‹ Les prolégomènes d'Ibn Khaldoun (volume 2)Chapitre 6 sur 7 · DANS LA SCIENCE DES TRADITIONS · texte numérisé non relu

DANS LA SCIENCE DES TRADITIONS

Une tradition [hadith ou hadîts ev^^*»-) est un récit renfermant une sentence ou une déclaration [coul J^) énoncée par l'auteur de la loi musulmane, ou bien l'indication d'un acte (fiai Jo«j) par lequel il avait attiré l'attention de ses disciples, les Compagnons. Quelques traditions constatent aussi le silence gardé par le législateur [tacrirjjjXi] au sujet de certains cas qui s'étaient présentés; ce silence équivalait à une approbation formelle. Les Compagnons transmirent ces renseignements à leurs disciples, les Tabès; ceux-ci les communiquèrent à une nouvelle génération, qui les transmit à une autre, et ainsi de suite, tant que dura l'enseignement de vive voix. Celui qui avait appris une tradition était tenu à l'enseigner sans rien y changer ni ajouter, et il devait de plus indiquer les noms des personnes par la filière desquelles cette tradition lui était parvenue. Aussi toute tradition doit-elle commencer par cette formule : J'entendis dire à Ze'id (par

exemple), d'après Omar, d'après Ahmed etc. que le Prophète de Dieu

avait dit. Cela s'appelle ïisnad (àU.wl), ou appui, servant à soutenir le metn (^jjc«), ou texte de la tradition. Un texte dépourvu d'un appui de cette nature n'est d'aucune valeur, puisqu'on ne saurait en reconnaître l'authenticilé qu'à l'examen de son isnad. Pour qu'un isnad soit regardé comme bon, il faut que les personnes dont les noms s'y trouvent mentionnés se soient distinguées par leur probité (a]!j^* adala], leur piété [is^ tacoua) et leur bonne mémoire (ia+« dhabt). Il faut aussi que la série des rapporteurs re-

Prolëgomènes. — ii. 6i

monte sans interruption jusqu'à Mohammed, et qu'elle n'offre aucun anachronisme. L'authenticité de quelques milliers de traditions est bien constatée, selon les docteurs musulmans; mais, de l'avis des mêmes critiques, toutes les autres traditions, au nombre de plusieurs centaines de mille, offrent des défauts qui nuisent à leur authenticité, ou bien elles ne remplissent pas entièrement les conditions requises pour les rendre acceptables. Les docteurs qui s'occupèrent à distinguer les bonnes traditions des mauvaises eurent besoin de termes techniques pour marquer la valeur précise de chaque tradition , désigner les divers caractères des isnads et indiquer les nombreux genres d'imperfection que ces séries de noms propres pourraient offrir. Dans l'impossibiHté d'inventer de nouveaux mots, ce que la langue arabe ne permet pas, ils empruntèrent au langage usuel un assez grand nombre de termes dont ils modifièrent la signification. Ibn Khaldoun ayant employé plusieurs de ces mots dans cette seconde partie, je les ai rendus par des équivalents, en me réservant la faculté de les expliquer tous dans une note. Voici la liste de ces noms, traduits en français et disposés en ordre alphabétique :

Abrogé (^»w^ mensoukh). Un lexle annulé par un autre texte énoncé postérieurement. Abrogeant (pLi nasikk). Un texte dont le contenu est en contradiction avec celui d'un

aulre texte déjà énoncé; il sert à l'annuler. Acceptable ( Jj^'» macboul). Une tradition remplissant toutes les conditions requise.s. Admis ((J5j.».« maroaf). Une tradition yaii/e qui a pour la confirmer une autre tradition

faible.

Admissible. Voyez Acceptable.

Altéré ((>!ss-« mosahhaf). Un isnai dans lequel un ou plusieurs noms propres sont mal

orlliographiés. — Un texte dans lequel un mot ou un nom esl mal orthographié. Arrêté (tir'j^ ^^oacoaf). Un isnad qui remonte jusqu'à un des Compagnons, sansaller

jusqu'au Prophète.

Bien appuyé (<>x>.^ mosned). Une tradition dont Visnad remonte jusqu'au Prophète. —

Un recueil de traditions avec leurs isnads. Bon à apprendre par cœur (^y^ inakfoudh). Celle de deux traditions désapprouvées qui

l'emporte en valeur sur l'autre.

CoZieeti/ (<JU?-| idjmuli). Tradition se rapportant à plusieurs choses. Connu. Voyez Admis.

Consécutif [fJ^ molabià). Une tradition qui correspond .'i une aulrc, soit pour le sens ,

.soit pour les expressions: mais elle ne reçoit pas cette désignation à moins que les

deux traditions ne proviennent du même Compagnon. Continu ( J-aJ^.» mollecel). Une tradition dont Xisnnd n'offre pas de lacune.

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Coupé (s^JaJLA mactoaâ). Un isnad donl on ne peut établir la continuité par aucun moyen.

Défectueux ( J-^*^ moallel). Se dit d'un isnad ou d'un texte renfermant un défaut caché, provenant d'une erreur du rapporteur.

Déffuisé (juJowt modellès). Un isnad dans lequel le rapporteur ne l'ail pas mention de la personne dont il avait appris la tradition , et déclare l'avoir tenue directement d'un autre individu, de celui qui, en réalité, avait enseigné la tradition à cette personne. ■ — Une autre espèce à'isnad déguisé est celui dans lequel le dernier rapporteur supprime le nom d'un de ses garants, ou remplace ce nom pur le surnom de cet individu. Cette supercherie se pratiquait quand la persorme dont on supprimait ou déguisait le nom était suspecte de mensonge on de mauvaise mémoire.

Dérangé (<jvia-^-« modtarib). Une tradition dans laquelle il y a un mot déplacé, ou bien une tradition dans laquelle un ou plusieurs mots ont été ajoutés ou supprimés. — Un (snrttZ joint à un texte qui ne lui appartient pas. — Un isnad dans lequel im des noms propres est donné incorrectement. — Un texte abrégé.

Désapprouvé ( v^^ monker). Une tradition provenant d'un rapporteur de faible autorité, et en contradiction avec une autre tradition fournie par un rapporteur dont l'autorité ejt encore plus faible. C'est l'opposé de la tradition admise.

Disséminé partout ( jj L;^» motewater). Une tradition dont les rapporteurs sont si nombreux qu'il est impossible de supposer qu'ils se soient concertés pour publier un mensonge.

Douteux (JiC^ mochkel). Une tradition dont l'authenticité n'est pas bien établie.

Elevé (s-jis.» merjbuâ). Le récit, fait par un Compagnon, d'une parole ou d'un acte émané du Prophète, et dont ce Compagnon a été l'auditeur ou le témom.

Enchaîné ( Ju^L».» mose/se/). Une tradition qui remonte d'un rapporteur à un autre, sans interruption, jusqu'au Prophète.

Exceptionnel (jUi chadd). Une tradition provenant d'un rapporteur de bonne autorité et en contradiction avec une autre tradition fournie par d'autres rapporteurs dignes de foi.

Extraordinaire (o^yi gharib). Une tradition authentique qui ne provient que d'un seul individu d'entre les Compagnons.

Faible (j^A«..i. dhalj). Une tradition qui ne remplit pas toutes les conditions requises.

Filière. Voyez Voie.

Hommes des traditions (c>r!0^ J^y ridjal el-hadtth). Tous les rapporteurs dont les noms sont cités dans les isnads.

Homonyme [f^y> moulalef). Se dit d'un isnad dans lequel le nom d'un des rapporteurs s'écrit comme celui d'un autre rapporteur, mais se prononce différemment.

Interpolé (^^lM modredj). Une tradition dans laquelle se trouve une observation ou glose insérée par un des premiers rapporteurs, soit Compagnon, soit Tabê, et cela dans le but d'éclaircir une expression ou de fixer le sens d'un mot.

Interrompu [%hji'jj» moncateà). Un isnad duquel un ou plusieurs noms ont disparu.

Notoire [y^.^J^ mech'hoar). Une tradition authentique provenant simultanément de

plus de deux individus d'entre les Compagnons. Passable {^^y^ hacen). Une tradition offrant un léger défaut auquel on peut remédier

à l'aide d'autres renseignements.

Précieux (y/yt^ âztz). Une tradition authentique qui provient simultanément de deux

individus d'entre les Compagnons.

Rapporteur {(Jj'y raoui). Celui qui a rapporté une tradition. Rare. Voyez Extraordinaire.

Récusable. Voyez Désapprouvé.

Réfractaire ( J.-àj«^ modhal). Un isnad duquel un ou plusieurs noms ont disparu. — Un

isnad qui offre une lacune de deux noms propres qui devaient se suivre directement.

Rejetable (-^i-^y merdoud). Une tradition provenant d'un rapporteur dont l'autorité est

faible , et qui contredit une autre tradition fournie par des rapporteurs dignes de

foi.

Relâché {j~^y» morcel). Un texte sans isnad. — Un texte dont l'isnad est incomplet par

la fin, ayant perdu un ou plusieurs noms propres qui devaient .s'y trouver. —

Un isnad dans lequel le nom du Tabê (ou second rapporteur) a été omis. Renversé (cj JjL» macloub). Une tradition généralement reconnue comme étant provenue

d'un certain rapporteur, mais attribuée (dans l'isnad) à un autre. Répandu ( yx^vix....^ moslafidh). Une tradition notoire. Voyez ce mot.

Sain [■^^ sahih). Une tradition sans défaut et remplissant toutes les conditions d'authenticité est appelé saine, à moins qu'elle ne se trouve en contradiction avec une autre

tradition provenant d'un rapporteur digne de foi. r.u «.,^«.«^3 . n-ji,,

Singulier. Voyez Exceptionnel.

Sonna (manière d'agir). Par ce terme, on désigne toutes les pratiques habituelles de Mo-

liammed , ses gestes, actes et paroles. On l'emploie aussi pour désigner tout le

corps de traditions qui se rapportent à lui. Supposé [s.yiyt maojj(i/ioua). Une tradition fausse. Suspendu (^«.U^ moallac). Un isnad dont le commencement est défectueux, puisque le

nom du premier rapporteur, c'est-à-dire du Compagnon, y manque. Synonyme ((^i^ mokktelef). Ce terme sert à désigner deux traditions qui semblent se

contredire, mais qui peuvent se concilier. Témoin (oJfcLi chahid). Une tradition émanant d'un des Compagnons et correspondant,

pour le sens ou pour les expressions, avec une autre tradition émanant d'un

autre Compagnon.

Transmis (J Jù» mencoul). Un récit qu'on a reçu par la voie de la tradition. Unanimement reçue [aAc ^y^X^ motlafac aleih). Une tradition reçue également par El-

Bokhàri et par Moslem.

Unique [i3 jerd). Une tradition extraordinaire. Voyez ce mot. Vague ( Aa^ mobhem). Une tradition provenant d'un rapporteur dont on ne connaît que

le nom.

Voie ((jJ)-*' lartc). Série des rapporteurs par la filière desquels un texte a élé transmis.

Un autre terme dont je ne trouve pas l'équivalent est iy>-*Ju> moânân. On désigne par ce mot un isnad qui commence parla préposition an [^jc], qui signifie d'après, ou sar l'autorité de. Exemple : «D'après [an] Zeîd, d'après [an] Omar, d'après [An] Ahmed. » Cette formule est imparfaite pui.sque tout bon isnad doit commencer par les mots : J'entendis dire à Zeïd, ou renunciavit mihi Zeidas. Une tradition moânân est bonne si Visnad n'offre aucune inarque de supercherie, et s'il y a possibilité que le dernier rapporteur ait rencontré celui d'après lequel il a donné le renseignement.

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