La Mothe-Fénélon. Corresp. diplom., t. IV. p
réponse trop directe, trop précise, que la reine mère, ayant une grande expérience des négociations de ce genre, se chargeât de faire seule et d'elle-même tout ce qui était convenable et d'usage en pareil cas ». Quant à la question de religion, elle déclarait qu'elle n'en permettrait pas au duc l'exercice public.
Au moment même où Elisabeth et Catherine se montraient si bien disposées, de nouvelles oppositions se produisaient dans les deux cours et de nouvelles intrigues étaient nouées. En Angleterre, les partisans de l'Espagne, l'archiduc Charles leur manquant, avaient eu la pensée de mettre en avant le prince Rodolphe, fils de l'empereur Maximilien. Son portrait avait été envoyé de Vienne et remis à Elisabeth. De son côté, le duc d'Anjou semblait revenir à ses premières et fâcheuses impressions. « Ces jours passés, » écrivait Walsingham à Cecil, il a dit à M. de Foix : « Vous et les autres, vous m'avez porté à consentir à ce mariage, mais je crains bien d'apprendre, dans les premières lettres, que la reine d'Angleterre n'a d'autre but que de nous divertir, et nous serions au regret de nous être avancés si avant. Amoins d'une réponse décisive, je neveux pas faire un pas de plus.» Walsingham jugea bien que le moment n'était pas opportun
tES PROJETS DE MARIAGE DEUSABETH !M
pour faire connaître la résolution si formellement exprimée par Elisabeth de ne pas permettre ouvertement au duc l'exercice de sa religion, Dans l'état d'esprit où il était, tiraillé en sens contraire par le nonce et les chefs catholiques, il v trouverait un prétexte pour rompre sur-lechamp. Laissant donc de côté le point essentiel de ses instructions et comptant un peu sur le temps, Walsirigham déclara simplement à Catherine que la reine sa maîtresse était disposer ; accepter la main du duc d'Anjou. Catherine devina qu'il lui cachait quelque chose. Elle lui dit qu'elle aurait désiré une réponse moins laconique, non pas tant à cause d'elle que pour donner satisfaction à certains scrupules. C'était une allusion indirecte ta la question de la religion. Elle ajouta que, si on agissait de bonne foi. l'amitié entre les deux cours resterait la même, quel que fût le résultat. 'Walbingham répondit qu'il était autorisé à en conférer avec M. de Foix, mais que, pour éviter les inconvénients d'une négociation à distance, il serait peut-être préférable d'envoyer en Angleterre un personnage de confiance, muni de pleins pouvoirs; et que sous ce rapport personne ne pourrait être plus agréable que M. de Foix. Catherine en convint et promit de l'envoyer, mais un peu
plus tard. Elle voulait auparavant faire sonder le terrain par Cavalcanti, un neutre, comme elle l'appelle, très en faveur auprès d'Elisabeth et lié avec ses principaux conseillers. Elle se décida à le faire repartir pour Londres ; mais elle lui enjoignit de s'en tenir à des communications verbales, et de ne remettre aucune note écrite dont Elisabeth pourrait se servir et s'armer plus tard.
L'arrivée de Cavalcanti ayant été officiellement annoncée, un guide vint l'attendre à Douvres, et, le 11 avril, jour de son arrivée, leçonduisit tout droit à l'hôtel de Cecil, où Elisabeth se rendit de son côté. Rien ne transpira de ce premier entretien. Cavalcanti ne s'en ouvrit même pas à la Mothe-Fénelon, qui, le lendemain, alla seul trouver Elisabeth et, au nom de Catherine, lui proposa le duc d'Anjou, ce prince « professant pour elle, de longue date, une grande admiration et une sincère affection». Elisabeth répondit que le cardinal de Châtillon lui en avait parlé le premier, que tout récemment Téligny lui en avait écrit, et qu'à la suite du favorable rapport de lord Buckhurst, elle s'en était expliquée plus ouvertement par l'entremise de Walsingham. Du moment qu'une demande officielle lui était faite, on n'aurait pas à se
plaindre de sa lenteur ; elle n'avait refusé Philippe II que par conscience; elle n'avait pris que huit jours pour sa réponse aux deux rois de Suède et de Danemark ; en vérité, ellene pouvait être accusée de longueur que vis-à-vis de l'archiduc Charles ; mais cela tenait aux troubles qui, à cette époque, agitaient l'Europe. Elle promettait le secret; puis, venant à aborder la question de la religion, elle rappelait qu'elle en avait toujours refusé l'exercice à l'archiduc, et priait La Mothe-Fénelon d'être le moins exigeantpossible '. La Mothe répondit que déjà bien des mariages avaient eu lieu entre personnes de culte différent, et que l'on avait toujours cherché à respecter la conscience des deux époux. — « J'ai été, répliqua-t-elle, sacrée et couronnée par un évêque catholique, sans toutefois avoir assisté à la messe ; il me serait pénible de voir le duc abandonner sa religion; car, s'il délaissait Dieu, ii ne tarderait pas à me délaisser moi-même. » Sur ces dernières paroles, la reine donna congé à La Mothe, l'invitant à voir Cecil et Leicester, auxquels elle avait remis le projet de mariage rapporté de France par Buckhurst. Les articles qui allaient être