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chercha à étouffer la discussion en déclarant que la reine était disposée à se marier et que son mariage rendait inutile le choix d'un successeur; les deux Chambres convinrent de nommer des commissaires chargés de la rédaction d'une
adresse à la reine. Pour détourner l'orage, Elisabeth ht appeler les chefs de la majorité dans les deux Chambres; mais elle n'était pas dans un élal d'esprit propre à la conciliation, le sang' de Henri VIII bouillonnait dans ses veines. Norfolk fut le premier introduit; au nom de tous, il lui rappela que, dans la dernière séance du Parlement, elle avait obtenu que la question de son mariage et celle de sa succession fussent ajournées à une autre session. Sans le laisser continuer, elle lui demanda qui les poussait à la presser ainsi. Jusqu'ici, Dieu merci, ils n'avaient pas eu à se plaindre d'elle ; elle entendait régler seule la question de sa succession; elle ne voulait pas, comme sa sœur Marie, être enterrée toute vive, et, quant à son mariage, ils savaient bien qu'elle n'en était pas éloignée; puis, s' échauffant peu à peu, elle traita Norfolk de traître H <!<■ conspirateur. Qui sait? son arrêt de mort date peut-être de ce jour. Norfolk ainsi congédié, elle reçut Leicester, Northamplon, Pembroke et William Howard. Pembroke s'étanl
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plainl de l'accueil l'ail a Norfolk, le plus fidèle serviteur de la couronne, el avant ose lui dire que, si elle no se rendait pas à leurs conseils, ils agiraienl d'eux mêmes, elle le traita de soudard el d'imbécile qui ne savait ce qu'il disait. Apercevant Leicester à ses côtés : o Et vous aussi, lui dit-elle, m'abandonnerez-vous? — Je suis prêl à mourir pour vous, s'écria-t-jl. — Qui vous le demande? reprit-elle. Est-ce qu'il s'agit de cela? » A Northampton, elle reprocha le scandale de son récenl divorce, et, en définitive, ne voulant rien entendre, (die les congédia brutalement '.
Au sortir de cette entrevue, les lords allèrent trouver l'ambassadeur d'Espagne, don Guzmau de Silva, et le supplièrent d'agir sur la reine pour la décider à épouser l'archiduc Charles. De son côté, elle lit appeler l'ambassadeur et se plaignit amèrement de l'ingratitude de Leicester; en lui accordant une faveur trop marquée, elle avait compromis sa réputation, et il mériterait d'être exilé pour ne plus donner d'ombrage à l'archiduc.
Le conflit resta aussi animé, aussi violent que le premier jour. Le 2 décembre, l'adresse fut
l. Froude, History of England, i. VIII, p. 3l2 et suiv.
votée et portée à Elisabeth par vingt-cinq pairs, trente membres des communes et les deux évêques de Durham et de Londres. Elle se contint vis-à-vis des pairs, s'emporta contre les membres des communes et injuria les deux évêques, leur reprochant de l'avoir traitée de bâtarde; puis, répondant à Bacon, qui avait porté la parole pour tous, elle affirma que ceux qui prétendaient qu'elle ne voulaitpas se marier en avaient menti ; quant à sa succession, elle leur répondit par une de ces phrases ambiguës et inintelligibles dont elle avait le secret. Ils s'étaient bien avancés pour se contenter de si peu ; mais elle avait plus de fermeté qu'eux; elle leur enjoignit de passer à l'ordre du jour et, dans la séance du 15 décembre, ils reculèrent et obéirent. Dans celle du 2 janvier suivant, elle réduisit fort habilement sa première demande de subsides, y glissa quelques mots heureux en faveur de leurs privilèges et de leurs libertés qui flattèrent leur amour-propre. Le subside fut voté, l'accord se rétablit, et, le Parlement avant été prorogé le ."> janvier, elle recouvra toute sa liberté '.
A la lin d'octobre, auplusfort de sa luttecontre
le Parlement, M. de Brienne, en allant en Ecosse.
t. Froude, History ofEngland, i. VIII, p. 31S et suiv.
lui reçu par la reine. Une heure durant. rllc l'entretint de Charles l\. s'informanl « 1 * son genre de vie, <lo ses passe-temps et de ses chasses; mais elle ne lil aucune allusion au passé, elle ne revint pas sur la réponse décisive qu'elle avait faite tout récemment à Castelnau de Mauvissière: «Voire roi esl trop grand et trop petit ' ! »
I. Castelnau, Mémoires, édit. de Le Laboureur, l. I. I». 178.
Le cardinal de Châtillon et le vidame de Chartres pensent an duc d'Anjou pour Elisabeth. — Cavalcanti intermédiaire autorisé de ce mariage. — Walsingham remplace Noms en Frai - Portrait du duc d'Anjou. — Le duc d'Anjou dé-
tourné de ce projet de mariage. — Lord Buckhurst <'ii France. — Elisabeth manifeste l'envie de voir le duc d'Anjou.— La Mothe-Fénelon t'ait la demande officielle de la main d'Elisabeth.— Conditions du mariage.— Walsiugham s'entretient avec Catherine de la mission de Cavalcanti.
Cinq années se sont (''coulées depuis le refus définitif de la main de Charles IX par Elisabeth, années dures à passer pour la Franc:' el presque entièrement remplies par la seconde guerre civile. Dans ce court espace de temps, les morts, les événements tragiques se sont rapidement succédé : le vieux connétable Anne de Montmorency ii .1 pas survécu aux blessures reçues à la bataille de Saint-Denis; Condé a été tué de sang-froid à JarnacparMontesquiou; d'AndeloI est mort de la fièvre ou du poisoD : Elisabeth de
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Valois, la reine d'Espagne, a succombé en couches h la Qeurde L'âge; Darnley a été assassiné; Mari»' Siuarl, échappée de la prison de Lochleven, a livré aux lords confédérés sa dernière bataille e1 est venue se remettre aux mains d'Elisabeth, sa plusmortelle ennemie. Nosrelai i. .us avec l'Angleterre s'en ressentenl : les yeux fixés Mu- Calais, Elisabeth guettail l'occasion d'une revanche. En 1567, lors de la conspiration qui i'ul découverte au Havre une Qotte anglaise étaii en vue1. La connivence d'Elisabeth avec les chefs protestants étaii certaine; son appui, ses subsides ne leur firent jamais défaut. Goligny écrivait ;i Cecil.cn 1 ."»G8 : « Je vous ferois tort si je cherchois à augmenter votre bonne volonté ; ce seroit comme si je voulois ajouter de la chaleur au feu2.» Si Elisabeth ne déclara pas ouvertement la guerre à la France, c'est que les premiers revers des protestantsFen détournèrent; mais ses préparatifs étaient faits, toutes les lettres de nuire ambassadeur à Londres, La Mothe-Fénelon, en témoignent. Dans un message qu'elle fil présenter à Charles IX par sir Benri Noms, son ambassadeur, elle déclarait
I. Rfasseville, Histoire de Normandie, t. V. p. r . cotre livre, la Normandie à l'étranger, p. 1 00. '2. Record office, State papers : France.
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que, si les persécutions pour cause de religion ne cessaient pas, elle interviendrait pour la propre sûreté de ses états. La réponse de Catherine fut digne et fière, et, cette fois encore, Elisabeth recula; elle excusa son message sur la sollicitude que devait éprouver la reine sa sœur en voyant la France, qui lui était si chère, divisée entre tant de partis l.
La paix de Saint-Germain (août 1570) — également désirée des deux côtés, caria lassitude avait gagné aussi bien les protestants que les catholiques, — mit fin à cette situation. Tant que la guerre avait duré, les chefs protestants avaient eu en Angleterre deux agents pour servir leur cause auprès d'Elisabeth, tous les deux remuants et habiles: l'un, c'était le vidame de Chartres, celui qui en 1562 avail livré Lp Havre aux Anglais ; l'autre, le cardinal de Châtillon. Les portes de la France leur étaienl rouvertes; à la veille d'y rentrer, se cachant l'un de l'autre, car ils se détestaient cordialement, ils eurent l'idée de proposer à la reine Elisabeth le jeune dur d'Anjou. Elle avail alors trente-sept ans, le duc en avait vingt. A\aul de suivre relie négociation entamée en partie double, retournons en arrière et
l. Hecnnl ol'ti<ï\ Shiir \iapers : France.
voyons en quels termes Elisabeth était avec l'archiduc Charles. En 1567, sous la pression de Ceci] el des lords qui suivaient son parti, elle avait consenti à l'envoi de Sussex à Vienne; mais, irrésolue comme elle L'était toujours, elle avait Longtemps fait attendre Les instructions qu'il devait emporter; ce n'ésl qu'à la mi-juillet, Marie Stuarl étant encore prisonnièreà Lochleven, qu'elle les avait enfin silures. Sussex arriva à Vienne Le 7 août. Sa haute situation, sa réputation établie de loyauté lui permirent d'aplanir rapidement toutes les difficultés, et tout portait à croire qu'il ramènerait L'archiduc à Londres. Cette fois encore et pour la dernière, L'influence de Leicester fut plus forte que celle de Cecil. Elisabeth y céda el introduisit dans sa réponse une clause qui annulait tontes les concessions que Sussex avait faites. Le projet de mariage fut donc de nouveau laisse de côté, sans que les chances de Leicester s'en fussent accrues. Son rôle d'épouseur était bien fini.
Uniquement préoccupé de la guerre civile de France, le Parlement anglais n'avait plus insisté auprès d'Elisabeth pour son mariage et sa succession. Elle ne pensait donc plus ni à Charles IX, ni à L'archiduc Charles, ni même à Leicester ; niais, chose inattendue, au moment où elle
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apprit que le mariage de Charles IX était décidé avec la seconde fille de l'empereur Maximilien, elle en conçut un extrême déplaisir. Faisant un triste retour sur le passé, sur son isolement, elle en prit un tel chagrin, que Leicester, qui avait renoncé à tout espoir de l'épouser, lui proposa de reprendre la négociation avec l'archiduc Charles et de faire partir pour Vienne Henri Cobham, dont c'était le début dans la carrière. Il était si jeune, qu'il n'avait pas encore de barbe. Venant après la mission de Sussex, dont le nom seul était une autorité, ce choix sembla étrange. Cobham fut reçu courtoisement; mais l'empereur répondit que, depuis trois ans, aucune communication ne lui avait été faite, et que maintenant il était trop tard, son frère s'étant engagé avec une princesse de Bavière. Ce refus formel fut très mal pris par Elisabeth. Elle ne put s'empêcher de dire: « L'empereur me fait injure, et, quand je le voudrai, je trouverai un aussi bon parti. »
Voyons également où en était Catherine.
L'entrevue de Bayonne avait été pour elle une vraie déception : le duc d'Albe et la reine d'Espagne, «. devenue toute Espagnole », n'avaient voulu prêter l'oreille a aucune de ses propositions de mariage ; ils avaient exigé avant tout
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la répression immédiate du protestantisme e1 son anéantissement1. G'étail donc en pure perte que Catherine avail excité la défiance des réformés. La fille aînée de Maximilien, qu'elle désirait pour Charles l\, Philippe II l'avait prise, et tout récemmenl le roi de Portugal venait de refuser la main de Marguerite de Valois, se disant trop jeune et ne voulant à aucun prix se marier sans L'assentiment de Philippe II. Le terrain était admirablemenl préparé pour un rapprochement entre la France et l'Angleterre, qui toutes deux avaient à se plaindre de l'Espagne. Le cardinal de Châtillon et le vidame de Chartres en jugèrent ainsi, et l'un et l'autre se mirent en campagne. Le vidame de Chartres engagea le premier la négociation avec Cecil et prit pour confident en France le maréchal François de Montmorency, se réservant d'en écrire plus tard à Catherine 8. Le cardinal, qui avait été longtemps le confident et le conseil de Catherine, s'adressa directement à elle, et en même temps crut devoir en parler à la Mothe-Fénelon, notre nouvel ambassadeur, avec lequel il avait repris, depuis la paix, des relations amicales.