‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 21 sur 92 · La Mothe-Fénelon. Corresp. diplom., t. III, p · texte numérisé non relu

La Mothe-Fénelon. Corresp. diplom., t. III, p

d'Alençon; l'étiquette le voulail ainsi '. Aucune

.illusion ne fut faite au pin jet de mariage entre le due d'Anjou et lui. Au nom d'Elisabeth, il l'invita à faire maintenir le dernier édil de pacification. Le duc se borna à protester de son dévouement et de son affection pour la reine. Au moment de son départ, Walsingham avait promis à Leicester de lui faire connaître ses propres impressions sur le duc d'Anjou. Après l'avo'r observé avec beaucoup d'attention, voici comment il le dépeint : « Il est plus grand que moi de deux doigts, un peu pâle, bien fait de corps, les jambes longues. Unes, mais bien proportionnées. Si tout ce que l'on voit est aussi bien que ce que l'on ne voit pas, il paraît assez sain. Au premier aspect, il a l'air hautain; mais, dès qu'on l'aborde, on le trouve plus courtois et d'humeur plus facile que ses frères. Un s'attache plus volontiers à sa personne, en raison de L'affection que lui porte la reine mère, qui l'aime à lui seul plus que tous ses autres enfants. 11 souffrait d'une fistule et on l'a mis au régime de l'eau; il s'y est si habitué, qu'il ne peut plus se remettre au vin 2. » L'ambas-

t. Walsinghara, Lettres et négociations (Amsterdam 1700. tr&duct. . Lettre à la reine Elisabeth, p. 11. 2. Walsingham, Lettres et négociations, p. 29.

sadeur vénitien, Jean Correro, complète ce portrait : « Sa taille est plus haute que celle du roi, mais il n'a pas les jambes plus fortes; son teint est meilleur, sa figure plus agréable. Il s'amuse à une chasse de palais et se tient volontiers parmi les dames. S'il en attaque une, il n'en démord pas de si tôt \ » Son début dans la vie avait été brillant, et, comme dit Marguerite de Valois dans ses Mémoires, « les lauriers de deux batailles gagnées ceignoient déjà son front 2». Mais il se laissa bien vite amollir par la vie facile et oisive de la cour. Le Vénitien Jean Michel écrivait : « Il s'est adonné aux voluptés, elles le dominent; il se couvre d'odeurs et de parfums; il porte à ses oreilles un double rang d'anneaux et de pendants; il dépense des sommes folles pour ses chemises et ses vêtements ; il charme et séduit les femmes en leur prodiguant les bijoux et les futilités les plus coûteuses 3.» Voilà bien Henri de Valois tel qu'il fut dans sa première jeunesse ; mais c'est une physionomie si étrange, une nature si curieuse à étudier et si insaisissable, que nous ajouterons au jugement des

I. Ilt'luiintis drs iimliiissadeurs vénit. t. II, p. 16. •„'. Mémoires de Marguerite, édit. Charpentier, p. 19. :t. Armand Baschet, La Diplom.vénit., p. 569.

Vénitiens ce qu'un grand soigneur de la cour de France écrivait de lui à Walsingham, pour être mis sous les yeux de la reine Elisabeth ' : .( Il a ce malheur, c'est que tous ses portraits ne sont pas à son avantage. Janet lui-même n'a pas rendu ce je ne sais quoi qu'il tient de la nature. Ses yeux, ce pli si gracieux de sa bouche quand il parle cette douceur qui lui gagne ceux qui l'approchent, ne peuvent être reproduits ni par la plume ni par le pinceau. Il a la main si belle, que, faite au tour, elle ne seroit d'un modèle plus fini. Ne me demandez pas s'il a été aimé; il a remporté des victoires partout où il a voulu attaquer, et il ignore la centième partie des conquêtes qu'il a faites. L'on a voulu vous faire croire qu'il a été instruit par des personnes qui penchoient du. côté de la religion nouvelle et qu'il y avoit beaucoup d'apparence qu'il y pouvoit être porté. Détrompez-vous : Monsieur est né catholique ; il a vaincu en se déclarant protecteur du catholicisme ; croyez qu'il vivra et mourra dans cette religion. Je lui ai vu dans les mains les Psaumes de Marot et d'autres livres de cette sorte; mais c'était pour plaire à une grande dame hugue-

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