Mémoires de Nevers, t. I. p
note, dont il étoit extrêmement amoureux. Si la reine votre maîtresse ne se contente pas d'un si digne sujet, elle ne sera jamais mariée, elle n'a, dès à présent, qu'à faire vœu d'une perpétuelle virginité. »
A son arrivée à la cour, Walsingham fut interrogé de bien des côtés ; on voulait savoir s'il était ou non favorable au mariage du duc. 11 éluda toutes les questions en répondant invariablement qu'il avait laissé derrière lui en Angleterre toutes ses opinions, bien résolu à suivre uniquement et à la lettre ses instructions. Si Dieu inspirait à la reine la pensée de ce mariage, il manquerait à tous ses devoirs en ne l'approuvant pas, et en ne l'appuyant pas de son mieux. Elisabeth loua la prudence de ses réponses; mais, faisant un pas de plus : « S'il vous semble, lui écrivait-elle, qu'on puisse aller plus loin et qu'on agisse de bonne foi, nous voulons non seulement que vous continuiez comme de vous-même, mais que, si l'occasion s'en présente, vous parliez de notre part : car nous regardons la chose comme si avantageuse, que nous craignons bien plutôt qu'il ne survienne quelque contre-temps qui la traverse que la diligence avec laquelle on peut la pousser. Vous n'en parlerez pourtant
LES r-ROJETS DE MARIAGE D'ELISABETH N3
qu'autant que vous le jugerez nécessaire pour y disposer le roi. » Si, malgré ce plein pouvoir, Walsingham resta sur la réserve, c'est qu'il arrivait juste au moment où les plus grands efforts étaient faits pour détourner le duc d'Anjou de cette union. Le nonce, l'ambassadeur d'Espagne, ne cessaient de lui répéter que la reine Elisabeth était hérétique, trop vieille pour lui et incapable d'avoir des enfants. Pour flatter son amour-propre et l'attirer de leur côté, ils lui offraient tantôt d'être le chef d'une ligue contre les Turcs, tantôt de l'aider à s'emparer de l'Angleterre, facile conquête, à les entendre ; il valait mieux gagner glorieusement ce royaume par les armes que de l'acquérir honteusement par un mariage si mal assorti. De jour en jour, le duc prêtait une oreille plus favorable à leurs avances. Walsingham n'eut pas grand'peine à s'en apercevoir. '.< Le duc, écrivait-il, le lo février, à Cecil, a dit à ceux qui l'approchent qu'il ne se soucie pas beaucoup d'épouser la reine. C'est l'œuvre de l'ambassadeur d'Espagne et .des Guise, qui emploient certaines raisons malhonnêtes pour l'en dissuader. Ils pensent peut-être à la reine d'Ecosse pour lui \»