pauvrement vêtu, sans argent, n’est ni instruit ni capable d’action importante, assure Stanton. Il se qualifie de cultivateur, mais se dit peintre de profession. On prétend qu’il a des cartes du Pays. Il reçoit des paquets de Burlington. Pour se procurer les clous, &c., nécessaires à sa maison il a quelque fois traversé la frontière et s’est rendu au manoir Caldwell. Il dit que le Canada sera envahi au printemps de 1797 et qu’il s'attend à être général. Les Français viendront d’abord de New-York, par &r-upes de cinq ou six se méler avec les Canadiens et que lui, Millière, il est à Rousse’s Point pour faciliter les communications. Stanton affirme, en octobre, que tout récemment Adet à visité la frontière,

Joseph Chew écrivait de Montréal, au capitaine 28 novembre 1796, que son gendre Sistare arriv étant passé par Rousse’s Point, où de Millière lui

cardes. Rousse lui a rapport ière avait signé des proclamations et se donna, Chez Rousse il vint deux Français en canot à—disant avoir des lettres pour de Millière, On disait que de Millière avait des armes, mais combien? Il a vu deux Mmousquets dans sa maison, et deux autres que Rousse lui avait achetés.

ler déc. 1796, déposition de Gabriel Sistare, marin, né à Barcelone, habitant la ville de New- environ trois e à Montréal, a frontière à Rousse’s Point, ce que voyant, de Millière crut pouvoir lui faire des confidences. I] dit que ce Français entretient des correspondances avec des personnes du Canada, Il dit qu’il a été envoyé de France avec sept ou huit autres dans le but de faire soulever la province et qu’il croyait la population prête à prendre les armes. Monsieur Rousse maître de l'hôtellerie, lui a dit avoir connaissance de l'échange de lettres,

©) William Stanton, dit que ce n’est par le général de Moulière “qui quitta le

Jupiler il y a quelques années,”

Une brochure signée Adet, portunt les armes de la république française adressée aux Canadiens cireulait dans le district de Montréal l'automne de 1796, disant que la France, ayant conquis l'Espagne, l'Autriche et l'Italie était déterminée à subjuguer la Grande-Bretagne, en commençant par les colonies, et premièrement le Canada ‘pour délivrer les Canadiens de l'esclavage dans lequel ils gémissent” et qu’elle prenait des mesures à cette fin. On y comparait les deux formes de gouvernement: britannique et française. Et, en terminant: “On n’entendra bientôt que le cri de Vive la République, depuis le Canada jusqu’à Paris.” Les autorités eurent connaissance de cet écrit, sans parvenir à se la procurer, du moins pour ie moment. Le général Prescott écrivait au duc de Portland, le 18 février 1797: “Ceux qui ont vu les proclamations d’Adet, déclarent uniformément qu'ils les ont brûlées, aussitôt après avoir compris ce qu’elles contenaient, mais ils n’en ont pas averti les magistrats.” C’est par ignorance qu’il se sont abstenus d’en parler aux autorités, s'imaginant sans doute que celles-ci savaient À quoi s’en tenir. Le fait de détruire ces publications et de rester muet indique plutôt du mépris pour les complots que de la complicité, même tacite.

Le 28 novembre 1796 Robert Liston, représentant la Grande-Bretagne aux Etats-Unis, écrivait à Prescott: “Un Français, () qui parle très bien l'anglais, et qui est en étroite liaison avec Adet, est revenu (à Philadelphie) dernièrement du Canada, après l'avoir parcouru durant plusieurs mois. Les membres les plus indiscrets du parti démocratique disent qu’il y a pratiqué avec un très grand succès(?) les esprits chez le peuple. Ils assurent même que, déjà, trois députés des habitants français de cette province sont en route pour l'Europe, chargés de porter des propositions à leur ancienne mère-patrie. L’affidé dont je parle va lui-même passer en France, paraît-il, avec des dépêches de l’ambassadeur Adet. Il communiquera au Directoire le résultat de son propre travail et celui des combinaisons de M. Adet.” Il ajoute que les Français des Etats-Unis veulent s'emparer du Canada et s’en faire un moyen d’influence, pour forcer Washington à renoncer au système de neutralité. C'était la politique de Genet.

Graham, que nous avons vu aide-de-camp et secrétaire du gouverneur Chittenden, était maintenant lieut.-colonel à brevet, au service américain et cependant il demeurait en Angleterre. Dans une lettre adressée au duc de Portlaud, il dénonce Ira Allen au sujet d’un achat d’arme, puis, sous forme de récompense, sans doute, demande une concession de terre dans le Haut-Canada. Cet homme était grand discou-

() Arrison était son nom. En Canada il se nommait Burns et se disait frlandais. (2) Son succès était mince. Il a dû se vanter, comme tous ses pareils.

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reur, vantard et intrigant, mais il disait ln vérité quant aux armes, plumets, &e., achetés en France par Allen, Voici une circulaire publiés dans le Burlington Mercury du 1er décembre 1796 :—

“Aux Officiers de Milice de l'Etat du Vermont, ”

Messieurs, —Son Excellence Thomas Chittenden, écuyer, m'ayant chargé de faire des achats d'armes pour l'usage de la milice, j'ai la satisfaction de vous annoncer que j'ai réussi À passer un marché et qu'on va expédier immédiatement les armes à New-York. Je m'empresse de Vous donner cet avis, afin que Vous ayez soin d'indiquer très exactement vos insuffisances dans vos états de revue, au mois d'octobre prochain, et que je sache mieux où envoyer les armes après leur arrivée à Troy.

(Signé) IRA ALLEN Paris 5 juillet 1796",

M. Pannoyer écrivit(!) au général Prescott, après avoir visité avec Coflin le Vermont ou son voisinage immédiat qu’il ne peut douter plus longtemps des intentions d'Allen et du Directoire: les 20,000 fusils étaient destinés au Canada 11 dit que le certificat donné par Chittenden et ses principaux officiers de milice est si notoirement mensonger que leur homme en gardera une tache ineffaçable. Dans les papiers du gou-

verneur Milnes, il est dit qu'un gentleman anglais nommé Bolton a entendu uné conversation tenue par des gens qui expliquaient la manière dont Allen s'était procuré de faux certificats pour justifier sa care gaison d'armes,

D’après Graham, le projet consistait à s'emparer du fort de Suint- Jean, ensuite de faire une tentative sur Québec en usant d'intrigue et de ruse; qu'ils avaient des affidés dans la Province, qui étaient des sujets britanniques et des émissaires français; et Graham croyait que quelques-uns de ces sujets britanniques occupaient des postes de confiance dans le gouvernement du Canada—mais il n’a pu nommer qu’un <eul, L£ duc de Portland ne veut Pas croire au bien fondé de telle accusation contre ces fonctionnaires.

Montréal, ler décnbre 1796, déposition de Wiliam Barnard, né Deerfield, Mass. commerçant, depuis cinq ans demeurant à Montr. qui dit s'être trouvé, le 26 juillet, de passage à Alburgh, petite ville di: Vermont près la frontière, en route Pour rentrer au Canada. Il fit la connaissance de MeLane, que celui-ci l’aborda disant savoir qui il était, etille lui prouva. Puis il dit qu'il allait lui communiquer des choses qui mettraient sa vie entre ses mains (Barnard)—et il demanda le secret. Alors il dit qu'il travaillait à susciter une révolution dans le Ba-Canada, que les Canadiens pouvaier : être as'vés qu'on ferait tout pour eux, et

(ler sept. 1797, de la baie de Missisquoi.

i: il Sec. I., 1911, 4.

que si Barnard voulait être de l'affaire sa fortune était faite. Barnard erut à un complot pour le perdre. Il répondit: “ Vous avez des desseins contre moi: je ne suis pas votre homme.” MeLane le quitta aussitôt, disant: “ Lorque voux en saurez davantage, vous penserez autrement.”

Vers les premiers jours d'août 1796, Barnard revit MeLane à Montréal, qui chercha de nouveau à le convaincre. Barnard, sans tarder, alla voir Thomas MeCord, juge de paix. et lui conta ce qui s'était passé.

Vers le 7 novembre suivant, Barnard rencontra MeLane à Laprairie qui lui dit qu'il travaillait au même projet; qu’il revenait de Montréal où il avait appris qu'on le soupçonnait; que, néanmoins, le Canada sera conquis, qu’il y aurait une armée ici le printemps prochain; qu'on ne saurait se reposer sur les Canadiens et qu'il était extrêmement fâché de< dernières agitations uu sujet des chemins parce qu'elles faisaient tort à leur cause. ,

Le 7 novembre MeLane lui dit que, au printemps, il le ferait aller de l'autre côté de la frontière pour traiter avec lui. 11 ajouta que le coup serait frappé dans un moment où l’on ne s'y attendrait pas. Il dit que son but, en surprenant Montréal, était de s'emparer de tout l'argent et de s'assurer de la personne des citoyens les plus importants, mais qu'on n'avait pas l'intention de leur ôter la vie.

McLane demande à Barnard d'employer son influence pour calmer les Canadiens de l'île de Montréal qui ont fait des émeutes. Il dit que des mesures sont prises pour prévenir tout mouvement pureil cet hiver. Il offre de nouveau de faire la fortune de Barnard, qui refuse derechef. MeLane prie Barnard de lui garder le secret, lui promettant protection, même s’il ne se méle de rien. Il comptait que Barnard découvrirait combien le Séminaire Saint-Sulpice et les principaux habitants de la ville avaient d'argent et où se trouvaient ces fonds. Il demande aussi de s'enquérir des personnes qui pourraient se joindre à la conspiration où s'y opposer. Il promit de revenir au printemps.

Le 19 décembre 1796, le procureur-général ecrivait à Ryland, secrétaire de Prescott, qu’un espion du Directoire était en Canada, ayant des exemplaires d'une proclamation qu’il venait de répandre. Il parle aussi des manœuvres d’Adet, puis il ajoute: “Je trouve que nos amis du Vermont sont plus enclins à favoriser l'attaque projetée sur le Canada que nous ne l’avions supposé. Ira Allen a traité à Paris d’une quantité d'armes, ostensiblement destinées à la milice vermontaise, mais cette destination est fausse, car la loi du Vermont oblige les miliciens à fournir leurs propres armes: le gouvernement ne se mêle pas Done, on pouvait supposer que la consignation était pour le

Le 29 décembre 1796 à Québee, le procureur-général écrit au capitaine Green qu'il est averti de la présence d'un espion du Directoire,

dine Jear vert Dan nom Jaco lac C ( Jean

(svuré] LES PROJETS DE 1703 À 1810 st

Pauvrement vêtu et distribuant des papiers imprimés; qu'il pense que c'est un des officiers de la flotte qui a paru dernièrement sur la côte, Les Magistrats de Montréal sont prévenus. Il dit qu'il écrira au chevalier de Tonnancour aux Trois-Rivières,

Le navire Olive Branch, portant 1ra Allen et les armes obtenues en France, fut capturé à l'ouest de l'Irlande par la flotte anglaise, au com- Inencement de janvier 1797, et conduit à Portsmouth. Le 20 janvier, le due de Portland en donnait avis au général Prescott Par une lettre qui a dû arriver à Halifax et, de là, être portée Par terre à Québec où elle a pu se rendre le 20 mars, Il Y avait à bord du vaisseau en question 20,000 fusils, plusieurs Pièces d’artillerie, des munitions et autres articles de guerre Allen n'avait Pas de papiers relatifs à ce chargement mais, comme on pouvait s'y attendre, il déclara que le tout appartenait au Vermont, Ce lnensonge était soupe ‘nné, pourtant on ne semble pas avoir fait des démarches Pour en avoir la certitude. Allen offrit de céder ces armes au gouvernement britannique, sans résultat. Enfin, le 19 avril 179$, on lui lai ndre sa marchandise sur cautionnement. I faut croire qu'il retourna en France aussitôt libéré, car il y fut mis en prison cette année 1795, et on ne le relâcha qu’en 1801, où nous le retrouvons à Montréal,

David MeLane était à Water ou Otter Creek, Vermont, le 15 ou le 20 mars 1797, Il Y rencontra, pour la première fois, Thomas Butterfield e& l'entretint de Propos de terres et de canaux. Ils se revirent, le 20 avril, à Swanton (Saratoga) résidence de Butterfield où celui-ci était co- Propriétaire d'un moulin à scie. MeLane lui confie « l’année précédente, le Canada, pour s’ass en disposition de prendre les armes, et d’euployé du ministre de Franc La conversation avait lie: chez un no oisin de Butterfielq. McLane se disfiit major. quatre personnes connaissant ses desseins:

get, aubergistes à Swanton, puis Barnard de k de Québec. On parla aussi d’un nommé Chanà Rouse’s Point, Butterfield, qui fréquentait Saint- Jean et toute la rivière Richelieu Pour son commerce, ce chargea d’avertir Charles Fréchette, qu'il connaissait, que McLane désirait le voir. Daniel, frère de David MeLane, était du e nom de Joseph Worthington.

Jacob Felt.

: Menuisier, demeurant dans la ville de Saintait reçu la visite de Felt (qui se faisait appeler McLane) au mois

d'août 1796. Cet homme lui demanda de lui procurer des certificats signés par six personnes de la province montrant que les Canadiens étaient mécontents du régime britannique et désiraient le rétablissement du gouvernement français. Une fois munis de ces pièces, ils devaient, tous deux, se rendre en France, et comme cette mission ne pouvait manquer de réussir, Felt lui promettait mer et monde. Fréchette refusa, mais, le 7 avril 1797, (!) il reçut un message par les mains de Butterfield, ce qui le décida à aller voir MeLane à la frontière et on lui fit de grandes amitiés. Il avait déjà promis, sous serment, de garder le secret des machinations de ces étrangers. McLane lui demanda de le conduire à Qu’ ec où il voulait acheter des chevaux, sous le nom de Jacob Felt. Le: ché fut conclu.

Fréchette a déclaré dans son témoignage qu'il avait été rencontrer les Français, environ huit milles de l’autre côté de la frontière du Vermont. Vers la fin d'avril, David McLane en compagnie de Fréchette, était à Saint-Alban et c’est là que Daniel et lui se virent pour la dernière fois. David disait simplement qu’il allait à l’île Lamotte et reviendrait dans quinze jours ou trois semaines.

David et Fréchette, partis de la frontière en canot, mirent pied à terre avant que d'arriver au fort Saint-Jean et passèrent par la campagne, c’est-à-dire par chemins détournés, durant la nuit du 30 avril. Le ler mai, lundi, la journée s’écoula dans la maison de Fréchette. Le mardi, ils montèrent à cheval deux heures avant le jour, et s’arrêtèrent pour déjeûner à Belœil, chez le curé Pierre Fréchette, frère de notre aventurier. S’étant remis en route, ils dînèrent à Saint-Mare, chez Joseph Frétreau.

De Saint-Marc, ils ont couché à Saint-Ours dans une auberge près de l’église et continué de là leur voyage à Québec. A leur arrivée à Saint- Nicolas, lieu de naissance de Fréchette, MeLane, parlant de cette famille qui y est établie demanda si l’on pouvait se fier à elle, s’ils pouvaient garder un secret? Il a ajouté: “Vous ne me connaissez pas. Je suis envoyé par le gouvernement français pour exciter une insurrection en Canaëa dans le but de délivrer de l'esclavage vos frères et parents. Je suis le commandant en second de l’armée française destinée à opérer contre cette province. Je voudrais former un corps de Canadiens pour surprendre la garnison de Québec. Vous pouvez parler à vos frères et parents et peut-être les engager àse joindre à nous. Surprendre la garnison est chose facile, si seulement les Canadiens veulent être des nôtres. Il ne me faut que cinq cents hommes qui soient résolus et capables de garder le secret. Il n’auront pas besoin de chercher un chef,

() McLane déclara que, le 7 avril, à Philadelphie, il avait quitté Adet, prêt à partir pour ia France le 10 avril, afin de demander des troupes.

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