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L’UNIVERSALITÉ

On a dit de la Société des Nations qu’elle était « potentiellement universelle », l’aspiration à l’universalité est une de ses aspirations les plus profondes, et il ne faut pas nous étonner de voir dans les récentes consultations ou à la tribune de l’Assemblée, ces deux dernières années, vingt-deux Etats parler de la nécessité d’arriver à réaliser cette universalité (1). Aspiration profonde de la Société et dès ses premiers jours : il importe pourtant de nous en méfier. Souvent cette aspiration à l’universalité masque un désir d'amener la Société au simple rôle de conférence diplomatique permanente. Réaliser l’universalité aujourd'hui, c’est permettre de revenir à certains Etats. Or, Tobstacle qui se dresse devant le retour de ces Etats, c’est le Pacte lui-même. La crainte de clauses coercitives semble écarter certains Etats : supprimer ces clauses, dit-on. Mais n’est-ce pas en même temps vider la Société de toute sève ?

Au surplus, si la suppression de ces clauses devait amener l’universalité de la Société, la question pourrait se poser. On aurait même le devoir de l’envisager. Malheureusement ici se présente une question de fait : cet: amenuisement du Covenant ne servirait à rien. Nous avons déjà eu l’occasion de le dire : les petits Etats quittent la Société parce qu’elle ne leur apporte pas une garantie suffisante ou pour des raisons de politique intérieure. Pour les grands pays, la suppression des clauses coercitives ne changerait rien. Les Etats-Unis n’adhéreraient pas au Pacte : l’hostilité à la S.D.N. est là-bas une position sentimentale (2). Attitude d’une minorité, mais attitude dynamique. Elie

(2) On pouvait lire dans le Nieuwe Rotterdamsche Courant du 4 juillet 1936 : «Il est vrai qu’une des objections des Etats-Unis contre la Société des Nations sous sa forme actuelle est de la crainte d’être entraînés dans des aventures dangereuses. Mais ils désirent en même temps que la Ligue soit prête à prendre des risques. Chaque fois qu’elle se montre aussi prudente

ne dépend en tous cas en rien des caractères du Pacte. C'est une mystique de l’isolement qui la détermine. Le Japon ? Sans doute ne demanderait-il qu’à revenir, mais à quoi servirait une Société qui tolèrerait ses agissements ? L'Allemagne ? Elle a dit qu’elle ne rentrerait pas à la Société des Nations, et en effet, elle n’y rentrera que si celle-ci peut lui être un instrument de l’hégémonie qu’elle projette sur l’Europe (3). Ce n’est donc pas une question d’article 10 ou d’article 16. Enfin, l'Italie sur laquelle s’appuient ces universalistes nouveau style ne rentrera pas à la Société. Pour un tempérament révolutionnaire comme celui de M. Mussolini, écrivait naguère M. Lucien Romier, c’est le statu quo qui est agressif. Seule une Société perturbatrice pourrait l’intéresser (4).

Cette aspiration nouvelle à l’universalité n’est donc qu’une phase de cette longue lutte que nous avons étudié entre les tendances institutionnelles et les tendances diplomatiques. Elle ne signifie rien d’autre. Cela ne veut pas dire pourtant que le perpétuel désir d’universalité que nous voyons se faire jour sans cesse dans la Société ne mérite pas d’être étudié, non plus que tous les moyens qui ont été mis en œuvre ou proposés pour y atteindre. Ce sera l’objet de la première partie de notre étude.

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La hantise de son universalité.a comme gouverné la Société des Nations. Sans cesse on la sent pressée du désir d’attirer telle ou telle nation. En 1920, ce sont les amendements Canadiens. Ils exprimaient une illusion. Ils voulaient faciliter aux Etats-Unis l’accès de la Société. Ensuite la politique locarnienne s'efforce d’attacher l’Allemagne aux institutions genevoises. Ce sont, après, les coquetteries avec la Russie, puis les efforts pour ne pas éloigner le Japon ou pour rattraper l'Italie. La crainte

qu’eux-mêmes, ils estiment que leur abstention des travaux de Genève est pleinement justifiée ». Dans le sens inverse, notons le referendum du Massachusset du 6 novembre 1934 ; un article de M. Eric Thurston dans le Washington Post, cité par Paru en Amérique, 1* janvier 1935 ; et « Changing the Covenant» par un Correspondant Américain, dans Headway, fév. 1934, p. 29.

(3) Sur les conditions de rentrée de l’Allemagne : Cf. le Berliner Tageblatt, 16 juin 1937 ; Cf. aussi l’Algemeen Handelsblad (Pays-Bas), 11 mars 1936.

(4 Remarquons que la critique le plus généralement adressée à la Société en Italie, c’est celle de son universalité : Cf. en particulier un article de M. Gayda intitulé : « Conversation Italo-Allemande vers l’Europe », dans le Giornale d'Italia du 27 octobre 1936 ; Voir aussi le discours de M. Mussolini à Turin . le 23 octobre 1932.

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