I. Correspondance de l<> Mothe-Fénelon
LES PROJET i DE MARI \u: d'ÉI ISABETD 69
nouvelles, Cavalcanti vint le visiter, et, Faisant tomber la conversation sur le ressentiment si vif que la reine avait éprouvé eu apprenant le mariage de l'archiduc Charles, lui demanda s'il u'entrevoyait pas là une bonne occasion de penser pour elle au duc d'Anjou. « Je ne sais, répondit La Mothe-Féneloh, dans quelles dispositions peut se trouver ma souveraine, mais elle a toujours dit que le plus grand parti pour l'un de ses fils, c'étoil la reine d'Angleterre. » Trois jours après, Cavalcanti revint lui dire qu'il en avait causé avec Leicester, qui avait très bien accueilli ce propos, mais qui, se disposant à se rendre auprès de la reine à llampton Court, lui avait promis de reprendre cet entretien à son retour. La Mothe-Fénelon crut y voir une invitation d'aller à llampton Court. Dès le lendemain, il s'y rendit; mais, avant de se présenter à la reine, il lit une visite à Leicester. Après quelques propos insignifiants, il dit qu'un personnage de qualité, qu'il ne pouvait nommer, lui avait fait une ouverture pour le mariage de Monsieur, c'est ainsi qu'on appelait le duc d'Anjou ; il ajouta qu'il ne voulait y donner suite qu'après avoir pris son conseil, le roi el la reine mère le considérant comme le meilleur ami de la France, et, si ce
projet devait réussir , voulant le devoir à sa seule influence. Leicester répondit qu'en effet le vidame de Chartres et le cardinal de Châtillon avaient entamé ce propos et parlé du duc d'Anjou dans les meilleurs termes; que, quant à lui, il avait toujours été opposé à l'alliance avec l'Autriche, quoique en apparence avantageuse ù la reine, et que, puisqu'elle était résolue à n'épouser aucun de ses sujets, il voulait se sacrifier pour conduire à honne fin son mariage avec le duc. Il ajouta que la reine était plus mal que jamais avec l'Espagne; qu'au surplus, une fois de retour à Londres, on pourrait en parler plus au long, mais qu'en attendant l'ambassadeur ferait toujours bien de lui en dire quelques mots, et il s'offrit pour l'introduire dans ses appartements. Evidemment tout cela était arrangé à l'avance. Elisabeth était plus parée que de coutume, comme si elle s'attendait à la visite de notre ambassadeur. La Mothe-Fénelon rappela que bien des fois elle avait exprimé son regret de ne pas s'être mariée de bonne heure, et qu'elle lui avail dit aussi qu'elle ne s'allierail qu'à une maison royale, ce qui lui avail fait penser qu'elle l'invitait h lui
l. La Mothe-Fénelon, Corresp, dipî., i. lit. p. it~.
parler <lu duc d'Anjou, le prince le plus accompli qui fui aujourd'hui à marier. • Je croyais que les pensées «lu «lue étaient logées plus haut -. répondit Elisabeth. Je suis déjà bien vieille, et, sans la considération de laissée des héritiers, j'aurais honte de parler d'un mari, étant déjà de celles dont od veut bienépouser
leroyau et uon la personne. Les princes de
la uiaisiui de France ont la réputation d'ê bons maris et de fort bien honorer leurs femmes, mais de ue guère les aimer. » Pour une première ouverture, le propos ne pouvait aller plus loin. La Mothe-Fénelon en lit part à Catherine, mais sans répondre de la conclusion: car la reine, qui avait souvent promis au Parlement de se marier, avait toujours trouvé le moyen d'éluder sa promesse. Néanmoins, selon lui, ce sérail une faute de ne pas y donner suite, et de laisser échapper un si grand parti; il imitai! donc Catherine à y disposer le duc d'Anjou et attendait des instructions formelles, puisque c'était à eux de faire les premiers pas. La réponse de Catherine fut prompte: ci Nous avons peux'', dit-elle, que cette ouverture se faisoit par l'intelligence el peut-être la menée «le la reine d'Angleterre, beaucoup plus en intention de se servir du temps et de
nous pendant que ceci se négocièrent, qu'elle f croit conduire à la longue, que par volonté qu'elle eût de se marier. Nous avons donc écrit au cardinal de Chàtillon que, si Elisabeth avait quelque femme ou fille à marier qu'elle pût désigner comme héritière de son trône, ce serait beaucoup plus convenable. » La prudence commandait ces précautions , mais l'offre lui avait été au cœur, et, à la fin de sa lettre à La Mothe, elle s'étendait complaisamment sur tous les avantages de cette union, le chargeant de bien s'assurer de ce qui en était en réalité, et, s'il y entrevoyait quelque chance, d'en parler comme de lui-même et de faire en sorte que les lettres qu'il lui écrirait à ce sujet n'arrivassent qu'à elle seule, sans passer par d'autres
mains l.
Elisabeth s'étant laissée aller à quelques confidences avec les dames de son entourage, le bruit du mariage se répandit bien vite à la cour; mais La Mothe-Fénelon répondit à tous ceux qui l'interrogèrent qu'il n'en était pas question. Le bruit persistant, il s'en plaignit au cardinal de Chàtillon, qui en rejeta la faute sur les indiscrétions du vidame de Char-