‹ Les prologues de TérenceChapitre 11 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Quant aux vers 7, 8, 9, ils devaient nécessairement disparaître : ils auraient été en contradiction formelle avec la déclaration qui précède. Mais quelle raison positive y a t-il de les supprimer? M. Dziatzko adopte pour le vers 4 :

Ex intégra graeca integram comœdiam,

le sens traditionnel qu'il formule ainsi :« Ex grxca fabula^ cujus nemo quidquam prxripuit, latinam, cui non oportuit quidquam addi » ; en d'autres termes : « La pièce est la reproduction d'un seul original grec, elle n'est pas le résultat d'une contamination ». Cette interprétation l'empêche de voir le lien qui unit ce vers aux vers 7, 9 :

Novam esse ostendi et quje esset : nunc qui scripserit Et cuja grseca sit, ni partem maximam Existimarem scire vestrum, id dicerem.

VHeautontimo?'umenos était bien, dit-il, une pièce nouvelle ; mais l'acteur du prologue n'avait pas besoin de le faire remarquer au public, les directeurs de troupe ne jouant en ce temps-là que des pièces nouvelles ; et, en effet, il n'a rien dit de tel ; dès lors que signifient ici les mots : « Novam esse ostendi » P La pièce étant nouvelle, comment l'acteur du prologue peut-il supposer que la majorité des spectateurs connaissent le nom du poète grec : « Quoja grxca sit, ni partem maxumam existumarem scire vostrum, id dicerem»? M. Dziatzko en conclut que ces trois vers ne sont pas ici à leur place ; il les écarte ' et leur substitue par conjecture les deux que voici :

hcsc nimis contorte dicta sbit, grammatici 2)otlus alicvj%s,quam Terenti ingenlu ea dcheri arhitramur. » Nous verrons bientôt que le grammairien en question s'est mépris, avec beaucoup d'autres, sur le sens de « ex intégra grœea.. » Enfin Bentley corrige :

a Simplex qîiœ ex arguvicnto facta est dujjlici ; » d una faiula, scd argume^ituni duplex ; l'art du poète a maintenu l'unité de la pièce malgré les complications de l'intrigue». Nous trouverons, quant à nous, dans l'interprétation que nous allons donner du vers 5, une raison de plus de rejeter le v. 6.

' Pour les intercaler dans le premier prol. de VITcc., comme nous le

Grrccc banc Mcnandcr scripsit : vortit deuuo Latine, qucm jam uostis, Afer Publius.

Nous trouvons cette mutilation de notre prologue inutile, parce que nous entendons tout autrement le vers 4 : « Je vais jouer aujourd'hui, dit Ambivius, V Heautontimorumenos, comédie non encore représentée, tirée d'une comédie grecque non encore traduite ». C'est ainsi que le comprenait le scholiaste du Bembinus ', qui explique « intégra grœca » par « a nullo translata», et « integram comœdiam » par « novani, in s[ccna nondum vi]sam^». Le sens que nous donnons à l'adjectif « integer » est en tout conforme à celui qu'il a partout ailleurs dans Térence ^, où il s'applique à la personne, à la chose qui n'a rien perdu de ses qualités naturelles et premières, qui n'a subi ni amoindrissement, ni dommage, ni altération, ni souillure : il convient donc à la pièce grecque, qui est dans l'état où son auteur Ta laissée, et sur laquelle aucun poète latin n'a encore mis la main, ni pour en distraire une partie, ni, à plus forte raison, pour la livrer tout entière à la scène romaine ; il convient aussi à la pièce latine, telle qu'elle vient de sortir des mains du poète, neuve et vierge, n'ayant pas encore subi la diminution de valeur qui est le résultat de la représentation. D'ailleurs, une remarque sur la composition de la pièce ne serait guère à sa place en cet endroit et viendrait beaucoup plus naturellement après les vers 16-

verrons tout à l'heure. Ses conclusions, quant à ces trois vers, ont été adoptées par Wagner {loc. cit.) ; mais, au lieu de supposer une lacune, il fait suivre le vers 5 (ou 6) du vers 1 0.

1 Les scholies du Cod. Bcmi. ont été publiées par M. Umpfenbach dans Sermès,ll (1867), p. 337 sqq. Elles sont, d'après lui, du VIII^ siècle et se trouvent très souvent d'accord avec le commentaire de Donat. Il se peut donc très bien que nous ayons ici l'explication même de Donat,

2 La partie de la citation comprise entre les crochets est ime conjecture très vraisemblable de W. Studemund, Fleck. Jahrh, 97 (1868), p. 555.

3 Cf. par. ex. Ad. prol, 10 : Eiim Plautus locum reUquit integrum ; Hec. 80 : Allas ut uti 2}0ssivi causa hac intégra ; Hcc, 145: JS'arratq^iie utvirgo ah se intégra etiamtum siet ; Ilec. IfiQ : Quin integram itidcm reddam ut acce2n ai suis.

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