Ibîd., n" 337, p. TiiT
■\. Ibid., p. 707.
Marguerite de Valois pari | r les eaux de Spa. — Philippe II
envoie Dod Juan d'Autriche dan9 les Pays-Bas. Marguerite dans les Flandres.— Portrait de Don .lu. m.— Il vient au-devanl de Marguerite. — Le duc d'Anjou rejoint Marguerite. — Avanies que le duc subil à la cour. — Nouvelle évasion du duc. — L'archiduc Mathias dans les Pays-Bas. — Catherine ne peul détourner son Bis d'entrer dans les Pays-Bas. — Le duc franchi! la frontière. — — Henri lll lui fail proposer plusieurs mariages par Villeroy.
Le jour même où le oouveau duc d'Anjou avait mis h; siège devanl [ssoire, Marguerite de Valois était partie pour les eaux de Spa. Le I»iil secret de son voyage était d'ouvrir une nouvelle voie à L'ambition de sou frère.
Les Flandres, c'était alors la proie offerte à toutes les convoitises, à toutes les ambitions. .Nous y Verrons passer tour à tour don Juan d'Autriche; l'archiduc Mathias , le futur empereur; le duc Jean-Casimir et le prince de Gondé. Don Juan y trouvera la mort, tous les autres
n'y recueilleront que de la honte. Deux grands partis partageaient les Flandres : le parti national et catholique, défendant ses libertés et ses franchises contre l'étroit despotisme de Philippe II; le parti protestant et démocratique, s'appuyant sur la Zélande et la Hollande, reconnaissant pour chef le prince d'Orange, Guillaume le Taciturne. Habile et profond politique, Guillaume se servait de toutes les ambitions, tenait dans sa main tous les fils, et ne poursuivait qu'un but, l'affranchissement de sa patrie. La haine commune de l'étranger reliait entre eux ces deux partis. Découragé par de récents revers,, Philippe II venait d'envoyer don Juan d'Autriche dans les Flandres, non pour combattre, mais pour traiter. Le 17 janvier don Juan signait dans le Luxembourg- l'humiliant traité qu'on appela l'édil perpétuel. Les franchises des Pays- Bas étaient maintenues , les droits de lever l'impôt remis aux états, qui en revanche promettaient de reconnaître don Juan pour leur gouverneur lorsque les derniers Espagnols auraient évacué les provinces.
Voilà où en étaient les Flandres au moment on Marguerite de Valois passa la frontière. Les populations saluèrent au passage cette gracieuse apparition. « J'allois, dit-elle, en litière faite à
LES PROJETS DE M un \U' D ÉLISABETB I9"î
piliers doublés de velours incarnadin d'Espagne. » Derrière sa litière , venaient celles de Madame de Tournon, sa dame d'honneur, el de la princesse de la Roche-sur-Yon : dix filles d'honneur à cheval, six carrosses à six chevaux fermaient la marche '. L'évêque de ("ambrai, de la maison de Berlaimont, fui le première recevoir Marguerite dans celle ville. Il lui donna un bal magnifique, mais quitta la salle avant souper, se dérobanl aux séductions d'une beauté si redoutable. Plus imprudents, .M. ri Incliv, gouverneur de Cambrai, et le comte de Lalain, gouverneur du Mainaut, s'y laissèrent prendre. Don Juan d'Autriche attendait la princesse un peu avant Namur ; celui-là, elle le croyait gagné d'avance. Peu de mois auparavant don Juan avait Iravers/' la France, et, avant assislé sous un déguisement mauresque à un bal donné au Louvre, il s'était écrié : « Sa beauté est plus divine qu'humaine; elle est plutôt faite pour perdre el damner les hommes que pour les sauver J. » Don Juan était alors âgé de trente-deux ans; sa taille, sans être liante, était bien proportionnée; gracieux dans tonte sa personne, il n'avait que
1. Mémoires de Marguerite de Valois, édit. Charpentier, p. 129
2, Brantôme.
peu de barbe et portait de longues moustaches, ce qui lui allait à merveille. Ses grands yeux bleus étaient doux et vifs; il s'habillait avec élégance et recherche cl passait pour aimer beaucoup les femmes '.
En s'approchant de sa litière, il descendit de cheval et offrit à Marguerite ses hommages. Elle lui donna sa joue à baiser, suivant la mode française. Remontant à cheval et se plaçant à la portière, don Juan l'escorta jusqu'à Namur2. Tous les capitaines espagnols de son armée se laissèrent prendre au charme de l'enchanteresse : « La conquête d'une telle beauté, disait le refrain d'une de leurs chansons soldatesques, vaut mieux que celle d'un royaume. » Mais dans le luxe que don Juan déploya pour la recevoir, dans les fêtes qu'il lui donna, la galanterie ne fut pour rien. Le politique l'emporta sur l'amoureux. Cette magnifique réception ne lui servit qu'à se ménager les moyens de surprendre la citadelle de Namur; sa belle visiteuse parlie, il s'en empara".
i, Gachard, Relations des ambassadeurs vénitiens, Bruxelles, 1856, p. 195; Brantôme ; Mi gnet, AntonioPères ri Philippe II, ch ip. I"'\
■2. Mémoires de Marguerite '/<■ Valois, édit. Charpentier, p. 150.
:;. Mémoire <ni<,,i>!me <lr* troubles des Pays-Bas, Bruxelles, 1819, I. I. |». 307, 308,
La traversée des Flandres a'avail été pour Marguerite qu'une longue suite de fêles; son retour fui presque une fuite. Qluifallul passera travers les troupes de don Juan cl échapper aux huguenots en armes, qui se déliaient de sesintrigues. Elle ne regagna qu'à grand'peine la Fère, où elle avait prié le duc d'Anjou de la rejoindre1. Le duc se rendit à sonappel. Là il trouva le comte de Lalain et M. d'Inchy, venus pour l'y rencontrer, et il arrêta les premiers articles de son traité avec les états généraux2. Ce court séjour à la Fère fui comme une halte dans sa vie agitée. Fêté, cajolé par sa gracieuse sœur, que les contemporains lui reprochenl d'avoir trop aimée, il ne pouvait s'empêcher de dire : « 0 nia royne! qu'il l'ail bon avec vous! Celte compagnie est un paradis, ei celle d'où je suis parti, un enfer rempli de toutes sortes de furies et de tourmens3. •- Ce n'était que trop vrai: à peine rentré' à la cour, il sévit en butte à de nouvelles avanies et sa situation devint intolérable; chaque jour ses serviteurs
t. Mémoires de Marguerite de Valois, édit. Charpentier, p. I":!.
J. Ibid., p. 176.