‹ Les Projets de Réforme de la Société des Nations: Et le Développement du PacteChapitre 52 sur 84 · LEE LA COMPOSITION DE L’ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

LEE LA COMPOSITION DE L’ASSEMBLÉE

boudhiste, puisque le Boudhisme n’est pas une religion, pas plus que le Confucianisme. Seule des disciplines spirituelles extrême-orientales le Taïoisme mérite le nom de religion. Ce n'est point là la plus grosse difficulté. Mais les religions sontelles forcément génératrices de paix internationale. L’Islamisme a parfois des ferments d’une extrême virulence, au moins dans certaines régions. Venons-en aux confessions chrétiennes. Les Eglises schismatiques orientales sont des Eglises purement nationales et de ce fait ne représentent pas un caractère « mondial », on ne peut pas parler à leur propos de la représentation de « forces internationales ». Qu’on se rappelle, pour ne froisser personnes aujourd’hui, combien, pour un russe autrefois, c'était la même chose être orthodoxe ou être Russe. Et les confessions protestantes ? Quand on les examine, en dépit de certaines aspirations œcuméniques, qui n’ont d’ailleurs de racines profondes que dans l’Anglicanisme, on voit une prodigieuse quantité de sectes sans lien. Bien plus, les Confessions tendent à prendre une forme nationale. Eglise Anglicane, Eglise Presbytérienne, en Ecosse, Eglise Episcopalienne aux Etats-Unis, Eglise Luthérienne allemande. Reste le Catholicisme, mais lui aussi ne pourra apporter cette collaboration à l’Assemblée — une raison valable au fond pour toutes les religions s’y oppose. Le caractère exclusif de chaque religion ne lui permet pas de siéger avec les autres sur le pied d'égalité. Ne pas voir cette difficulté, c’est se faire des religions une idée toute pragmatiste et ne pas saisir que leur critère est un critère de vérité, et non d'utilité sociale ou spirituelle. Du fait qu’elle se réfère à une vérité, et à une vérité objective, la religion ne peut rien admettre comme vrai qui lui soit contraire. Les Eglises protestantes, pour

qui le salut est une affaire individuelle et qui, en vertu du libre examen, se réfèrent, au moins dans une certaine mesure, à une

vérité subjective, pourraient seules admettre cette coexistence. Si les religions chinoises, qui ne sont que des philosophies doublées de rites, pouvaient adopter la même position, l’Islam s’y refuserait certainement. L’Orthodoxie (si elle est fidèle à ses principes) et le Catholicisme, bien que la difficulté soit un peu moindre, s’y refuseraient aussi. Pour celui-ci les autres religions sont malgré tout des approximations plus ou moins grande de la Vérité. Il reconnaît que leurs membres séparés du corps de l'Eglise peuvent appartenir à son âme. Mais s’il se sent prêt à représenter ces membres séparés, à les assumer, il ne peut

reconnaître la légitimité d’Eglises séparés qui ne valent que par ce qu’il leur reste d'appartenance catholique. Au reste cette représentation des religions dans la Société n’est souhaitable, ni pour celle-ci ni pour celles-là. Si les religions ont le devoir de proclamer une doctrine de paix, parce que la guerre est le pire des crimes et qu’il existe une Morale internationale, elles n’ont pas à participer à un organisme politique comme tel. Même lorsque sous l'Ancien Régime le Clergé contribuait aux Etats Généraux, c’était en tant qu’Ordre de la Nation et non pas en tant qu’Eglise. Si leurs membres, à ces religions, ont le devoir de rester fidèles à leurs principes et à leur morale dans la vie politique comme dans la vie privée, la politique n’est pas le domaine des Eglises comme telles.

Ce qu’il ne faut jamais oublier, quand on veut critiquer la composition actuelle de l’Assemblée ou la réformer, c’est que cette Assemblée est un pouvoir politique. Sa compétence est une compétence politique. Il importe que son recrutement soit adapté lui aussi à cette compétence politique. Le grand danger de la plupart des projets démocratiques vient de ce qu’ils n’en tiennent pas compte.

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