L'UNIVERSALITÉ
de perdre des Membres asservit la Société à des politiques de demi-mesure. Elles n’empêchaient d’ailleurs pas son effritement.
L’échec de cette politique a amené une réaction. Nombreux sont les auteurs qui aujourd’hui se montrent partisans d’une ligue restreinte, mais fortement constituée, et cimentée, si j’ose parler ainsi, par un fond idéologique commun. Parmi les Gouvernements, cette position est celle de l’Union des Soviets (5) tandis que la France et la Grande-Bretagne s’en défendent. Certains Etats s'inquiètent même très fortement de cette tendance (6). Par contre, nous voyons cette idée favorablement acceptée un peu partout dans la presse dite « de gauche » (7). Les Associations pour la Société des Nations semblent adopter une position analogue, ainsi que plusieurs auteurs, tels M. Georges Scelle (8). i
Sans aller aussi loin que ce dernier, on peut dire, avec M. Louis Le Fur, qu’ « il est dangereux d'admettre dans une Société des Membres dons l'idéologie ou la mystique, comme on dit volontiers aujourd’hui, la Weltanschauung comme disent les Allemands est nettement opposée et parfois contradictoire sur les points essentiels. Or, c’est ce qui arrive aujourd’hui dans les pays où la volonté du Maître, du Führer, fait la loi, alors même que cette volonté est directement contraire au droit international » (9). En effet, l'expérience est là : tant qu’est demeuré vivace l’idéal commun des Membres, cette Démocratie dont on croyait en 1919 instaurer le règne durable (l’article 1 du Pacte Jatteste), la Société est restée forte. Il faut, pour cimenter une union, une certaine base idéologique commune, il faut tout au moins la même foi en certains idéaux, et même si celle-ci fait défaut, il faut au moins une même conception de l’homme. Aujourd’hui nous sommes divisés sur cette conception même,
(5) J. ©. 154, p. 57. La délégation de Panama pose le problème d’une façon plus nuancée : «La Société des Nations ne doit pas sacrifier sa croyance et sa foi dans les principes pour rendre l’universalité possible, mais au contraire, elle doit servir ces principes avec une fidélité et une constance toujours croissantes, afin d’arriver un jour à l’universalité sur la base de l’acceptation universelle des dits principes ».
(6) Entre autres la Belgique : J. O. 154, p. 40.
(7) Cf. Le Journal des Nations, en particulier les 18-19 octobre et 16 décembre 1936 ; La Nieuwe Rotterdamsche Courant (Pays-Bas), 10 mai 1936 ; Le Headway, juin 1936, p. 110 : «Sanctions must not go from the Covenant ».
(8) Georges Scelle : «La Réforme du Pacte», R.D.I., 1937, p. 494.
(9) Louis Le Fur : «La Réforme du Pacte», R.D.I., 1937, p. 480. Dans le même esprit lire l’article de l’Alftenposten (Norvège) du 18 avril 1936 intitulé « La faillite de la S.D.N.».
les Etats totalitaires — de droite ou de gauche — ne voyant plus dans l’homme une fin, mais simplement un rouage de la grande Communauté Sociale — pour.les uns la Race, pour d’autres l'Humanité (10).
Mais si nous exceptons cette tendance assez récente, il reste vrai que toute la vie de la Société a été tendue vers la recherche de l’universalité. Laissons de côté certains efforts auxquels nous avons fait allusion : ils ressortent plus de la politique que du droit. Nous tenant sur notre terrain juridique, nous allons trouver une série de moyens empruntés par la Société ou à elle proposés pour atteindre cette universalité — soit en absorbant toute la vie internationale par ses services et en devenant nécessaire à tous les Etats, soit encore par une collaboration technique ou politique avec les Etats non-Membres, ou encore en rapprochant les Pactes. On peut envisager aussi la création d’un simple concert diplomatique superposé à la ligue ellemême. Il est encore loisible de poursuivre cette universalité en facilitant l’entrée dans la Société, ou en modifiant le préavis de retrait. Enfin nous examinerons ces grandes tentatives en vue de réaliser et d'aménager l’universalité de la S.D.N. qui sont le continentalisme et le régionalisme international.
(10) Sur ces principes sans l’observation desquels l’appartenance de nouveaux états à la Société ne signifierait rien : Cf. une série d’articles dans le Standaard (Pays-Bas), journal de M. Coljin, citée par les Commentaires
de Presse sur la Société des Nations, Section d’information, n° 2915, 22 déc.
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