I. Walsingham. Lettres et négociations, p. t
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influence, ne finît par traiter avec L'Espagne dans l'espoir d'épouser l'une des infantes. Il fallail évitera toul prix cette éventualité; c'esl dans ce sens que Ceci] adressa de nouvelles instructions à Walsingham. Partageanl toutesces défiances, Walsingham venait de s'en expliquer plus franchement encore avec Elisabeth : c< Si la dépense vous arrête, Madame, lui avait-il écrit, il vaui mieux rompre; ils finiront par croire que l'on se moque d'eux. On vous reproche de regarder à l'argent même quand il s'agil de votre sûreté. Faites-y attention, l'on ne dépense jamais trop pour s'assurer conliv un danger. » Et dans une lettre à Ceci! il se plaint amèreniciii de la situation qu'on lui afaite : « J'aimerais mieux être enfermé a la Tour, lui disait-il, que de représenter L'Angleterre à l'étranger; indécisions perpétuelles choquent le roi ri nous discréditent. Les autres ambassadeurs parlent mal de la reine; quand on la presse de se marier, elle mei eu avant la Ligue, et Lorsqu'on lui demande de l'argenl pour la ligue, elle revient au mariage. Pour son honneur, el
pOUr le Uni le, qu'elle en finisse ! -
De retour ,i Paris Catherine revit Walsingham au jardin des Tuileries. L'entretien dura toute la matinée; elle lui annonça quelle venail
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d'envoyer à la reine et de sa main un projet de ligue. Sun fils et elle n'ayant qu'une seule et même volonté, cette garantie lui semblait suffisante. Walsingham ne se contentant pas de cet expédient, aborda brusquement la question de 1a guerre des Flandres: «Il faut que votre filsy aille, madame, il n'y a pasà reculer, ainsi que vous le lui conseillez. » — «Vous m'étonnez, répliqua-t-elle, ni vous ni les Anglais vous ne voulez des Français dans les Flandres. » Ce fut son dernier mot. En revendiquant avec tant d'obstination ses droits sur le Portugal, Catherine portait ses vues plus loin; ce qu'elle voulait, c'était les Açores, c'était le Brésil dont déjà Coligny avait rêvé la possession pour la France, et en cela elle était bien inspirée. Du jour où elle s'aperçut qu'il n'y avait rien à espérer d'Elisabeth et que ce projet de mariage avec son fils d'Anjou ne servait qu'à masquer ses propres desseins, elle ne se montra plus aussi éloignée d'un rapprochement avec L'Espagne. Tassis, le nouvel ambassadeur de Philippe II, dans un entrelien qu'il eut avec Gondi, l'introducteur des ambassadeurs, lui ayant laissé entrevoir, à mots couverts, que le mariage du duc d'Anjou avec l'une des infantes pourrait peut-être mettre fin au conflit engagé pour la succession du Portugal, Cathe-
rinc, si clairvoyante d'habitude, prenant trop vite au sérieux une ouverture qui répondait à sa M-civi.' pensée. voulut s'en expliquer avccTassis. Sans y faire la moindre allusion, le rusé Espagnol se plaignil de ce que le duc se préparait à entrer dans les Flandres, et de ce qu'elle armait une flotte contre le Portugal et le Brésil. — >' Il arrive souvent, répondit-elle, que l'on a un procès, et que l'on ne cesse pas pour cela de s'aimer. Le roi mon beau-fils ne m'estimerait pas si je renonçais à ce qui m'appartient. » Lt elle ajouta que le meilleur moyen de s'entendre à L'amiable, serait de marier l'une des infantes avec son lils; l'on u'était pas en termes si avancés avec la reine d'Angleterre; elle était disposée à faire pour l'alliance avec l'Espagne tout ce qui dépendrait d'elle, mais il ne fallait pas perdre de temps. « car les Espagnols étoienl sujets à proposer bien souvent les choses et à les traîner en longueur pour les tourner à rien. » En se séparant de Tassis : <• Sachez bien, dit-elle. que mon fils d'Anjou n'est pas tel qu'on fas-^ de lui ce qu'on veut. »
Le duc venait en effel de franchir de nouveau La frontière, avec douze mille hommes de pied et cinq mille à cheval : c'étaient presque tous des gentilshommes enrôlés comme volontaires.
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A leur approche, le duc de Parme avait levé le siège de Cambrai et s'était replié sur Arlon.
En apprenant l'entrée de son frère à Cambrai, Henri III s'en montra très effrayé : ^ Je ne puis croire, écrivait-il à du Ferrier, que ceci nous mette en guerre avec le roi d'Espagne1. »
Catherine, après son dernier voyage à La Fère, se trouvant avec le duc de Guise, lui dit que depuis le règne du grand roi François Ier elle n'avait vu sur pied une aussi belle armée que celle de son fils le duc d'Anjou; elle manifesta néanmoins le regret qu'il n'y eût pas à sa tête quelque capitaine de grand renom et dont l'autorité pût s'imposer. « Que le roi dise un mot, répondit le duc, et il s'en trouvera '. » Mais pour faire vivre nue pareille armée il fallait de l'argent, beaucoup d'argent, et dès les premiers jours il devait fatalement en manquer. Prévoyant bien que sou insuccès viendrait de là, le duc avait écrit de Cambrai au prince d'Orange : « Si les Etats ne m'aident pas, il me sera impossible de conduire mon armée plus avant3. » Il en fut de celle seconde expédition
I. Bibl, nat., cinq cents Colbert, n° 368, p, 310. •.». Bibl. nat., Dépêches des ambassadeurs vénitiens, Filzo 12, p. 212.
:î. Correspondance du prince d'Orange, 1. IV. p. 248.
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comme de la première : les Etats ûe tinrent aucune de leurs promesses; aux premiers froids, les nobles volontaires se retirèrent; Huile de paye une partie de l'armée se débanda et se livra au pillage. Bors d'étal de rien entreprendre, le duc se décida à partir pour l' Angleterre; Elisabeth était sa dernière ressource. «Mon frère, écrivait Henri III à Saint-Gouard, 9od ambassadeur en Espagne, a eu opinion que je m'entendois avec le roi catholique pour le décevoir et lui faire perdre ses autres entreprises, et il est parti pour l'Angleterre. » Les soupçons <lu duc n'étaient que trop fondés, car, dans cette même lettre, Henri III invitait Saint*- Gouard à nouer une alliance avec l' Espagne et a mettre eD avant le mariage de son frère avec l'une des infantes, affirmant qu'il continuerait a entraver tous ses desseins dans les Pays-Bas '. Parti de Calais, où il se rencontra avec le roi dépossédé de Portugal . le duc amenait avec lui une nombreuse suite de gentilshommes, au oombre desquels figuraient au l'iv rang le prince dauphin, les comtes de
I. Bibl. :i;il.. fonds frai çais, n° 1608. ■J. Bibl. n.-ii.. Dépêches des ambassadeurs u l'il/.i 12, p. 212 el suiv.
Laval, de Châteauroux et de Saint- Aignan, le chevalier Breton, d'Elbene et Champvallon, l'heureux préféré de Marguerite de Valois. Cette fois la réception fut royale, le duc fut logé à Whitehall. Il était grand temps qu'il arrivât : Elisabeth, 1res mal disposée, exigeait plus que jamais une décharge positive et absolue des dépenses qu'occasionnerait la guerre des Flandres, Dans un entretien de quatre heures qu'elle venait d'avoir avec Castelnau, elle s'était plainte amèrement de Messieurs des Etats qu'elle avait traités d'ivrognes, du duc qui avait tenté cette entreprise contre sa volonté, et enfin de Henri III qui, intriguant avec l'Espagne, n'avait jamais voulu et ne voulait pas davantage de son mariage avec le duc son frère. « Elle était trop vieille, disait-elle, pour être ainsi menée comme un petit enfant l. »
Brantôme, l'un des intimes du duc d'Anjou, en lui dédiant ses Dames galantes, lui adresse cet éloge qui gagne tant h être fait par l'inimitable chroniqueur : « Les bons mots et contes vous sont si familiers qu'on diroit qu'ils vous naissent à vue d'œil dans la bouche, tanl
I. Mémoires deCastelnau, édit. <le Le Laboureur, I. I. p. 691.
vous avez l'esprit prompt et subtil, et le dire de
même '.
Justifiant de son mieux cette réputation de séduisant causeur, le duc se remit bien vite dans les bonnes grâces d'Elisabeth. Elle redevint familière avec lui et ne l'appelait plus que son petit Italien, son petit prince Grenouille. Dans les billets que le duc lui adressait presque chaque jour, il signait votre prince Grenouille. De son côté, Elisabeth affectait avec lui un sans-façon tant soit peu bourgeois. Si Ton en croit même le très indiscret vénitien Lippomano, elle lui apportait chaque matin dans sa chambre une tasse de bouillon2. Cette intimité compromettante s'affirma de plus en plus : « L'on ne fait aucun doute, dit un contemporain anonyme, que, pour son avancement, le duc n'ait recherché la reine de très près". » Le 22 novembre, jour anniversaire de son couronnement, la reine se promenait, le duc à ses côtés, dans une des longues galeries du château de Greenwich, lorsque Castelnau
1. Brantôme, les hum, s </ahnii<s, édil. de L. Lalanne, t. IX, p. 17.
2. Les ambassadeurs vénitiens. Relation de Lippomano, t. 1. p. 445.
'.). Mémoires du duc de Nevers, i. I. p. b52.
lit demander à être introduit. Allant à sa rencontre avec une politesse toute française : « Monsieur l'ambassadeur, lui dit-elle, écrivez à votre maître que le duc sera mon mari. » El tirant de son doigt un anneau, elle le passa à celui du duc; puis, se tournant vers ses filles d'honneur stupéfaites : « J'ai un mari, ditelle ; vous autres, pourvoyez-vous, si vous voulez '. »
Ce fut un coup de théâtre; des courriers partirent dans toutes les directions pour annoncer la grande nouvelle. Illusion bien courte!
Le duc retiré, les filles d'honneur se mirent à sangloter. L'émotion gagna la reine. llatton, son mouton, ainsi qu'elle l'appelait, bêla des gémissements plaintifs, Leicester se contenta d'être sarcastique 2. Elisabeth passa la nuit entière dans les larmes; au malin, elle vinl trouver le duc: elle lui dépeignil ses angoisses, la résistance de son entourage; (rois nuits pareilles la feraient mourir. Atterré, le duc ne trouva pas une parole. Il rentra dans ses appartements, arracha de si m doigt l'anneau fatal et le jeta à
t. Froude, History of England, i. XI, p. i i<; : Mss simancas, Wendoza "l Rey ; Min. 'lu duc de Nevers, i. I. p. 532.