Bibl. nat., Fonds Clairambaull . n° 3SS
chancelier d'Alençon, que lorsque les draps seront levés, les flambeaux éteints et mon maître dans le lit. » Il avait vu juste ; lorsqu'il vint annoncer à Elisabeth que le duc arriverait dans les premiers jours d'août, elle ne donna aucun ordre pour sa réception. Sa tendresse pour Leicester parut un instant se réveiller. Il était urgent de frapper un grand coup: Simier en eut l'audace ; il osa ce que personne n'avait osé jusqu'alors : sans aucune préparation, il apprit à la reine que Leicester était marié secrètement à Letticc Knollys, la veuve d'Essex. A cette révélation inattendue, entrant dans une de ses colères de lionne, elle se roula par terre, injuriant tous ceux qui l'approchèrent, et refusant de manger. Elle fit alors enfermer Leicester dans un des forts de Greenwich ; sans l'intervention du prudent Sussex, elle l'aurait envoyé à la Tour. Hatton était aussi secrètement marié, ce fut une arme de plus dans les mains de Simier. La place était donc libre, le duc pouvait venir. D'après les conseils de Catherine, au mois d'avril précédent, il avait à l'improviste fait une visite de quelques jours au roi son frère, qui, loin de désapprouver son voyage, lui mit assez d'or dans les mains pour tenir royalemenl son rang. Parti de Paris le 2 août,
il ayant avec lui que l'Aubespine el quelques serviteurs, il s'embarqua à Boulogne, et à son arrivée alla droit à Greenwich, où l'attendait la reine. Il ne manquait ni d'esprit ni de pénétralion. Caslelnau le trouva même plus avisé pour son âge qu'il ne le pensait. Elisabeth lui avait fait préparer un appartement tout près du sien ; pour être plus libre, il le refusa, mais, s'étant mis dès le premier jour sur un pied de familiarité intime, il passai! ses journées avec elle, et ne la quittait qu'à deux heures après minuit. Dans la même lettre où elle reproche à Elisabeth ses galanteries avec Simier, Marie Stuarl ne l'épargne pas davantage au sujet du duc : « Vous vous êtes déportée, dit-elle, avec lui de la même dissolution qu'avec Simier; une nuit vous l'avez rencontré à la porte de votre chambre, n'ayant que votre seule chemise et votre manteau de nuit, el l'avez laissé entrer, et il est demeuré avec vous près de trois heures '. » «Ces amoureuses confère nées ont duré huit jours, écrit naïvement Castelnau ;i Catherine. La dame a eu beaucoup de peine à entretenir le duc, étant prise et vaincue d'amour; elle m'a dit qu'elle n avoit jamais trouvé homme de qui le naturel