Tommaseo, Ambassadeurs vénitiens, l. Il, p
tages qui puissenl contre-balancer les ridicules jugements qu'où pourrai! eu porter. En matière de mariage, on ne doil rien regarder à tanl qu'à se contenter mutuellement, «'I comme il n'y a rien là qui puisse nous donner à cel égard une pleine satisfaction, ni peut-être au duc d'Alençon, h cause de l'âge que nous avons de plus que lui. nous ne voyons pas que nous puissions nous convenir, pas plus L'un «pie l'autre '. »
Cependant Elisabeth insinue à la fin de sa lettre qu'une entrevue pourrait bien peut-être faciliter les choses. « Il est certain, ajoutait-elle, que de cette manière nous pourrions nous rendre compte el juger par nos propres yeux, car aucun de nos sujets n'ose nous dire ce qu'il pense du duc. » Walsingham, se conformant à son désir, viul trouver Montmorency, qui lui fil obtenir une audience pour le lendemain. Walsingham axant abordé sans préambule la question de l'entrevue, Cal herine répondit que, si elle était assurée du sucres, elle y consentirai! volontiers : mais, les entrevues des primes amenant souvent de graves mécomptes, elle se
I. Walsingham, Lettres et négociations ; Lettre de la reine Elisabeth à Walsingham, p. 269.
voyait contrainte de refuser, toul en appuyant sur le véritable amour de son fils pour la reine1. La négociation restant ainsi en suspens, le duc d'Alençon eut la pensée d'envoyer en Angleterre un homme à lui, et pour cette mission de confiance il choisit La Môle, son plus intime confident. Le prétexte de cette mission, c'était de remercier la reine de la magnifique réception faite à Montmorency et de lui notifier le mariage du prince de Navarre avec Marguerite de Valois. Charles IX et Catherine venant d'apprendre que l'empereur Maximilien pensait à son fils cadet pour Elisabeth donnèrent leur assentiment au départ de La Môle. « C'est un provincial de fort bonne maison, écrivit Walsingham à Cecil le 21 juillet 2, et, à ce que j'apprends, un homme de grand mérite. » Le maréchal de Montmorency ajouta : « Il est de mes intimes amis 3 ». Coligny fut plus explicite encore. « Etant ce gentilhomme, écrivit-il à Ceci], dépêché par Monseigneur le duc d'Alençon d'entre tous les siens qui lui est le plus agréable, je n'ai voulu faillir de vous faire cette
1. Walsingham, Lettres 'et négociai ions; Lettre de Walsingham à Elisabeth, p. 272.
2. Walsingham, Lettres cl négociations; Lettre à Ceci/. p. 263.
3. V. notre livre : Le seizième siècle et les Valois, p. 308.
LES PROJETS DE MARIAGE D* ELISABETH I ïo
lettre pour vous remercier de votre bonne volonté envers moi et combien que je sache assez de quelle recommandation vous avez la continuation de l'amitié naguères contractée entre ces deux royaumes ; toutefois je vous supplie encore très instamment d'y vouloir toujours tenir la main; et vous dirai qu'il me semble qu'elle ne pourroit être plus intimement confirmée et fortifiée qu'avec une bonne alliance par mariage \ »
C'est sous ces excellents auspices que'La Môle arriva le 29 juillet à Londres. Elisabeth, se préparant à son voyage habituel dans les provinces, lui fit annoncer qu'elle ne le recevrait que clans quelques jours. Il la vit seulement le 7 août. A cette première audience, la reine le trouva si agréable, si engageant, que sa réponse s'en ressentit: « Si le duc se rend à mon appel et que le mariage ne s'ensuive pas, je prendrai pour moi la moitié de la honte. En demandant l'entrevue, je n'ai voulu que m'assurer si j'étais vraiment aimée. » La Mothe-Fénelon lui répondit- : « Vous savez bien que, belle comme vous l'êtes, vous n'avez
i. Record office, State papers : France. û2. La Rtothe-Fénélon, Corresp. diplom., l. V, p. :; cl 9.
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rien à redouter dune entrevue ; vous paraisse/ plus jeune de neuf ans que vous ne l'êtes et, de son côté, le duc, grâce à sa forte constitution, gagnant aussi neuf ans, vous avez ainsi tous les deux le même âge, vingt-sept ans. » Elle accepta le compliment de bonne grâce, et emmena nos deux envoyés au château de Kenilworth, où fut donné par Leicester un grand souper en leur honneur. Elisabeth le présidait; pour témoigner son contentement, elle envoya sa coupe à La Mothe-Fénelon et but à lasanté de La Môle. Le souper fini, tous les convives assistèrent à l'assaut d'un fort qui, dressé dans une prairie en face du château, lut pris avec grand fracas de pièces d'artifices. Le lendemain 18, il y eut grand dîner chez Cecil; Elisabeth s'y invita encore et en prit occasion pour s'expliquer plus franchement : « Walsingham avait mal interprété et mal rendu sa pensée; elle n'avait jamais dit que Son mariage avec le duc fût impossible ; elle n'avait fait allusion qu'à de certaines difficultés '. »
Le 20, elle passa une partie de la journée avec La Môle et La Mothe, 1rs admit dans ses appartements privés e\ joua devant eux «le L'épinette, faveur exceptionnelle; puis, venant aux