ESQUISSE HISTORIQUE DE LA SOCIÉTÉ DES NATIONS
L'histoire de la Société des Nations s’inscrit entre trois grandes crises : la crise de mise en œuvre de 1921, la crise constitutionnelle de 1926, la crise générale qui commence dès 1930 pour la mener aux bords de la ruine. Entre temps, avec son apogée en 1924, la grande période euphorique de la Société.
La crise de 1920-21 est une crise de mise en œuvre. Dès la première Assemblée, nous voyons proposer un nombre considérable de modifications du Pacte. L'Assemblée de 1920 a la sagesse de les ajourner, mais en 1921, il semble que tout le Pacte soit remis en question. Et je ne parle pas seulement de propositions radicales de refonte du Pacte, comme celle de M. Alvarez (1). Ceci n’a pas grande portée. Maïs c’est un nombre considérable d'articles dont on demande la modification. Ces demandes émanent en particulier des gouvernements scandinaves. Nous aurons le loisir de les étudier de près. Le gouvernement du Canada exprime le désir de voir supprimer l’article 10 du Pacte. L’Argentine voudrait voir supprimer toute condition d'admission. On s’explique cette poussée. Les Puissances secondaires et les Etats neutres n’avaient pas eu l’occasion de discuter le Pacte au moment de sa rédaction (2). Ils avaient parfois, tel le Canada, rencontré de vives oppositions auprès de leur Parlement pour le faire ratifier. Ces conceptions qu’ils n’ont pu mettre en avant lors de la rédaction, ils vont les présenter à la Société dès qu’elle sera constituée. Cette crise n’est donc pas très grave, et nous
(1) A. 1921, C. I, p. 114 sqq.
(2) Sur ce point cf. H. Rolin : «La révision du Pacte de la S.D.N.», RD. I.L.C., 1921, p. 57-58, |