‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 12 sur 92 · I. Dépêches de Paul de Foix, a. 6613, y. 32 et suiv · texte numérisé non relu

I. Dépêches de Paul de Foix, a. 6613, y. 32 et suiv

•j. Calendar of Statepapers: Randolph to Cecil, 24 février 1564, p. •ii ; Gauthier, Histoire de Marie Stuart, l. I, p. 183.

'il LES PROJETS DE MARIAGE D'ELISABETH

Mario Stuart ayant un instant paru prêter l'oreille plus sérieusement à cette offre, Elisabeth en prit sur-le-champ ombrage, et ce fut elle, Cecil le dit, qui encouragea et favorisa secrètement le départ de Darnley pour l'Ecosse, comptant sur le charme de ce gentil étourneau, ainsi qu'elle l'appelait, dont Marie-Stuart en effet ne sut pas se défendre. Melvil et Castelnau de Mauvissière, notre envoyé en Ecosse, l'affirment également. En fait de dissimulation, Elisabeth n'avait donc rien à envier à Catherine. Quelques jours après le départ de Darnley pour l'Ecosse, de Foix, la trouvant qui jouait aux échecs dans une grande galerie, lui dit, entre autres propos, qu'à ce jeu-là la perte d'un pion entraînait souvent celle de la partie. « Cela est vrai, répondit-elle ironiquement, Darnley n'est qu'un pion; mais il pourra bien faire mat la reine d'Ecosse. » Et elle affecta de se plaindre do lady Lennox, la mère de Darnley, « se promettant de lui faire du pire qu'elle pourrait, ainsi qu'à son fils ». De Foix lui fit observer qu'il n'y avait rien en Ecosse que l'on redoutât plus que son mariage avec Charles IX et que Lethington, l'envoyé de Marie Stuart pondant son séjour à Londres, avait tenu les pires propos pour le faire trouver mauvais.

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Il ajouta: « Vous avez sous lamain un véritable bouclier, Charles IX : pourquoi ne le prenezvous pas? » — Elle ré] lii qu'elle ne se sentait pas digne d'un semblable bien. Sa décision était lui'u arrêtée, elle n'avait jamais voulu de Charles IX, elle n'en voulait pas davantage; mais, vis-à-vis de Catherine, il lui répugnait de se donner le grief d'un refus, il fallail en rejeter la responsabilité sur ses conseillers; c'étail ^a manière de procéder.

Elle invita donc Paul de Foix à s.' rendre, le 12 juin, à Westminster, pour assister à la séance du conseil: il y trouva réunis Leicester, le grand chambellan Howard, Ceci! el le marquis de Norlhampton. Cecil parla le premier et demanda à de Foix ce qu'il avait à leur proposer. — De Foix répondit qu'il n'avait rien à proposer, qu'il n'était venu que pour entendre leurs objections et y répondre. Alors Northamplon, au nom de tous, prit la parole. Sa principale objection fut l'âge de Charles IX et le peu de chances qu'avait la reine d'en avoir des enfants. De Foix lui répondit qu'il pensait autrement, le roi venant d'entrer dans sa seizième année. Norlhampton répliqua gravement que d'ordinaire, axant vingl ans. on n'avait pas d'enfants. Aucune autre objection ne

fut mise on avant. Au sortir de cette conférence, de Foixse rendit auprès d'Elisabeth, qui trouva fort étrange que ses conseillers n'eussent pas soulevé d'autres difficultés. Ne voulant pas répondre directement, elle dit qu'elle attendait le retour de Somers. Ce n'était qu'un prétexte, elle ne l'avait envoyé à Bayonne que pour tout observer. Pris de dégoût, découragé, de Foix se plaignait amèrement de cette cour, où il n'avait rencontré que pièg-es et dissimulations. Le seul service qu'il croyait avoir rendu, c'était d'avoir, avec l'aide de Leicester, écarté l'archiduc Charles; mais Leicester n'avait travaillé que pour sa propre fortune; Charles IX et l'archiduc Charles mis do côté, il demeurait seul à prétendre à la main d'Elisabeth.

Après Cecil, Leicester est la plus grande personnalité du règne d'Elisabeth. Dans les projets de mariage de la reine, il a joué le principal rôle; il y a donc intérêt à rechercher les causes (lune faveur qui s'est invariablement soutenue. I! étail né la même année, le même jour qu'Elisabeth, et, dans un temps où l'on croyait à l'influence de la conjonction des astres, on attribuail à celte singulière coïncidence la sorte d'attraction qui attira toujours la reine vers Lui. .Mis à la Tour sons la terrible Mario

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Tudor pour avoir suivi avec son père la fortune de La pauvre Jane Grey, il y trouva Elisabeth, prisonnière comme lui. Ces! là que commença leur intimité. Depuis la sortie d'Elisabeth delà Tour, il lui avait envoyé de l'arme ni à plusieurs reprises; alors elle en manquait souvent. Le premier, avec Cecil, il vint lui annoncer la mort de Marie; elle était assise dans le pair de Batfield, sous un grand chêne dont le vieux tronc mutilé es! encore debout. « Sois le bienvenu. Robert, lui dit-elle ; je puis maintenant faire bonne mine à mon compagnon de la Tour. » De Cecil, elle fit son premier ministre; de Dudley, son premier écuyer. Quclquesjours plus tard, elle le nommait chevalier de l'ordre de la Jarretière, L'associant dans celte faveur aux plus grandsnoms d'Angleterre, lui. l'homme nouveau, comme L'appelle l'historien Camden, qui ne remontait qu'à deux générations, et dont le père <■! le grand-père avaient été décapités, le premier sous Henri VIII, le second au commencement du règne de Marie Tudor '.

Comme homme, Leicester devait lui plaire :

I. 77/ ■ Life of Robert, earl of Leicester, drawn of original writers and records, London I7\!7, in- 1 2. Voy. Secret Memoirs of Robert Dudley, earl of Leicester, London, 1700.

grand et bien fait, la tête belle et nullement déparée par la hauteur disproportionnée de son front; très soigné dans sa personne, la barbe et les cheveux toujours parfumés, il s'habillait avec une royale magnificence, affectant de porter à sa toque de velours noir une plume de cygne, allusion équivoque à la soi-disant pureté virginale de la reine. Mais ce n'est pas à ses avantages extérieurs qu'il dut uniquement sa haute fortune et sa persistante faveur ; il la dut surtout à son habileté, à sa profonde dissimulation et à son audace. Sa force, il le dit lui-même à notre envoyé Vulcob, c'était de connaître mieux que personne Elisabeth et d'obéir passivement à son premier ordre, assuré qu'il était de ramener plus tard à ce qu'il voudrait cette nature tout à la fois violente et variable. Lorsqu'elle lui proposa d'épouser la reine d'Ecosse, il accepta le rôle, mais secrètement il s'en fit excuser par Melvil auprès de Marie, se disant indigne d'elle et mettant cette hardiesse sur le compte de Cecil, son ennemi mortel. Lors des conférences qui eurent lieu à Berwick pour arranger ce mariage, il écrivit à Bedford, l'un des négociateurs, pour le prier d'en faire échouer

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