I . Mémoires de Nevers, i . I. p. î
ment. Le premier jour de l'an, il échangea avec la reine de splendides présents el figura dans un tournoi où de nouvelles allusions à son mariaere l'uivni laites. Amené dans la lice sur un chariol en forme de rocher el lié de -rosses chaînes, il fui conduii par l'Amour el le Destin aux pieds du trône de sa divinité. Le Destin, en présentant à la reine son royal prisonnier, lui adressa ces vers :
Rendez à ee héros sa chère Liberté, Ou faites qu'oubliant un vœu de chasteté, Hymen serre vos cœurs.
Le combat dura jusqu'à une heure après minuit. Le duc, adroit et fort, y avait fait merveille : la reine, pour le récompenser, l'embrassa devant tous à plusieurs reprises ; elle le conduisit jusqu'à sa chambre et vint le lendemain le trouver au lit. Ce fut comme une reprise d'engouement ', mais de courte durée'. A la lin de janvier, seule avec le due. tenant sa main dans la sienne, elle lui exprima de sa voix la plus douce sa répugnance à épouser un catholique. Le duc se récria el offril de se faire protestant. « On ne
l. Mémoires de Nevers, édit, de \.<- Laboureur, i. I,
258 LES PROJETS DE MARIAGE d'ÉLISABETO
commande pas à son cœur, lui dit-elle, on ne lui fait pas violence, » et, baissant les yeux, elle lui avoua « qu'elle n'éprouvait plus pour lui la même inclination ». D'une voix altérée, son fiancé lui rappela qu'il avait traversé toutes 1rs angoisses de la passion, donné à tous les catholiques la plus mauvaise opinion de sa personne et qu'il ne s'en irait pas d'Angleterre, voulant plutôt mourir avec elle. « C'est mal à vous, reprit Elisabeth, de menacer ainsi une vieille femme dans son propre royaume; vous des fouet vous tenez le langage d'un fou. » De grosses larmes coulaient dos yeux du duc; lui tendant son mouchoir pour les essuyer, elle le calma avec quelques caresses; mais c'était bien 1111 congé en règle, un congé définitif '.
Lesnouvelles desFlandres étaient mauvaises; le (\uc de Panne avait mis le siège devant Tournai. Accourus en toute hâte à Londres, les dépûtes des Etats supplièrent Je prince de revenir, lui offranl cette couronne ducale qu'il ambitionnai! depuis si longtemps. Quand ils étaient venus une première fois, Elisabeth. alors éprise du duc, les avait mal reçus. Celte nouvelle offre faite dans un pareil moment répondait à sa secrète