Nichols, Progresses "/' Queen Elisabeth, i. I. p
LES PROJETS DE MARIAGE D'ELISABETH l.'iT
dans celui du lord amiral. A dix heures du malin ils arrivèrent à Madrid : le roi étail à son lever ; dès qu'il fui debout, il les reçut. Ils furent ensuite conduits par .M. le dm- d'Anjou dans la chambre des reines, mais Catherine les remil au lendemain. Ce jour-là, ilsprirenl place à la laide royale, où ne furent admis que le dur d'Anjou e1 le duc d'Alençon. La suite de l'ambassade s'assit à d'autres tables. Le samedi, dans l'après-midi, l'amiral tut introduit par le roi dans la chambre de Catherine : elle était au lit, entourée de toutes ses dames.
.Madame Marguerite el la vieille duchesse de Ferrare s'entretinrent longuement avec les ambassadeurs et se montrèrent liés satisfaites de la ligue qui venait d'être décidée. Le lendemain dimanche, à la sortie de la messe, le roi monta dans smi coche avec l'ambassadeur. Les ducs d'Anjou et dWlençon, Walsingham et Smith montèrent dans un autre. Le roi tenait à nu mirer lui-même a l'amiral et à sa suite les magnificences du Louvre; il les promena de galerie en galerie. Le banquet avait été dressé dans la grande salle du palais, les trois ambassadeurs et les deux frères du roi reprirent leur place a la table royale magnifiquement servie. L'assistance était si nombreuse que le service s'en
ressentit et devint très difficile. « C'est leur usa^e, nous dit Smith, de qui nous tenons ces détails, c'est leur manière de vivre familièrement. » Le banquet terminé, la cour se rendit à pied à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Là, une chapelle richement tendue de tapisseries avait été réservée pour les ambassadeurs ; le duc de Bouillon, de la religion réformée, se mit à leurs côtés.
Après avoir prêté serment entre les mains do l'évêque d'Auxerre, le jeune roi adressa quelques mots gracieux à Lincoln. La cérémonie se termina par un Te Deum. Dans la cour du Louvre, au retour de l'église, un coche attendait le roi ; il y fit monter Lincoln et se fit conduire aux Tuileries. Le souper devait être servi dans le jardin, tout à côté d'une splendido fontaine; mais auparavant le roi parcourut, en compagnie de lord Lincoln, toutes les parties du jardin vraiment remarquable, se plaisant à lui indiquer tous les embellissements projetés par la reine sa mère. Le souper avait été dressé dans un pavillon recouvert d'ardoises; le roi fit asseoir à sa table ses deux frères et les trois ambassadeurs : à d'autres tables se placèrent l'amiral Coligny, les quatre Montmorency, les ducs de Guise et d'Aumale, le comte de Retz.
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Avant de se séparer, l'amiral Colignv invita les ambassadeurs à souper pour le Lendemain, un lundi. Le duc d'Anjou avait invité l'amiral cl les ambassadeurs ;i dîner pour le mardi 1 7 juin, ;i son logis, toul près du Louvre. MM. de Thoré, de Lansac et de Mauvissière les v menèrent. Le duc et son frère d'Alençon les attendaient dans le vestibule et les conduisirent dans la grande salle du banquet, où s'étaient déjà rendus les dues d'Aumale, de Montpensier, de Nevers et un grand nombre de gentilshommes. Le due d'Anjou prit à sa droite l'amiral Lincoln, Thomas Smith. Walsingham, le duc de Guise, lord Talbot et le duc d'Aumale ; à sa gauche, son frère d'Alençon, les ducs de Montpensier et de Nevers et le maréchal de Cossé. Le repas fut splendide et suivi d'un concert, où se firent entendre des chœurs avec accompagnement de virginal '. de violes et de luths; ;'i la musique succéda une comédie italienne, les Travaux d'Hercule, <|ui plut fort aux ambassadeurs. Le duc d'Alençon les invita à dîner pour le lendemain : mais son hôtel était si petit etla journée si chaude qu'il les recul dans celui «In comte de Retz. Cette fête ne le céda
l . Ëpinette du x\ r siècle.
en rien aux deux autres. Après le dîner, le duc d'Alençon fit passer les ambassadeurs dans une chambre plus fraîche où, comme le jour précédent, ils entendirent une excellente musique; puis il y eut comédie et divertissement. Le lendemain, un dernier souper fut donné par le due de Ne vers '.
Lincoln emportait une haute idée de la France ; en voyant à la même table protestants et catholiques, Coligny et le duc de Guise, il dut croire au rapprochement des partis; il avait été surtout très favorablement impressionné par la bonne opinion que les principaux protestants avaient du duc d'Alençon. A son retour, il dit à Elisabeth que, loin d'être inférieur à son aîné, le duc lui était peut-être supérieur « el par la mine et par le crédit ». Elle répondit <( qu'il n'approchait pas du duc d'Anjou et que les marques de la petite vérole ne contribuaient pasàrelever sa mine2.» Elle se montra toutefois plus accessible à un examen sérieux de la proposition el chargea Cecil de demandera Wals-
I. British Muséum, mss. Cott. Vespas, t. VI, fo 93 (analyse d'après l'original). Voy. Nichols, Progresses of Queen Elisabeth, 1. 1. p. 382.
■l. Walsingham, Lettres et négociations; Lettre à Elisabeth, p. 260.
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ingham des détails précis sur le duc, voulanl tout connaître de lui, sod âge, sa taille, son penchant pour la religion, ses inclinations e1 celles de scs serviteurs1. A ces nombreuses interrogations, Walsingham répondit : « 11 naquit, à coque l'on m'a dit, le 25 avril 1555; pour ce qui est de la taille, lord Lincoln, Thomas Smith el Killegrew quiétaienl ici pourront mieux vous le dire de vive voix. Il passe pour avoir de la sagesse e1 de labravoure, mais aussi un peu de légèreté, défaut ordinaire <le sa nation. On lui applique Je proverbe français : il a de la plume dans le cerveau, .le m'entretenais un jour de lui avec l'amiral Coligny, qui m'assura à plusieurs reprises que, s'il ne jugeait pas le mariage comme honorable el utile pour la sûreté de Sa Majesté, il n'y avait pas de considération au monde qui put le déterminer à le lui conseiller. Quanl à la religion, l'amiral fonde sur lui de grandes espérances el il a des raisons de croire qu'il ne sera pas difficile de le ramènera la connaissance de la vérité; s'il n'y avait d'obstacle que la messe, on pourrait facilement en avoir raison.» Walsingham ajouta, ce qui dut singulièrement liât ter l'amour-propre d'Elisabeth : » Il
I. Walsingham, Lettres et négociations ; Lettre de lord Biirghley, \>. 256.
me revient de plusieurs côtés qu'il a une passion vive et sincère pour Votre Majesté l. »
Ce portrait, qui laisse de côté le physique du duc, risquerait d'être incomplet, si nous ne faisions un emprunt aux ambassadeurs vénitiens, ces grands maîtres dans l'art de peindre. Ecoutons ce qu'en dit Jean Lippomans : « Son teint est brun et marqué de petite vérole, sa taille est petite, mais bien prise, ses cheveux noirs sont naturellement bouclés; il les porte relevés sur le front, ce qui allonge l'ovale de son visage; il affecte des manières populaires, mais les promesses- de réforme, dont il est prodigue, ne servent qu'à couvrir son désir effréné des troubles et des divisions 2. »
Au départ de nos ambassadeurs, Elisabeth avait pris un mois de délai pour faire connaître sa réponse; elle s'attendait dans l'intervalle à quelque belle offre pour la faire passer sur la disproportion de l'âge ; si elle n'avait osé le dire ouvertement, c'était Calais qu'elle désirait qu'on mil dans la corbeille. — « Nous ne pouvons nous résoudre à ce mariage, écrivait-elle à Walsingliani, s'il n'est accompagné de grands avan-
1. Walsingham, Lettres et négociations; Lettre >i Cecil, p. 257.