La Mothe-Fénelon, Conesp. diplom., t. 111, p
Dans tous ces racontâmes habituels des cours, il n'y avait rien qui put sérieusement inquiéter noire ambassadeur. Ce qui était plus grave, c'est qu'on vint lui affirmer que Leicester était parvenu à se faire proposer de nouveau à la reine par les membres de son conseil, et que la pensée d'épouser son favori, avec l'assentiment de ceux qui jusqu'ici l'en avaient dissuadée, l'avait beaucoup refroidie à l'égard du due d'Anjou. Cela méritait un éclaircissement. Lei- .csler, venant de lui-même au-devant d'une explication, s'invita à dîner chez La Mothe, en compagnie de Northampton, de Sussex et du comte d'Oxford: il aborda le premier ce sujet délicat. « C'était, dit-il, une menée de Cecil et des partisans de l'Espagne, qui voulaient empêcher le mariage du duc d'Anjou. Ils avaient en effet vivement sollicité la reine de l'épouser; mais, chargé par elle de les en remercier, il les avait tous vus et leur avait dit que : lorsque le temps lui était propice, il les avait eus pour adversaires et qu'aujourd'hui que le temps ne lui servait plus à rien, leur dessein, en faisant mine de lui aider, n'était que d'écarter le duc d'Anjou, qu'il ne leur en savait donc aucun
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Ce langage était-il sincère? La Mothe fit
semblant de le croire, mais en conservant tous ses doutes '.
Du moment qu'Elisabeth pensait sérieusement au duc d'Anjou, sir Henri Norris, son ambassadeur actuel en France, n'était plus l'homme de la situation; il s'était trop compromis durant la dernière guerre civile. Elle le comprit et le remplaça par sir Francis Walsingham. De tous ceux qui servirent sa politique à l'étranger, c'était le plus habile. Il devait beaucoup à l'élude, encore plus à ses voyages; il avait parcouru toute l'Europe, en savait presque toutes les langues et parlait bien le français. Sur tous les autres ambassadeurs d'Elisabeth, il avait cet avantage d'être l'allié de Leicester et l'ami de Cecil, les deux grandes influences d'alors. Écrivain distingué, il a laissé un livre de maximes politiques. De son temps, on lui reprochait de pratiquer un peu trop souvent celle qu'il mettait au-dessus de toutes:» Il n'en coûte jamais trop à un homme d'Etat pour savoir ce qui ce passe. » Arrivé à Paris, Walsingham fut conduit par Lansac, le 5 férrier 1571, au château de Madrid et reçu successivement par Charles IX, Catherine et les ducs d'Anjou et