I. Bibl. nat., Fonds Français, n
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Bourgogne et, passant la Loire non loin de la Charité, vinrent se joindre au duc d'Alençon dans le Bourbonnais. A Catherine revint encore l'ingrate charge de traiter avec son fils et avec les Allemands. Le roi de Navarre, venant de s'enfuir de la cour, redevenait le chef naturel des protestants. Cette fuite allait favoriser la négociation de Catherine auprès de son fils, auquel ainsi le premier rang échappait. Suivie de Marguerite de Valois et de l'escadron volant de ses iilles d'honneur, elle se rendit au château de Chastenay, près de Sens, où rendez-vous avait été pris1. L'or et les dépouilles de la France eurent plus de prise sur Jean-Casimir et les froids Allemands que les avances des filles d'honneur de Catherine. Le chic d'Alençon toucha cent mille livres, son apanage s'accrut du Berry, de la Touraine et de l'Anjou; h Condé on promit le gouvernement de Picardie, au duc Jean-Casimir une pension de quarante mille livres, de nombreuses terres en France et trois cent mille écris. Les diamants de la couronne furentla garantie du payement promis auxreitres. Henri III avoua tristement « que cette paix
I. Mémoires de Marguerite de. Valois, l'ilii. Charpentier, p. 109; Mémoires de Bouillon, édit. Michaud, t. XI, p. 3 1 .
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lui avait coûté bien cher ••. A ces dures conditions vinl s'ajouter la réhabilitation de Coligny, de Montgomeiy e1 des principaux chefs protestants. Par un de ces rapprochements qui ne
se rencontrent que dans les époques troublées. on accola à leurs noms ceux de la Môle cl de Coconas.
Voilà bien la paix faite, mais où trouver l'argent pour payer les reîtres et les faire sortir de France? Ou en remit le soin à Bellièvre, qui avail traité si souvenl avec les Suisses. Dans les fréquentes entrevues qu'il eut avec le due Jean- Câsimir, la conversation s 'étant engagée sur le duc d'Anjou (désormais nous l'appellerons ainsi), Casimir lui dit qu'il serait avantageux au t\i\c de se marier, et il nomma successivement Catherine de Navarre et la fille du due de Clèves, alliée à toutes les grandes familles prineières d'Allemagne. Bellièvre devina que Casimir ne faisait cette offre que pour être amené à proposer sa propre sieur. Faisant part de cet entretien à Al. de Morvilliers. « Il y en a, écrit-il, qui pensent pour le duc d'Anjou jusqu'en Espagne, et que la peine où se trouve le roi d'Espagne avec les Pays-Bas le feroit condescendre à accorder sa fille à Monseigneur el à lui donner les Pavs-Bas. »
M. de Berny fut chargé de notifier la paix à Elisabeth et de reparler du mariage ; mais à la première allusion qu'il lit à ce projet, Elisabeth, y coupant court, se contenta de promettre une bonne réception au duc s'il se décidait à venir la voir.
Une des conditions du dernier traité entre Catherine et son fils avait été la convocation à bref délai des états généraux. Etrange illusion, les protestants se promettaient beaucoup de leur réunion. Ravagée par les hommes de guerre, pillée par les reîtres, la France était lasse et affamée de repos ; elle ne séparait pas la cause des protestants de tant de malheurs.
D'autre part, les catholiques, profondément humiliés par la réhabilitation de leurs plus implacables adversaires, ayant eu la pensée de se liguer entre eux. il eu résulta que, contre toute attente , la majorité des états réclama hautement l'unité de la religion. Une plus grande déception attendait les protestants : ce fut la défection du duc d'Anjou. « Monsieur est avec ceux de la Ligue pour nous donner des étrivières, » écrivait le roi de Navarre1.
t. Documents inédits, Correspondance de Henri IV t. I. \k 139.
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Si le duc d'Anjou rompait avec ses anciens alliés, s'il s'unissait aux catholiques les plus ardents, c'esl que des propositions sérieuses lui étaienl venues du côté des Flandres catholiques, et, n'entrevoyanl plus rien à tenter en France, il s'était laissé séduire par la perspective d'une couronne ducale. Afin de se ménager L'appui d'Henri III, il accepta donc le commandement des forces destinées à agir contre les protestants, qui occupaient une partie de L'Auvergne. A la prise de la Charité et d'Issoire il se montra impitoyable envers ses alliés d'hier. Cette répression si dure donna beaucoup à penser à Elisabeth. En outre, toutes les nouvelles qui lui venaient de France étaient inquiétantes: on disait toul haut que, les protestants une fois écrasés, le duc de Guise se joindrait «à don Juan et envahirait I Ecosse. Ce bruit prit assez de persistance pour que Henri III se crût obligé de le démentir.
«Nous savez bien, écrivait-il à Castelhau, que mon intention est de ne me mêler en rien des affaires des Pays-Bas. » Elisabeth n'en tut pas convaincue et, changeant de tactique, elle chercha à reprendre la négociation de son mariage avec le duc, que tout récemment elle avait écartée. Elle commença par se plaindre de
ce que la reine-mère n'avait pas voulu aller [il us avant dans ce projet '. Elle parut très mortifiée de ce que le duc ne tenait plus compte d'elle et ne lui écrivait plus. Une comète venait de se montrer directement au-dessus du palais de Windsor ; on prétendait que c'était la même que celle apparue la veille de la mort d'Edouard VI et de Marie Tudor. « Cela a mis la reine en mélancolie, écrit Gastelnau, d'autant qu'elle est prise d'un catarrhe sur les dents et de maux de tète2, et qu'on l'attribue, âjoùtet-il malicieusement, ta la mauvaise influence de la comète ; les esprits en sont si frappés que Tévôque de Londres en a parlé en chaire, et que d'autres ministres, pour détourner le peuple de ces fâcheuses appréhensions, ont affirmé que le feu de la comète ('toit dirigé contre l'Espagne et contre la France 3. »