‹ Les projets de mariage de la reine ÉlisabethChapitre 68 sur 92 · Record office, Statt p ■ - : Frani · texte numérisé non relu

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les paroles amoureuses de sou maître il avait l'adresse, nous n'en doutons pas, d'y entremêler les siennes : « Ces propos, écrivait gravement Castelnau à Catherine, font rajeunir la reine ; elle est devenue plus belle et plus gaillarde qu'il y a quinze ans. Il n'y a femme ni médecin qui la connaisse qui n'estime qu'il n'y a nulle dame en ce royaume de meilleur tempérament pour porter des enfants. »

Le galant Simier ne perdait pas néanmoins de vue les intérêts de son maître ; enhardi par sa faveur croissante , il soumit trois nouvelles conditions à la reine : le couronnement du duc aussitôt après le mariage, une sorte de communauté dans l'administration du royaume cl la distribution des charges et des offices, et soixante mille livres de pension annuelle rêver-

sible en cas de prédécès do la reine. Elisabeth résista longtemps; enfin, mise en demeure par Simier de lui donner dans deux jours une réponse, elle se résigna à consulter Leicester, Siisscx el Oeil. Le 3 mai ils se réunirent, et après une longue discussion furent unanimes à repousser le second article, l'association à l'administration du royaume, comme attentatoire aux droits de la couronne, et ils admirent que les deux autres articles seraient soumis à

l'approbation du Parlement. Se trouvanl ainsi il unième avis sur tous les points, ils invitèrent Simier à venir conférer avec eux le Lendemain. Ils commencèrenl par lui demander s'il insistai pour l'obtention de ces trois articles. Sur sa réponse affirmative, la discussion s'engagea : Simier linii par abandonner le second article, l'association dans le gouvernement, mais il s'obstina à exiger que la reine se portât forte d'obtenir du Parlemenl l'approbation des deux antres, le couronnement et la pension annuelle. Les conseillers d'Elisabeth objectant que la reine ne pouvait pas honorablement prendre un engagement pareil. Simier. irrité. se relira sans vouloir répliquer et alla se plaindre a Elisabeth. Prise ainsi à l'improviste, elle jura qu'elle ne se laisserait pas influencer par son conseil et qu'elle était décidée à se marier. Comme garantie de sa parole, elle écrivit une tendre lettre au duc d'Anjou, l'appelant son très fidèle, mais tout eu lui prodiguant ces marques d'attachemenl «'lie lui offrait de se contenter de son inaltérable amitié, ce qui valait peut-être mieux, et pour lui et pour elle, que le mariage. L'amitié ne suffisant pas au duc. il acquiesça à la décision du conseil et se bornant à demander timidement la tolérance

de la messe pour lui et les siens dans l'intérieur du palais, il annonça qu'il viendrait prochainement. Cette réponse embarrassa fort Elisabeth : l'époque de son mariage se trouvait ainsi beaucoup trop rapprochée; elle lit revenir ses conseillers intimes et leur posa deux questions : pouvait-elle honorablement décliner l'entrevue proposée? Dans le cas où le prince viendrait en Angleterre et ne lui plairait pas, pouvait-elle le refuser sans offense? Ce qu'elle attendait d'eux c'était un expédient pour gagner du temps. Us répondirent, contre son attente, que l'offre du duc devait être acceptée et qu'il était impossible que la reine se retirât de cette négociation sans avoir vu son prétendant. La question ainsi résolue, Simier fut rappelé au conseil et on l'interrogea sur la venue de son maître, qu'il fixa à la mi-août. Il fut alors convenu que des vaisseaux, à cette date, attendraient le duc à Calais et qu'il y trouverait des passeports pour lui et pour sa suite. Au sortir de cette longue conférence Elisabeth exprima le désir de rester seule avec Simier. Leicester, un peu malgré lui, emmena Castelnau à la chasse. Trois heures après, à leur retour, la reine et Simier étaient encore ensemble.

Loicester offrit ;i souper ;'i Castelnau, et Simier soupa avec la reine. Castelnau, en Je racontant à Catherine, ajoute : Toutes choses se sont remises avec la même douceur et bonne volonté qu'auparavant. »

Elisabeth en était arrivée au point de ne pouvoir se passer de Simier, elle l'appelait familièrement son petit singe. « Il n'y a pas de jour, écrivait Castelnau, qu'elle ne l'envoie demander. Une fois, elle est venue dans sa barque le chercher jusqu'à mon logis ; il n'avait pas lu ses dépèches et n'était pas habillé; il fallut qu'il vint la trouver en pourpoint et elle l'emmena avec elle. Cela fait donner au diable ceux qui en ont mal au cœur; ils disent que M. de Simier la trompera et qu'il l'a enchantée. » Et il écrivait au duc d'Anjou : « Sa Majesté est persuadée, cette fois, que vous ne la voulez pas prendre pour sa couronne plutôt que pour ses bonnes grâces et pour le corps, qu'elle désire vous être agréable. » Ellem'adil dernièrement: « Je ne doute point que, si je suis à Monseigneur, il ne m'estime et honore, je crains qu'il ne m'aime qu'un an ou deux. Toutefois, je lui pourrois promettre et devant Dieu que, s'il est bon, je ne puis le céder ;i nulle autre pour être meilleure femme que moi. •>

Tout marchait donc à souhait, la reine ne s'habillait plus, et ne faisait plus habiller sa cour qu'à la française ; elle avait répondu à l'un de ses conseillers qui lui reprochait sa trop grande intimité avec Simier, « que ce n'était plus un étranger pour elle, mais un fidèle serviteur de son mari, connaissant ses secrets et dont elle voulait s'instruire, pour mieux le servir quand ils seraient ensemble ».

C'en était trop pour Leicestcr, il résolut de se débarrasser de ce rival. Un soldat de la gardé de la reine essaya une première fois d'assassiner Simier, qui se défendit et échappa au guet-apens. Une autre fois, dans une de ces promenades en bateau qu'il faisait avec Elisabeth sur la Tamise, un coup de pistolet, parti d'un esquif qui passait rapidement près de celui où il était, blessa un des rameurs. Le coup était destiné à Simier. Ce double attentat ne lit qu'augmenter sa faveur. Son intimité avec la reine devint le thème de tous lés entretiens dont Marie Stuart se lit impiudemment l'écho; dans une lettre écrite un jour de colère, lettre qu'Elisabeth, à coup sûr, ne dut pas recevoir, car la tète de sa victime fût tombée plus tôt, elle lui jeta à la lare celle grossière insulte : •■ .le prends Dieu ;i témoin

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que la comtesse de Shrewsbury ma dit que vous aviez engagé voire honneur avec ud étranger, allant Le trouver dans la chambre d'une dame, là où vous le baisiez et usiez avec lui de privautés deshonûètes, niais aussi lui révéliez les secrets du royaume, trahissanl vos propres conseillers avec lui '. »

Sur ces entrefaites, au mois de juin, Duplessis-Moruay vint à Londres. Dans une audience, Elisabeth lui demanda ce qu'il pensait de son mariage avec le duc Mornay répondit « qu'il pouvait l'aire beaucoup de bien ou beaucoup de mal. suivant les conseils qu'aurait le due. e1 il ajouta que, si le mariage ne se faisait pas, il aurait quelque chose de plus particulier h lui communiquer- ». Caslelnau ne vil pas Mornay. mais s'aperçut bien vite qu'un changement s'était produil dans l'esprit d'Elisabeth. « Comme tontes les femmes, écrit-il à Catherine, elle csl mue par diverses persuasions ; lesétrangers se moquentde nous. >■ Simieravait les mêmes doutes: « ,1e ne croirai au mariage, écrivait-il au

[.Cette lettre autographe a êlé copiée par le prince Lab&tioffdans le charirierdu marquis de Salisbury, hérilii'i' des papiers du ministre Oeil. Voy, Labanoff, /. de Marie Stuart, l. VI, p. 52.

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