I. Froude, History of England, I. XI, p
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reçurent aussitôt l'ordre de se rendre à Calais. Leur patience allait être mise à une rude épreuve : arrivés au commencement de mars à Calais, ils y étaient encore en avril, attendant le prince Dauphin et le comte de Soissons, tombé subitement malade, et remettant son départ de semaine en semaine.
Tassis, l'ambassadeur d'Espagne, prolitade ce retard et partit pour Chenonceaux où était Catherine. Il se plaignit de ce que le duc, non seulement ne licenciait pas les troupes restées dans les Flandres, niais faisait de nouvelles levées.
Catherine répondit qu'elle avait écrit tout récemment à son lils pour l'en détourner. l'assis, se plaça alors sur un autre terrain et lit allusion au prochain départ des commissaires pour l'Angleterre; il parla du trouble que le mariaiic du due apporterait dans la chrétienté, Elisabeth devant fatalement l'amener à changer de religion. Catherine répliqua aigrement que « vouloir tout à la fois obliger son lils à renoncer à l'expédition des Pays- Bas et à son mariage, c'était par trop d'exigence : que son lils après tout avait été élevé en bon catholique, et que c'était lui plutôt qui ramènerai! Elisabeth à la vraie
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religion, » Cela dit d'un ton qui excluait toute réponse.
Enfin, le 12 avril, le prince dauphin et le comte de Soissons arrivèrent à Calais. La grande ambassade dont la suite s'élevait à cinq cenls personnes, se trouvant au complet, s'embarqua le 14, parmi beau temps, sur deux grandes roberges armées en guerre qu'avait en- \ D\ ées Elisabeth, Cette ambassade comptait des princes du sang-, le prince Dauphin Charles de Bourbon, le comte de Soissons ; des grands seigneurs, Villequier, Tanneguy Leveneur.
comte de Carrouges, le comte de Sancenv. le maréchal de Cossé : des hommes d'état, Lansac, le chevalier d'honneur de Catherine, Barnabe Brisson, le président du Parlement de Paris, La Mothe-Fénelon, notre ancien ambassadeur en Angleterre, Claude Pinart, premier baron du Valois cl secrétaire des commandements de Catherine, Gausse de Marchaumont, Jacques de Yrav. secrétaire du duc d'Anjou. et Bodin, l'illustre publicisle. Henri kobham. qui attendait nos envoyés à Douvres, mit ;i leur disposition les coches el les carrosses de la reine. Conduits jusqu'à Gravesend. ils y furent reçus par le comte de Northumberland,
lord Slalford el douze des principaux sei-
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gneursde la cour. Embarqués sur la Tamise, le mercredi 21 avril, ils furenl salués à leur arriver ii London-bridge par les' salves do deux cents pièces d'artillerie, et menés en grand équipage à SniiiiTsct Ilouse. Le samedi étail le jour delà fête de Saint-Georges qui se prolongea jusqu'au dimanche soir. Le lundi. 26 avril, L'amiral Clinton el lord Derby, venus pour prendre les ambassadeurs, les conduisirent eu bateau jusqu'au palais de Westminster où Elisabeth les attendait. Une salle immense, entièremenl tendue de tapisseries de drap d'or el d'argent, avait été préparée pour les recevoir. Le trône d'Elisabeth, surmonté d'un dais de soie, parsemé de roses faites avec des perles, était placé SUT mie liante estrade. Elle y avait pris place, entourée de toutes ses dames d'honneur; elle portait ce jourlà une robe de drap d'or, ornementée d'un semis de diamants el de rubis. Les gentilshommes de la suite de l'ambassade, richement vêtus, passèrent les premiers devant la reine : ils précédaient le prince dauphin qui . suivi par le maréchal de Cossé, s'inclina eu passant devant le trône.
Elisabeth se leva, descendit de l'estrade, et, suivant l'usage, embrassa le prince dauphin sur la bouche, puis elle adressa quelques mots
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gracieux au président Brisson, à Carrouges et à La Mothe-Fénelon. Le prince dauphin restant la tête découverte, par deux fois elle l'invita à remettre sa toque, lui disant « qu'il n'aurait jamais eu page plus à propos ». La foule était si compacte, la chaleur si étouffante, qu'elle ne voulut pas remonter sur l'estrade et vint se placer près d'une fenêtre qui donnait sur la Tamise. Lansac en profita pour lui présenter un peintre français, chargé par Catherine de faire son portrait. Elle dit en souriant « qu'il faudrait qu'il la peignit un voile sur le visage, afin qu'il ne la trouvât pas trop vieille ». Le lendemain 27 avril, il y eut un grand dîner au palais de Westminster. Elisabeth admit à sa table les princes du sang, Lansac, Carrouges et Castelnau de Mauvissière. Un grand bal suivit le diner. Placée dans un salon voisin de manière à tout voir, la reine causa familièrement avec tous les Français qui l'entouraient; le bal lini, elle passa dans ses appartements, emmenant avec elle le prince dauphin, le duc de Bouillon, .M. de Sancerre et trois ou quatre autres gentilshommes. Elle tenait à leur montrer un beau portrait de Henri VIII. et fit allusion à l'amitié qui liait le roi son père et le grand François I"r.
Avant de se séparer, sur la demande que lui lit le prince dauphin de désigner les commissaires avec lesquels ils auraient à traiter, elle choisit Sussex, l>edford, Leicester, BattoD el Walsingham. Les fêtes terminées, la première conférence se tint à la suite d'un dîner chez Cécil, Walsingham pril le premier la parole. On s'attendait à une harangue très favorable: tout au contraire il allégua qu'à la suite de La mission de Bacqueville, il y avait de cela dixhuit mois, le pape avait envoyé Irois cents jésuites en Angleterre et fait passer des hommes d'armes en Irlande ; ce projet do mariage avait relevé les espérances des catholiques anglais, qui par leurs menées en escomptaient déjà les conséquences. Il appuya sur les dangers d'une grossesse et d'un accouchement à l'âge qu'avait la reine. En terminant, il seplaignit de ce que le duc. depuis que celte négociation était en-
tamée, avait traité avec les Etats généraux de- Flandres. Ce mariage pourrait donc devenir une cause de guerre pour l'Angleterre, ('/est sous l'empire de ers appréhensions que la reine avait dernièrement écrit de sa main au duc une lettre dont elle attendait la réponse1.