The Life of Lcicester, London 1727, p
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le projet. Afin de parvenir à épouser Elisabeth, il m' recula devanl aucun moyeu; il chercha d'abord à la compromettre en plaçant sa chambre tout ;i côté de la sienne et en se permettant avec elle des familiarités si publiques et si audacieuses, que Les principauxde la courvinrenl lui en faire reproche ei lui intimèrenl l'ordre d'être plus prudente l'avenir, ei il s'y soumit. Lui, le chef des puritains, promit à Philippe II de se faire catholique ei de ramener l'Angleterre à la vraie religion s'il voulail favoriser son mariage, C'était lebul unique de son ambition, et, violemmenl ou par ruse, il écarta sur sa roule toul ce qui lui lit obstacle. Sa femme, Amy Robsart, le gênail : il la fit tuer par des subalternes. Cccil eul beau dire que cette mort l'avait déshonoré1, il porta la tête haute et brava ses adversaires, Throckmorton, son plus intime confident, en savait peut-être trop sur sa vie; il mourul au sortir de table. Le comte d'Essex, dont plus tard il épousera la veuve , expira subitemenl en revenant d'Irlande. Ce ae sont point d'obscurs pamphlétaires qui l'accusent : c'est Melvil dans ses Mémoires; c'est Camden, l'historien le plus autorisé de l'époque. Le loyal Sussex, qui, jusqu'à la dernière heure, combattra sa funeste t. Vpy. Burghley papers, t. il. p. io.
influence, et qu'il tenta d'empoisonner, disait aux amis qui entouraient son lit de mort : « Je m'en vais; gardez-vous du Bohême : H est trop rusé pour nous ; vous ne connaissez pas la bête comme je la connais. » Quand Leicester crut avoir enlevé ses dernières chances à l'archiduc, il vint trouver Cecil, qui passait pour le plus opposé à son mariage avec la reine. Comme entrée en matière, il lui dit qu'il l'avait toujours tenu pour un ministre sage et prudent et qu'il l'avait toujours aimé, quoiqu'il n'ignorât pas qu'il avait voulu marier la reine à un étranger; puis, jetant le masque, il déclara ouvertement qu'il prétendail épouser la reine et qu'il lui semblait qu'elle ri était bonne que pour lui. Si Oeil le secondait, il tiendrait la main non seulement à ce i|ii il restât dans sa charge, mais il le ferait monter plus haut encore, l'invitant à venir le voir plus fréquemment. Au sortir de cet entretien. Ceci] raconta tout à Paul de Foix; mais Leicester, pour favoriser ses prétentions, allait avoir un autre appui sur lequel il ne comptait guère : c'étail celui de Catherine de Médicis. Klle en était toujours à redouter l'archiduc Charles; elle invita donc de Foixàprendre parti pour Leicester et à servir sa cause auprès d'Elisabeth. Mais, après avoir tant insisté en
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faveur de Charles IX. commenl aborder un pareil sujet? A sa première audience, PauldeFoix avant amené la reine à lui parler de son mariage, insinua qu'elle ferait peul-èlre mieux de choisir un grand seigneur anglais. C'était, sans Le nommer, lui désigner Leicester. Lpouserun prince étranger, ce sérail faire maintenant une grave injure au roi de France. Elisabeth lui répondit qu'elle comptait trop sur l'amitié du roi (tour qu'il pûi jamais douter délie, mais qu'elle ne savait vraiment pas encore qui elle prendrait ; un grand seigneur anglais, n'eût-il par lui-même aucune importance, pourrait devenir assez puissant pour être plus tard un danger; elle ('tait, au reste, bien décidée à n'abandonner lien de ses biens, lien de son pouvoir; • die ne voulait « s'aider d'un mari que pour laisser un héritier ;i ses sujets; quand elle pensai! à se marier, il lui semblait qu'on lui arrachait les entrailles >«. Le roi de Suède s'était tout récemment remis sur les rangs; elle attendait sasœur, lamargravede Bade, mais ce n'était pas un rival bien dangereux. La margrave de Bade, dont la grossesse était très avancée lorsqu'elle vint en Angleterre, accoucha à Londres. Leicester lui lit donner une pension par Elisabeth, et elle ne parla plus de son frère.
Le champ était donc libre. Leicester demanda à la reine de l'épouser aux fêtés de Noël. Elle le lui promit; les fêtes venues, elle le pria de lui accorder jusqu'à la Chandeleur, tout en disant pour le rassurer que Catherine de Médicis approuvait son mariage et que cela lui suffisait. A la fin de janvier, elle était toujours dans les mêmes dispositions. Rambouillet, envoyé en Ecosse, étant venu la saluer h Windsor, elle lui dit formellement qu'elle ne se marierait jamais à un prince étranger; car les conditions qu'elle exigerait ne seraient point acceptées, et qu'elle était décidée à épouser Leicester. Mais, le mois suivant, l'influence de Cecil reprit le dessus. D'après ses conseils, sir Richard Sackville fut désigné pour aller à Vienne renouer les négociations avec l'archiduc Charles. Cecil écrivit à Leicester, et, faisant appel à son patriotisme, il l'invitait à sacrifier son ambition au bien et au repos de l'Angleterre. Pour le forcer à ce désistement, il fut même question de reprendre l'enquête commencée après la mort de sa femme. Cecil n'avait pas mesuré L'étendue de l'alfection qu'Elisabeth portait encore à son favori. Elle ne Voulut pas signer
i. Dépêches de Paul de Fm'.r.
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les instructions de Sackville, que Leicester, alors absent, ne l'ut de retour; mais, avant même qu'il Eût rentré à la cour, la mission de Sackville étail abandonnée, cl Elisabeth, revenue à L'idée d'épouser son favori, ne voyait plus que par ses yeux. Un événement forcément attendu allait la rejeter dans de nouvelles incertitudes. Au milieu d'un bal qu'elle donnait à Greenwich, od lui apporta la nouvelle de la naissance de Jacques Stuart, donl Marie Stuart était accouchée dans la matinée du l!> juin. Ce fut comme un coup de foudre; les danses cessèrent aussitôt . tous les invités se retirèrent ; restée seule, Elisabeth s'affaissa dans un fauteuil et se tournant vers ses dames d'honneur : « La reine d'Ecosse, leur dit-elle, est accouchée d'un beau garçon, et, moi, je reste comme un tronc stérile. »
Paul de Foix avait souvent demandé à rentrer en France. Catherine se rendit à son désir et le remplaça par Bochetel de la Forest, qui avait longtemps représenté la France dans les Pays-Bas. Dans une lettre du 26 juillet K>66, elle trace au nouvel ambassadeur sa conduite, eu tout conforme à celle que de Foix avait, suivie jusqu'alors. « Faites, lui disait-elle, tout ce que vous pourrez pour le comte de Leicester, après lui avoir toutefois fait entendre
ce que vous désirez faire en faveur de sa cause et avoir eu sur ce son avis. » Puis, venant à lui parler de l'ambassadeur qu'Elisabeth envoyait à Vienne pour porter à l'empereur Maximilien Tordre de la Jarretière : « Mettezvous en peine, ajoutait-elle, de savoir si cette présentation ne sera pas accompagnée d'autre charge pour renouer le fait du mariage avec l'archiduc. » Celait son idée fixe; elle avait toujours celle crainte.
Tous les ans, Elisabeth faisait dans les provinces un voyage d'un ou deux mois; cette année, elle devait visiter le Lancashire et rentrer à Londres par Oxford. Invité parla reine à la suivre dans cette excursion, notre nouvel ambassadeur, La Forest, s'en excusa et se lit remplacer par son neveu Vulcob. attaché à son ambassade. La cour devait s'arrêtera Tune des résidences de Cecil, qui touchait à Stamfort ; mais la fille de Cecil ayant été prise de la petite vérole, Elisabeth, qui en avait déjàété atteinte el qui en avait gTand'peur, renonça à ce projet cl séjourna forcément quelques jours à Stamfort. Vulcob profita de ce temps d'arrêt pour lui demander une audience qu'il obtint pour le 5 août. Il attendait, dans la salle de présence, l'heure d'être introduit, quand Leicester sortit de la
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chambre de la reine. \ ulcob L'aborda el lui liL entendre tout ce que l'ambassadeur son oncle L'avail chargé de dire pour lui à la reine. Leicester s'en montra très reconnaissant ; mais moitié riant, moitié soupirant, il avoua à Vulcob qu'il étail plus que jamais dans l'incertitude sur les intentions d'Elisabrili à son égard: elle étail recherchée par tant de princes, cl notamment par l'archiduc Charles, qu'il ne savait vraiment qu'en penser. Vulcob lui ayant répondu que Leurs Majestés ae croyaienl pas qu'elle choisît un prince étranger: « Je suis de cel avis, reprit-il : mais je crois aussi qu'elle ne se mariera jamais: je la connais mieux que personne, la connaissant depuis l'âge de huit ans; dès ce temps-làet depuis, lorsqu'elle a été en âge d'être mariée, elle a persévéré dans celle volonté. Toulef'ois.si d'aventure elle prenait un mari, elle n'en prendrait pas d'autre que moi. » Sur ces entrefaites, Elisabeth lit appeler Vulcob. Elle le garda près ! l'une heure et parut beaucoup regretter que La Foresl ne l'eûl pas accompagné; elle lui aurail donné le plaisir de la chasse, il l'aurait vue tuer des cerfs. l'uis elle lui demanda des nouvelles de Charles IX, s'étonnant de ce qu'il avait si bien supporté les fatigues d'un voyage de deux ans; c'était l'indice d'une forte com-
plexion; elle s'enquit minutieusement de sa taille et de son physique. Vulcob la confirma dans l'opinion qu'elle avait de la bonne constitution du roi et a son tour la flatta parles compliments les plus exagérés. En parlant ainsi de Charles IX, avait-elle l'intention de revenir sur le refus qu'elle en avait fait? Vulcob le crut un moment, et ce qui le fit entrer plus encore dans cette idée, ce fut l'étrange confidence que venait de lui faire le médecin d'Elisabeth. Après avoir rappelé les éloges que la reine faisait de Charles IX, il avait dit que, pour resserrer le lien d'amitié entre les deux royaumes, il n'y avait pas de meilleur moyen que de marier le jeune roi à Elisabeth. Vulcob objectant l'âge et les craintes de stérilité que la reine elle-même semblait partager, il lui avait répondu : « Votre roi a dixsept ans, la reine trente-deux seulement ; ne vous arrêtez pas à ce qu'elle dit ; ce sont propos qu'elle tient suivant les fantaisies qui lui viennent de se marier ou de ne pas se marier. Si le roi l'épouse, je réponds de dix enfants; il n'y a homme au monde qui connaisse mieux son tempérament que moi *, Si vous voulez, vous et
I. Le médecin d'Elisabeth en savait probablement plus sur son tempérament et sa conformation que le duc de Nevers et Brantôme. Consulté sur le mariage du
moi, nous mènerons secrètemenl celle affaire. Votre roi est jeune, dispos, accoutumé aux voyages; il peut venir de Boulogne voir cette belle dame '.»
La Forest, eu faisant part à Catherine de relie conversation, suivie d'autres démonstrations qui semblaient plus significatives, l'invita à donner des instructions précises à Casleluau de Mauvissière, qu'elle se disposait à renvoyer en Ecosse, afin que, lors de son passage à Londres, il fût bien fixé sur ce qu'il aurait à répondre dans le cas où une ouverture plus sérieuse lui serait faite ; mais Catherine ne s'y trompa pas, elle ne prit ces nouvelles avances que pour ce qu'elles valaient : « Le roi mon fils, lui écrivit-elle, vous faisant une ample réponse sur le contenu de votre dernière lettre, il ne me reste qu'une chose a vous dire sur l'affaire que vous savez, qui est que, si l'on vient en quelque propos, que vous vous y gouverniez de tout en tout suivant ce que je vous
duc d'Alençon par Catherine, le duc de Nevers lui écrivait:
x Je ne dirai rien de l'empêchement que, peut-êtn . I i nature apporte à notre satisfaction (Mém. du duc de Ni vers, t. 1. p. i77 . » Voy. Brantôme, pour la difformité secrète d'Elisabeth, édit. L. Lalanne, t. VI, p. 54; t. IX. p. 268, 719 ; Ambassadeurs vénit., t. II, p. 139.
i. Bibl. nat., Fonds Clait'ambault, n° 3o3, p. 607.
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en ai déjà écrit et la résolution que, suivant cela, en avez prise, qui est le mieux qu'il se peut faire en un tel commencement ; et de quelque part que ces propos vous ont été ouverts ou à votre neveu, ne craignez pas de nous en avertir particulièrement, non pour vous dire à la vérité que je ne m'en veuille rien promettre, mais je serai bien aise d'entendre clairement la façon et l'artifice dont ils procéderont. » La Forest, avant même d'avoir reçu cette lettre, était déjà revenu sur sa première impression, car le médecin d'Elisabeth, son rôle une fois joué, n'avait plus reparu. « Cecil et Leicester, répondit-il à Catherine, quand ils parlent du mariage de la reine, s'en moquent; depuis huit ou dix ans, elle leur a fait assez connaître comment elle veut vivre et passer le reste de ses jours. La dite dame pense qu'il lui est expédient d'avoir toujours quelqu'un sur les rang's; elle s'aime tant et se connaît si grande, qu'elle se persuade qu'elle est recherchée de tous les princes chrétiens qui sont à marier, et que le moindre mot mis en avant est un leurre pour les faire incontinent venir. Quiconque connaîtra bien le vent de ce royaume, la disposition et affection des sujets, l'inclination de la reine et sa façon de vivre, verra bien vite que de tels marchés ne
sont favorables, mais qu'on s'en veul aider pour profil el avantages '. »
C'esl à la fin de septembre que La Forest adressait celle lettre à Catherine; à celle date, Elisabeth était rentrée à Londres pour assister à la première séance du Parlement fixée au 30 du mois. La question de son mariage et de la succession à la couronne devaient y être débattues : elle n'en élail pas à l'ignorer; et ce qui lui semblait plus grave, c'esl que, sur la question de sa succession, la majorité des lords était acquise à .Marie Sluart, et la majorité des communes à Catherine Grey, mariée au comte d'Hertford .Le Parlement s'ouvrit le 30 septembre ; durant quinze jours, aucune motion ne fut proposée; les membres des deux Chambres se concertaient secrètement. Dans la séance du 17 octobre, Cecil déposa une demande de subsides pour solder les dépenses de l'Irlande. Le lendemain, à l'ouverture de la séance de la Chambre des communes, un avocat nommé Molyneux prit la parole et, avec l'assentiment unanime de l'assemblée, demanda qu'on mil à l'ordre du jour la question du mariage de la reine el de la succession à la couronne. C'esl en vain que Ceci!